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lundi 10 juillet 2017

Bif Fan
(Roman) Thriller musical
AUTEUR : Fabrice COLIN (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 580, 6/2017 — 240 p., 7.20 €
COUVERTURE : Gérard Dubois
Précédente publication : Inculte, 1/2010 — 224 p., 28 €
S’ils est un écrivain français de SF et de Fantastique reconnu, Fabrice Colin nous a depuis longtemps habitué à un production qui s’éloigne des sentiers battus, comme pouvaient l’exprimer par exemple l’onirique Or not to be (L’Atalante, 2002) ou le nom moins surprenant Sunk (Moutons Electriques, 2006) écrit en collaboration avec David Calvo. La reprise de ce roman publié en janvier 2010 aux éditions Inculte (avec en prime un cahier dépliant de photographies en fin de volume) s’inscrit dans cette veine des livres à part, difficilement classifiables. Indubitablement, il s’agit de l’ouvrage d’un fan destinés aux autres admirateurs de Radiohead, le célèbre groupe de rock britannique aux mélopées planantes (lénifiantes diront les détracteurs) ancrées dans une noirceur envahissante qui depuis 1991, date de création du groupe sous ce nom (il s’appelait avant On a Friday) ne cesse de déployer ses tentacules mélodiques sur la partition du monde. Décalquant sa propre addiction sur le héros de son roman, Fabrice Colin va nous conter la trajectoire mouvementé de Bill Madlock, jeune adolescent en surpoids traînant une existence solitaire de mal aimé au rythme des sonorités des cinq d’Oxford qui finissent par l’habiter comme un démon entrant dans la peau d’un possédé. Du diabolique, il en faut dans cette trajectoire pour expliquer pourquoi Bill en arrive en 2008 à tirer sur un spectateur d’un concert de Radiohead. Mais la résolution de l’énigme réside essentiellement dans l’approche de ce fan absolu envers son groupe mythique et surtout dans sa certitude qu’il est le seul à avoir découvert le sens cachés que recèlent les chansons du groupe, bien plus apocalyptique qu’on pourrait le croire. Pour étayer son propos Fabrice Colin nous propose trois pistes autant sonores que littéraires. La première s’inscrit de façon épistolaire à travers les lettres qu’un Madlock vieilli écrit depuis l’hôpital/prison où il est interné en attente de jugement s’efforçant de prouver aux médecins qui se penchent sur son cas qu’il est loin d’être fou comme ils le prétendent. La seconde déroule une biographie des premiers pas musicaux de Radiohead (jusqu’à la commercialisation de Kid A en 2000). Un texte chirurgical pondu par un vulgaire tâcheron que découpent aux scalpels les remarques acerbes de Bill rompant la monotonie de ce récit journalistique. La troisième, la plus poignante, revient sur les origines, l’enfance boulimique et dominée par une mère castratrice du pas très tranquille Bill Madlock qui, alors que tout va s’écrouler dans le monde qui l’entoure (cf. le sous-titre chez Inculte, Radiohead, la fin du monde et moi), compte bien assurer la protection de Thomas E. Yorke (le leader du groupe) et de ses  comparses, quoiqu’il lui en coûte. A la fois biographie décapante de l’un des groupes phares britanniques de ces dernières années qui n’aura désormais plus de secrets (même pour les rares qui en avait jamais entendu parler), ce roman met également en exergue les étroites implications qui lient le rock, en tant que composante musicale, au développement anarchique de nos sociétés ainsi qu’à toute une dramaturgie apocalyptique et complotiste, toute en peignant un tableau au vitriol d’une fraction de cette jeunesse britannique qui, si elle ne fait pas toujours la une des tabloïds, reste partie prenante dans les mutations convulsives qui agitent depuis des années l’ex-Empire de Sa Gracieuse Majesté. 
Autre couverture 

lundi 19 janvier 2009

COLIN Fabrice (Fr)
Né en 1972, Fabrice Colin est un auteur très éclectique fervents explorateurs des domaines de l’imaginaires à travers romans (pour la jeunesse ou pour adultes) nouvelles, scénarios de BD, et pièces radiophoniques. Etant tombé très jeune dans le chaudron du jeu de rôle à travers sa collaboration à la revue Casus Belli, il se lança avec bonheur dans l’écriture avec « Le neuvième cercle » publié chez Mnémos en 1997 sous l’instigation du perspicace Stéphane Marsan. Depuis, il enchaîne les livres avec un incontestable succès, suivant en cela la trace de ses comparses de l’écurie Mnémos, David Calvo et Pierre Grimbert
◊ Comme des fantômes, histoires sauvées du feu
(Recueil) Les Moutons Electriques-La Bibliothèque Voltaïque, 3/2008 — 366 p., 26 € — Couv. : Arnaud Crémet
Critiques :
http://www.cafardcosmique.com/ (Nébal) ; Elegy 53 (Alyz Tale) ; http://www.kimaira-magazine.com/ (Sophie Dabat)
→ Et voici un recueil posthume d’un auteur qui n’est pas encore mort, car ne cherchait pas dans les dépêches d’actualité cet incendie énigmatique qui lui aurait coûté la vie, comme l’assurent des témoignages dignes de foi, le Fabrice Colin de l’étrange Or not to be (L’Atalante) et du cycle de Winterheim (Mnémos) n’a heureusement pas quitté ce monde qu’il régale de ce recueil de 16 textes présentés par autant d’introductions, hommages appuyés venus de ses amis, ses proches, ses éditeurs, et même de ceux qui l’ont à peine croisé. Dans cet ouvrage largement illustré, on retrouve des nouvelles publiées ça et là au gré des revues, comme Un autre fois, Damon marqué par l’influence d’un Peter Pan gay, Arnasrstapi, généré par une commande des éditions Mnémos, Arcadia : comme des fantômes, qui donne ce titre au recueil et qui figurait au sommaire de la revue Faeries, Le coup du lapin, mettant de nouveau en scène le personnage du père aux prises avec les rêves de sa fille, Le sang des autres, qui aborde la thématique des vampires, Retour aux affaires, parlant d’un détective pénétrant dans le royaume des morts pour mener son enquête, Un dernier verre, ô dieu de l’oubli, imprégné des vapeurs de l(‘alcoolisme, Naufrage mode d’emploi, en véritable modèle de schizophrénie, Chez les vivants et Passer la rivière sans toi et Intérieur nuit, abordant les thèmes de la vieillesse et de la mort. Des petites perles de merveilleux auxquelles viennent s’ajouter des poèmes, tels que Ladicius, des fragments inclassables, comme Xperiment, Réinventer Venise…, ou des hommages à Jules Verne (Intervention forcée en milieu crépusculaire), Tolkien, Arthur Rackham., le tout agrémenté de divers témoignages signés Johan Héliot, Catherine Dufour, David Calvo, Xavier Mauméjean, Richard Comballot…, qui forment un scintillant bijou destiné à devenir l’une des plus belles parures de toute bibliothèque dédié à l’imaginaire et au merveilleux.