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jeudi 12 décembre 2019




Dans la toile du temps
(Roman) Hard Science
AUTEUR : Adrian TCHAIKOVSKY (Angleterre)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 641 — 687 p., 9.50 €
TO : Ha’penny, 2007
TRADUCTION : Henri-Luc Planchat
COUVERTURE : Denoël--Lunes d’Encre, 3/2018 — 578 p., 24 €/Couverture de Gaelle Marco
→ Arachnophobes attention, le roman que vous avez entre les mains fait la part belle à ces gentilles petites bestioles qui partagent avec nous notre bonne vieille Terre. Et surtout ne croyez pas vous en débarrasser avec un simple insecticide ou un bon coup de balais, car celles dont vous nous parler Adrian Tchaikovsky ont atteint un niveau de civilisation qui, même si nous le comprenons pas, nous dépasse largement et nous dépassera sûrement dans ce lointain futur qui sert de décor à cette passionnante histoire. Tout commence lorsque l’Humanité, consciente de l’avenir étriqué que lui réserve notre planète bleue, et après avoir colonisé la proche banlieue que constitue notre système solaire, se lance dans la colonisation des vastes espaces interstellaires avec pour crédo le maître mot terraformation. C’est d’ailleurs cette tache essentielle que vient de terminer le Brin 2 (hommage à l’auteur de SF David Brin), vaisseau scientifique humain, sur un monde extrasolaire situé à des années-lumière de la Terre. Le docteur Avrana Kern, à la tête du projet, s’apprête à passer à l’étape suivante du processus, soit le largage sur la planète d’un millier de singes et d’un nanovirus destiné à leur faire subir une évolution accélérée jusqu’à ce qu’ils soient en capacité de comprendre les messages mathématiques envoyés par un satellite laissé en orbite autour de la planète et qu’ils puissent y répondre. Ce stade ultime atteint ils seraient en mesure d’accueillir comme des dieux les colons terriens venus récolter le fruit de leur fabuleuse expérience. Mais, alors que le Brin s’apprête à repartir pour ensemencer d’autres mondes l’imprévisible se produit sous la forme d’un révolutionnaire du NUN, entendez les Non Ultra Natura, qui prône par la violence un retour radical à la nature. Ce dernier réussit à détruire le Brin 2 et  à faire griller les singes cobayes. Seule Avrana Kern parvient à s’échapper en se réfugiant dans le module orbital autonome placé autour de l’astre terraformé où, faisant désormais corps avec les composantes électroniques de l’engin, ne sachant pas que ses précieux primates ont subi un sort funeste, elle entre dans une longue période de cryogénisation. Or, sur le monde en question, baptisé désormais la planète de Kern, si l’ensemble des vertébrés ont été immunisés contre les effets du nanovirus, ce n’est pas le cas des invertébrées, passagers clandestins involontaires du Brin 2. Dés lors, profitant de l’effet élévation contrôlée que diffuse ce dernier, va se développer une civilisation d’où émerge, au fond de l’océan, des crustacés représentés par des stomatopodes marins, sortes de crevettes endémiques, et sur terre des insectoïdes, fourmis et surtout araignées en tête. Ces dernières, et notamment l’espèce Portia Labatia, particulièrement réceptive à la diffusion du nanovirus, vont transformer leur individualisme inné en conscience sociale, puis en redoutable intelligence, et ensuite véritable technologie approprié à leur propre espèce qui va leur permettre de régner sur la plus grande partie de la planète. Et pendant ce temps les humains, me direz-vous… Et bien, comme prévue, à travers le conflit entre les progressistes et les membres du NUN, ils ont fini par s’autodétruire après avoir rendu la Terre inhabitable. Seul vestige de l’Humanité agonisante, le Gilgamesh, une gigantesque arche stellaire peuplée de près de 500 000 individus en animation suspendue, qui s’approche désormais du monde Kern dans le but de recommencer à zéro sur cette nouvelle terre promise. A sin bord, Holsten Mason, l’historien linguiste, Isa Lain, la chef-ingénieur, et  Vries Guyen, le commandant du Gilgamesh, ont été réveillé pour préparer les bases de cette arrivée en fanfare. Mais voilà l’entité Avra Kern n’entends pas que des éléments extérieurs viennent troubler l’expérience menée sur ses précieux primates et à placé la planète en quarantaine. C’est ainsi que les humains du Gilgamesh sont repoussés manu militari et priés d’aller polluer des astres bien plus lointains. A partir de cet instant, Adrian Tchaikovsky va nous inviter à suivre par l’intermédiaire de chapitres alternant les points de vue, les trajectoires destinées à se rejoindre des araignées en perpétuelle mutation et des humains en perpétuels conflits. En effet, sur le monde de Kern, après avoir vaincu les fourmis qu’elles ont transformé en sortes de robots dévolus à leur service, les arthropodes violemment matriarcales (les mâles sont souvent dévorés après l’accouplement) évoluent à vitesse grand V grâce à la transmission de transferts d’expériences, les Savoirs,  à travers des lignées qui se renouvellent avec des noms distinctifs, Portia, Fabian, Viola, qui permettent aux lecteurs d’entrer plus facilement en empathie avec des êtres dont pourtant tout nous sépare. Tout au contraire, chez les humains, nous avons droit à toute la panoplie de dissension et luttes intestines qui minent une société fermée dont les membres se confrontent au fil des réanimations successives qui émaillent leur aller-retour dans l’espace, car le Gilgamesh n’envisage en fait qu’une option : retourner envahir le monde de Kern. Nul doute alors que les araignées ne seront pas du même avis et gare à la confrontation finale. Faisant parti des ultimes choix de Gilles Dumay avant qu’il ne quitte la direction de la collection Lunes d’Encre, ce roman prouve une fois de plus son talent indéniable pour débusquer de véritables pépites littéraires. Car Dans la toile du temps est réellement un récit passionnant. Tant par le soin que son auteur a pris à décrire la densité émotionnelle qui anime ses personnages, autant humains qu’arachnides, que par l’extraordinaire description de la civilisation insectoïde qui nous est proposée. Bien que celle-ci soit basée sur des concepts totalement différents des nôtres, la vue et le toucher étant par exemple remplacé par le toucher et le chimie des phéromones, tandis que nos chères lois de la physique font place à celles de la chimie et de la biotechnologie, elle nous captive page après page au gré de mutations anatomiques, de luttes contre d’autres insectes, de conflits internes sur fond de querelles religieuses où l’entité Kern fait office de nouvelle déesse dont cependant les araignées ne tarderont pas à cerner les limites quand elles seront en mesure d’entrer en contact avec elle. Rarement un contact extraterrestre a été si habilement décrit nous le rendant parfaitement compréhensible et envisageable. Entomologiste de formation, qui a déjà utilisé le monde des insectes comme source d’inspiration, comme dans son cycle de fantasy de Shadows of the Apt,  Adrian Tchaikovsky aborde des thématiques hard-science (arches stellaires, contre-utopie, intelligence artificielle, post-apocalypse) où l’on retrouve les influences d’auteurs majeurs du genre, David Brin, Stephen Baxter, Peter Hamilton, etc…, en supportant toujours avec brio la comparaison et nous entraîne avec lui dans un univers inversé où l’humain, loin de jouir du beau rôle, fait désormais office d’agresseur. Une œuvre qui, sans nul doute, fera date dans l’histoire de la SF contemporaine
Autre couverture :


Les griffes et les crocs (Roman) Civilisation Dragon
AUTEUR : Jo WALTON (Gb)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 643, 9/2019 — 480 p., 8.40 €
TO : Tooth and claw, Tor Books, 2003
TRADUCTION : Florence Dolisi
COUVERTURE : Alex Tuis
Précédente publication : Denoël-Lunes d’Encre, 8/2017 — 412 p., 21.90 €/Couverture de Aurélien Police
→ Ce nouveau roman de l’auteur galloise du cycle de Morwenna débute par l’agonie de Bon Agornin, un énorme dragon, assisté dans son trépas par Penn, un prêtre dragon, qui s’empresse de lui dévorer les yeux dés qu’il a recueilli ses dernières paroles. Un entrée en matière plutôt déroutante pour un lecteur lambda qui ne sait pas encore qu’il va vivre dans prés de 400 pages au sein d’une société de dragons très anthropomorphe. Celle-ci se caractérise par deux points principaux. D’abord, son obédience victorienne car, pour écrire se lire, Jo Walton aurait pris pour modèle le récit du célèbre auteur britannique Anthony Trollope, Framley Parsonnage. Dés lors on ne s’étonnera guère de voir nos chers dragons évoluer selon un strict code de convenance débouchant sur des catégories sociales bien définies où les nobles occupent le haut du pavé. Gros et imposants, ils peuvent voler, sont à la tête d’un fief et de richesses considérables en rapport avec leur statut social (Illustre, Respecté, Digne Eminent) et dominent tout un peuple de serfs aux ailes attachées. Bien entendu l’ensemble de ce monde est avant tout patriarcal et les femmes, qui ne peuvent tomber amoureuses qu’une fois, émoi trahi par le subit rosissement de leurs écailles, ne pensent qu’à trouver l’élu de leur cœur qui leur assurera protection et longue descendance. Cette dernière d’ailleurs nous permet de rebondir sur l’autre originalité de ce roman : nos dragons sont des cannibales. En effet, à la mort de Bon Agornin, sa famille s’est empressée de se partager sa carcasse, car les dragons ne peuvent grossir, et dés lors acquérir plus de puissance, qu’en mangeant de la viande d’autres dragons. Un repas de fête qui, comme de juste, est réservé aux nobles, ne dédaignant pas, à l’occasion, à ingurgiter leurs propres enfants si ceux-ci présentent des faiblesses qui pourraient nuire à l’épanouissement de leur lignée. Ces agapes ne sont pas toutefois sans conséquences, car, frustrés par la part de roi que l’Illustre Daverak, l’époux de Beren, l’une des filles de Bon Agornin a prélevé dans la dépouille du défunt, ses autres enfants, l’ambitieux Avan en tête, lui intentent un procès pour spoliation de bien. La suite du roman va se construire à cheval sur le déroulement de cette procédure judiciaire et sur les péripéties amoureuses de Haner et Selendra, sœurs de couvées et autres filles de Bon Agornin. Au fil de demandes en mariages successives, de séquestrations et de manigances en tous genres, nous allons être invités à partager les préoccupations, souvent bien terre à terre, d’une société refermée sur elle-même qui permet à Jo Walton de parfaire sa critique de moeurs victoriennes empreintes de sauvagerie et de cruauté sous des atours poudrés et des apparences de bonnes manières. Le lecteur français friand de romantisme anglais y retrouvera des accents à la Jane Austen, plus connue que Trollope de ce côté-ci de la Manche, et ne pourra que se plonger avec une surprise mêlée d’une certaine admiration dans cette façon souvent drôle et originale d’aborder ce qui fut une période clé de la vie de nos chers voisins britanniques sans omettre les rapports avec le religieux et l’importance du joug de la servitude, certains fidèles valets allant jusqu’à finir dans l’estomac de leurs maîtres. Un roman surfant avec brio sur le mélange des genres, sans oublier une nette connotation féministe nous présentant des dragonnelles qui compensent leur absence de griffes, avec le déficit physique que cela représente pour affronter les mâles, par la présence de mains qui leurs permettent d’écrire et ainsi de se prévaloir d’une indéniable supériorité intellectuelle sur leurs pères, leurs frères et leurs époux. Un livre donc à découvrir pour tous ceux qui ont déjà apprécié le talent de cet écrivain, auteur notamment de la trilogie uchronique du Subtil changement, également parue chez Folio SF.
Autre couverture :

dimanche 12 mai 2019


 Os de lune
(Roman) Monde Parallèle
AUTEUR : Jonathan CARROLL (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 635, 4/2019 — 272 p., 7.90 €
TO : Bones on the moon, Arbor House, 1987
TRADUCTION : Danielle Michel-Chich & Nathalie Duport-Serval
COUVERTURE : Gérard Dubois
Précédentes publications :
● Albin Michel-Blême, 2/1990 — 264 p., 85 Frs — Traduction de Danielle Miche-Chich — Couverture de Jean-Louis Chabry
● Pocket-Terreur 9230, 10/2001 — 288 p., 7.50 €
● Aux Forges de Vulcain, 5/2017 — 4/2017 — 240 p., 19 € — Traduction de Danielle Miche-Chich & Nathalie Duport-Serval — Couverture de Elena Vieillard
Ce splendide roman, traduit pour la 1ère fois dans la collection Blêmes des éd. Albin Michel en 1990, nous invite à partager les rêves tourmentés de la jeune Cullen-James. A peine sortie d'une cruelle désillusion sentimentale qui s'est conclue par un avortement, la jeune femme a  retrouvé une vie tranquille  en épousant Dany, sportif accompli et ancien camarade d'université, qui lui donne une petite fille. Cependant, Cullen commence à être la victime d’une série de cauchemars récurrents qui l’entraînent sur l’île de Rondua. Un monde fantastique et extravaguant peuplé d'animaux géants qui parlent italien dont peu à peu elle saisira le sens intimement lié à un profond traumatisme de son passé. Dans cet univers aux gigantesques pyramides poussant sur une plaine peuplée de machines arrêtées elle doit veiller, aidée du chien Mr Tracy, sur Pepsi, l’enfant qu’elle n’a pas eu et qui pourtant l'appelle maman.  Celui-ci, afin d’empêcher la contagion du Mal est chargé de rassembler cinq os de lune semés sur toute l’étendue de Rondua. Toutefois, la possession de ces fameux os de lune n'est pas sans risques, car elle confère un pouvoir déterminant sur le monde des rêves. Poursuivie par ses rêves répétitifs  à  la fois fantastiques et cauchemardesques, Cullen décide de les consigner par écrit en une sorte de mini-feuilleton. Tandis que son voisin, Alan Williams, qui a tué sa mère et sa sœur dans un moment de démence, demande à correspondre avec elle du fond de sa cellule, elle doit également composer avec Weber Greston, un cinéaste dont elle a éconduit les avances avec un rayon lumineux jailli de sa main et qui, repenti, revient à la charge, tout en continuant ses escapades sur Rondua où avec la louve Félina elle s'implique de plus en plus dans la quête des Os de lune de Pepsi. Voyant son quotidien de plus en plus envahi par l'univers onirique, Cullen se laisse entraîner dans ce récit sans dessus-dessous dont le background n'est pas sans rappeler l'Alice au pays des Merveilles d'un certains Lewis…Carroll. De ce livre où les animaux parlent et où le danger rôde, un monde ou les lapins font surgir des magiciens de leurs chapeaux, se dégage un fantastique glacial et terrorisant qui imprègne le lecteur telle une glue tenace dont il aura bien du mal à se dépêtrer. Un roman qui permet de retrouver un auteur épris de merveilleux fantastique qui avait déjà eu l'occasion de nous surprendre avec le saisissant Pays du fou ire dont la thématique abordait entre autre l'épineuse place du père, alors que c'est celle de la mère, de l'enfantement et de l'avortement qui s'infiltre dans la trame de ce remarquable Os de lune préface en terme plus qu'élogieux par le talentueux Nail Gaiman.
Autres couvertures :


samedi 11 mai 2019


La bibliothèque de Mount Char
(Roman) Fantasy
AUTEUR : Scott HAWKINS (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 633, 2/2019 — 576 p., 9 €
TO : The library at Mount Char, 2015
TRADUCTION : Jean-Daniel Brèque
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Denoël-Lunes d'Encre, 7/2017 — 480 p., 22.90 € — Couverture de Aurélien Police
→ Mount Char, voici un lieu destiné à rester dans les mémoires comme celui de l'hôtel de Shinning ou l'école de Poudlard, un endroit situé en même temps au sein de notre univers et au dehors, une vénérable bâtisse dont les occupants assurent la préservation coûte que coûte. Celui imaginé par Scott Hawkins est une bibliothèque ancrée dans le quartier de Garrison Oaks et elle abrite 12 orphelins devenus des Pelapi, entendez des bibliothécaires largement différents des stéréotypes habituels attribués à la profession Des gamins qui auraient pu être comme les autres s'il n'y avait pas eu Père, cette émule de Mathusalem qui veille jalousement sur eux depuis qu'ils les a pris sous sa coupe. Son but : les instruire en inculquant à chacun le contenu des 12 Catalogues du Savoir que renferme la bibliothèque. Pour David c'est l'art de la guerre, pour Michael le langage des animaux, pour Alicia la prédiction de l'avenir, pour Jennifer les connaissances médicales et la guérison des corps, pour Margaret la fréquention des Morts, pour Carolyn l'apprentissage des langues, etc.... Afin qu'ils excellent dans leur apprentissage Père ne lésine devant aucun sacrifice. Maîtrisant toute les subtilités de l'art médical, y compris la résurrection des morts, il n'hésite pas à leurs infliger les pires châtiments et les pires souffrances comme les faire griller vivant dans une immense taureau métallique. Et tout cela pour leur bien afin que chacun d'eux deviennent tout puissant dans leurs domaines respectifs et soit prêt à affronter les périls qui les guettent comme le Dieu de la Forêt ou le mystérieux Duc. Or voilà qu'un jour Père disparait. De quoi semer l'émoi dans la petite troupe de demi-dieu, même chez le farouche David qui, tout au long de leur éducation semble avoir pris un malin plaisir à aire souffrir ses petits camarades sur lesquels ils impriment désormais son implacable loi du plus fort. Carolyn, la spécialiste linguistique hors normes a eu particulièrement à pâtir des agissements de David, toutefois, celle que l'on découvre comme l'héroïne principale de cette histoire en tout début du livre, semble avoir pris à cœur la disparition inexpliquée de leur mentor. Revenu à Mount Char après avoir tuée le détective Milner, elle participe activement aux recherches de Père avec David et ses frères et sœurs. L'aide de Nobununga, le tigre millénaire aux pouvoirs fascinants, n'ayant pas été suffisante, elle décide alors de se mettre sur les traces d'un talisman primordial le reissak ayrial. Pour cela elle recrute Steve, plombier de son état, mais aussi cambrioleur à la retraite et fier adepte du Bouddha pour les cons. Un Steve vite piégé dans une machination infernale qui l'amènera à affronter des hordes de chiens enragés et à se lier d'amitié avec une lionne venue à son secours. Mais on n'est pas à un paradoxe prêt dans ce récit où le président des Etats-Unis semble être devenu une simple marionnette dont Carolyn tire les fils à l'envie. Dés lors toutes les tentatives destinées à  mette fins aux agissements des enfants de Mount Char, même celles de commandos délites appuyés par des hélicoptères de combats, seront vouées à l'échec. Seul le perspicace Ewin, un héros de guerre qui a du mal à se réinsérer dans la vie civile, parviendra à tirer son épingle du jeu dans cet affrontement disproportionné qui oppose notre pauvre humanité à des sortes de… dieux. Car, inutile de se voiler la face, il ya a quelque chose du divin dans le personnage de Père, ce façonneur de monde sur qui semble reposer tout le destin de l'univers. Jouant habilement du mélange des genres (Fantasy, Légendaire, roman noir, horreur, voire gore) l'auteur, grâce à l'originalité de ces personnages, comme David le roi du meurtre affublé d'un tutu de danseuse,  et la succession de scènes percutantes conjuguant sexe, hémoglobine et délicat parfum d'absurde, sait prendre en laisse son lecteur et l'amener à tourner avidement les pages de son livre pour connaitre le dénouement d'une intrigue qui devance rapidement tout ce qu'on imaginaire peut concevoir. Un grand moment de lecture récompensé par le prix Elbakin 2018 du meilleur roman de Fantasy traduit.
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vendredi 10 mai 2019


Rêves de machines
(Roman) Intelligence artificielle
AUTEUR : Louisa HALL (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 624, 1/2019 — 418 p., 8.40 €
TO : Speak, Harper Collins, 7/2015
TRADUCTION : Hélène Papot
COUVERTURE : Anne-Gaëlle Amiot
Précédente publication : Gallimard-Du Monde Entier, 2/2017 — 384 p., 22 €
→ Publier un roman de SF grand format hors des collections spécialisées n'est pas un gage de succès, car il a du mal à toucher le public visé. La réédition en Folio de ce premier roman traduit en français de l'américaine Louisa Hall mettra, je l'espère, plus en lumière ce récit qui le mérite. Principalement axé sur l'ambivalence des sentiments que notre société éprouve envers l'intelligence artificielle (fascination/appréhension) le livre aborde ici cette thématique sous un angle nouveau, celui de la nostalgie (comme ce fut le cas dans le film de Christopher Columbus, L'homme bicentenaire, tiré d'une nouvelle de Isaac Asimov) et plus du tout à travers l'approche hostile que proposait Hall, l'IA intrusive de 2001 l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick tiré du roman de Arthur C. Clarke. Louisa Hall nous propose un récit épistolaire qui alterne cinq trames narratives évoluant au fil d'un récit flash back qui nous promène dans des époques différentes avec un même leitmotiv, celui de l'intelligence artificielle. On y rencontre des êtres à part, des êtres d'exception rongés par leur poignante solitude qui cherchent à travers leurs confessions (lettre, journal, mémoire) à faire perdurer la trace d'un passé faisant office de l'esquif auquel se raccroche désespérément un naufragé. Nous voilà donc successivement propulsé en 1663 pour suivre le journal intime de Mary Bradford, jeune immigrée britannique mariée de force à 13 ans à un certain Whittier, et qui n'a pour planche de salut que l'écriture et son petit chien Ralph. Mary qui en 1968 donnera son nom à un logiciel capable de discuter avec l'homme conçu parle  Karl Dettman en utilisant le journal de Mary édité par sa femme Ruth pour qui son intransigeance à  le doter d'une mémoire portera ombrage à leur couple. Un Dettman largement inspiré par les travaux du génial Alan Turing dont nous est retracé en 1928 la correspondance qu'il a entretenue avec la mère de son meilleur ami, Christopher Morcom, à l'origine de sa passion pour l'informatique, et à qui il parle de son projet de conception d'un cerveau artificiel. Mary que l'on retrouve à travers Mary3 en 2035, l'IA qui apaise la peine de Gaby, l'une des adolescentes tombée gravement malade alors qu'on lui a retiré son babybot. Des conversations qui serviront en 2040 au procès à charge de Stephen Chinn condamné à la prison à vie pour avoir créé ces robots trop proche de l'humain qui ont affecté toute une génération d'adolescents. Des approches successives qui privilégient volontairement l'humain, voire le pathos, à travers l'attachement viscéral que nous entretenons avec notre passé, vestige d'un avant que nous ne voudrions jamais voir effacé, miroir déformé de notre présent, mais aussi terreau de notre futur. Une peinture attachante d'individus mal à l'aise dans leur trajectoire de vie, souvent aux prises avec l'incompréhension de leur entourage, qui sert de canevas pour se poser des questions cruciales sur l'avenir de la cohabitation difficile entre l'homme et l'intelligence artificielle. Peut-on la promouvoir sans risquer notre propre altération ? Doit-on doter ces machines ultra perfectionnées d'émotions et de souvenirs, au point de les faire dangereusement nous ressembler ? Enfin, et surtout, seront-elles capables de nous nuire ou bien, comme le croit profondément Chinn, en acquérant toujours plus d'humanité, de nous rapprocher de la notre ? Un roman passionnant s'articulant aussi bien sur l'analyse de la suite de Fibonacci, suite de nombres ou chaque terme représente la somme du précédent, que sur une densité émotionnelle digne de meilleurs récits romantiques.
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Plop
(Roman) Dystopie
AUTEUR : Rafael PINEDO (Argentine)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 630, 3/2019 — 178 p., 6.20 €
TO : Plop, Salto de Pagina, 2007
TRADUCTION : Denis Amutio
COUVERTURE : Georges Clarenko
Précédente publication : L'Arbre Vengeur, 1/2011 — 176 p., 12 €/Couverture de Jean-Michel Perrin
→ Un univers de boue, véritable décharge à ciel ouvert, voilà ce qu'est devenu le monde d'après de Rafael Pinedo, cet auteur argentin né à Buenos Aires en 1954 et mort en 2006 dont on nous offre ici le premier roman qui a reçu le prix Casa América en 2002. Pas de pitié, de concession, ni de quelconque empathie au sein de la grappe d'humanité qui survie à la surface de cette planète en décomposition. Plop, ainsi baptisé à cause du bruit qu'il a fait en tombant dans la boue quand il est sorti du ventre de sa mère, représente le parfait symbole de cette promenade en enfer. Pris sous l'aile sans mansuétude de la vieille Goro, l'ancienne du Groupe et la gardienne de l'écriture, il grandit avec Tini et Urso, deux compagnons de décrépitude avec qui il apprend les rudiments de la loi du plus fort, règle sanguinaire qui régit le devenir de ces humains en perpétuelle fuite. Partageant son temps entre le passage aux Lieux d'Echange, les fêtes comme celle du Kariborn et les inévitables chasses où le cannibalisme est devenu monnaie courante, Plop arrive toutefois à gravir peu à peu les échelons de cette hiérarchie de circonstance où culminent les Secrétaires de Brigade et le tout puissant Commissaire Général. Dans cet univers où le sexe se borne à "l'utilisation" du partenaire d'à-côté, Plop a trouvé une aide appréciable par l'intermédiaire de la Guerrière estropiée qui a appris à son Groupe à se battre et à qui il a fourni une esclave pour satisfaire tous ses plaisirs. Une esclave dont la trajectoire sera intimement liée à la sienne comme le montrera la fin de ce roman âpre et intense déroulant chapitre après chapitre une suite de flash back qui conduisent le lecteur, sûrement éprouvé par cette lecture sans filtre, vers un dénouement final somme toute inéluctable. Etrange sensation que cette plongée dans les détritus de la condition humaine où l'on guette à chaque page, mais en vain, des signes de sentiments tels que amour, pitié, compassion, jadis attribués, mais peut-être à tors, à ce que l'on appelait la civilisation, pas loin dans la réalité et dans beaucoup d'endroits dans le monde de se laisser aller aux pires débordements dont sont capables les êtres de notre espèce.
Autre couverture : 

mercredi 20 mars 2019




La cité du futur
(Roman) Voyages dans le Temps
AUTEUR : Robert Charles WILSON (Canada)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 621, 12/2018 — 458 p., 8.40 €
TO : Last year, Tor Books, 2016
TRADUCTION : Henry-Luc Planchat
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Denoël-Lunes d’Encre, 5/2017 — 367 p, 22 €/Couverture de Aurélien Police
Du mariage entre western et science-fiction on peut garder le navrant souvenir du film Cow-boys et Extraterrestres,  ou bien conserver le souvenir de la lecture de ce passionnant roman. Voilà un livre bâti sur le principe de la cohabitation temporelle ici formalisée par la construction d’une véritable Cité du futur bâtie par les hommes du XXIème siècle en plein Far West de 1876 grâce à la maîtrise de la technologie du Miroir qui permet désormais les déplacement temporels. De cette rencontre plutôt inattendu les deux camps tirent abondamment partie : les visiteurs du futur en jouissant à prix d’or d’un gigantesque parc d’attraction directement branché sur le passé avec pour point d’orgue des excursions hors des limites de la cité ; les locaux, triés sur le volet, en s’octroyant un aperçu d’un futur étourdissant où les femmes ont le droit de vote et peuvent s’exprimer sur tous les sujets, où les mariages homosexuels sont autorisées et où un noir peut devenir président des USA, le tout éventuellement ponctué d’une balade en hélicoptère. Les premiers sont parfois surpris par la rudesse du Gilded Age qui a suivi les dégâts de la guerre de céssecion  en découvrant une société, raciste, sexiste injuste et violente  menacée par toutes sortes de maladie et bien loin des brochures touristiques fournit par Auguste Kemp, le promoteur du XXIème à l’origine de la construction de la Cité. Les seconds, par contre, passé leur premier mouvement de recul face aux mœurs dissolues qu’ils découvrent au fil de leur visite, ne manquent pas d’être impressionnés par les prouesses technologiques dévoilées par ces visiteurs du futur. Des visiteurs qui ont promis de leur en abandonner quelques-unes lorsqu’ils quitteront les lieux après 5 années d’exploitation du site. Mais la coexistence entre les quatre populations qui occupent cet univers clos, les employés locaux, les employés du futur, les visiteurs locaux et les le voyageurs venus du futur, n’est pas aussi rose qu’elle le paraît. C’est ce que va découvrir Jesse Cullum, ancien videur de Los Angelès, devenu l’un des plus anciens employés de Futurity. Affecté à la sécurité de la Tour 2 qui reçoit les touristiques locaux, il sauve la vie du président Ulysse Grant victime d’une tentative d’assassinat. Promu grâce à cet exploit, Jesse doit désormais enquêter sur le trafic d’arme révélé par la découverte de l’arme utilisée par le meurtrier, un Glock, qui n’a rien à voir avec ses ancêtres les colts de l’année 1876. Epaulé dans ses investigations par Elisabeth DePaul, une ex-militaire issue du futur, Jesse va peu à peu mettre à jour l’impact négatif de cette construction de l’avenir sur le présent des locaux, ainsi que les dégâts occasionnés par les activistes opposés au projet qui, pour le combattre, n’hésitent pas à provoquer des mutations sociales inappropriées au sein d’une population autochtone pas encore prête à les emmagasiner. Tout au fil de l’ouvrage le lecteur aura la désagréable impression, à travers la condesendances affichés par les visiteurs du futur envers le monde du Far West, de se revoir en tant que visiteur de zoo à notre propre époque ou dans la peau d’un quelconque touriste embrigadé dans un tour operator qui n’hésite pas à les confronter, avec l’indispensable recul et le luxe de sécurité adéquat, à la misère accumulée de certains pays du tiers-monde. En évitant l’écueil des paradoxes temporels, car la technologie du Miroir, application dévoyée de la mécanique quantique, ouvre sur un univers parallèle qui n’est pas situé sur la même trame temporelle que ce Far West de 1876, l’auteur nous offre une rencontre entre deux monde, finement décrits dans la première partie du livre en prenant soin de laisser à chaque époque le langage de son temps, ce qui conforte la crédibilité du récit. Pointant habilement le doigt sur les imperfections  des civilisations en présence, l’intrigue se prolonge dans la seconde partie du roman  en approfondissant l’enquête policière de Jesse et de DePaul, développant sans trop de longueur les relations entre les divers personnages dans un univers où les apprentis sorciers venus du futur semblent ne pas se soucier des dommages collatéraux que créent leur simple présence. De quoi nous ramener de façon détourné à des contingences de notre propre réalité où certains membres éclairés de nos sociétés pratiquent le même cynisme envers des individus classés hâtivement dans le cadre mal défini des « défavorisés ». Un élément qui, ajouté au style fluide et captivant de l’auteur, ne peut qu’inciter à la lecture de ce nouveau livre de cet auteur naturalisé canadien déjà bien connu du lectorat français à travers des romans tels que Spin, Mystérieum ou Les chronolithes, pour ne citer qu’eux, tous parus, comme la plupart des titres de cet écrivain chez l’éditeur Denoël et dans la collection Lunes d’Encre jusque là dirigée par le perspicace Gilles Dumay avant, comme ce dernier tire, d'être repris en poche chez Folio.
Autre couverture :




Moi, Peter Pan
(Roman) Merveilleux
AUTEUR : Michael ROCH (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 628, 2/2019 — 144 p., 6.80 €
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédentes publications : Mü Editions, 2/2017 — 136 p., 13.50 €/Couv. : Fanny Liabeuf
Au Pays Imaginaire les blêmes ne sont jamais les bienvenus. Alors, lorsque Peter, Roi des Enfants Perdus et Prince des Poux en découvre un en la personne d'un môme qui boitille agacé par les bavettes que taillent la nuit les petites bêtes qui pique-nique sur sa bedaine, il n'hésite pas un seul instant à se pencher sur son cas et, en fin psychanalyste, à découvrir le bas qui blesse : le môme ne se souvient plus de son prénom. Autant philosophe que poète, celui qui désormais se fait appeler Pan, tout simplement, va donc aider les petites bestioles à remuer leurs méninges et à  fabriquer un nom à l'enfant. Ainsi va la vie pour celui qui est devenu le Comte des jeux de Gros Mots et qui, dans les Bois perdus, au cœur de la Forêt Interdite, ainsi nommée car il y a des mots que l'on ne doit pas y prononcer  pour ne pas troubler ceux qui finissent d'exister sous les racines des grands arbres, poursuis les noms portés par ceux qui ont grandi et qui ont quitté le Pays Imaginaire. Or, depuis le départ de Wendy, l'angoisse et les doutes rongent douloureusement celui qui transforme vite son air triste en joli masque-sourire quand Lili la Tigresse vient lui rendre visite la nuit dans sa petite cocabane suspendue au-dessus du village des Enfants Perdus. Une jolie princesse indienne qui devra à nouveau intercéder en sa faveur lorsqu'il sera capturé par les terribles Chasseurs. Mais ce sera son ennemi de toujours, le redoutable et pathétique Capitaine Crochet qui, tout en pointant vers lui son sabre émoussé, mettra a nue la véritable blessure de son âme et le forcera à affronter son Destin dorénavant manipulé par le sentiment qui le harcèle, la terrible peur de grandir. Michaël Roch auteur, chroniqueur et co-créateur de la chaîne YouTube la Brigade du Livre nous livre ici non sa propre vision de héros de James Barrie, mais une approche narrative  à la fois magique, oniriques, mais aussi métaphysique et philosophique durant laquelle Peter se livre involontairement à nous au fil de ses réflexions et des rencontres toujours porteuses de sens des multiples personnages peuplant ce livre mythique. Une manière de briser le cocon de désinvolture qui s'attache à ce personnage pour, à travers le partage de ses doutes et de ses appréhensions,  ramener le lecteur à sa propre vision du monde en quelque sorte réveillée par les rebonds des chapitres tendant à nous inciter de façon délicate, amusante et subtile, à retrouver  l'insouciance de notre enfance.
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vendredi 15 mars 2019


Le marteau des sorcières
(Roman) Fantasy Historique
AUTEUR : Fabien CERUTTI (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 626, 2/2019 — 453 p., 7.40 €
SERIE : La Bâtard de Kosigan 3
COUVERTURE : Alain Brion
Précédentes publications : Mnémos-Icares, 8/2017 — 336 p., 20 €
Les autres titres de la série :
1.L'ombre du pouvoir
2.Le Fou prend le roi
4. Le testament d'Involution
→ Avec la réédition en poche de ce troisième volet du cycle du Bâtard de Kosigan, Fabien Cerutti passionné de jeu de rôle, de jeu vidéo et agrégé d'histoire poursuit l'écriture de sa série de Fantasy historique qui le place aux côtés d'écrivain talentueux tels la Mary Gentle britannique (Le Livre de Cendres)  et du français Jean-Philippe Jaworski (Récits du Vieux Royaume). Cet avant dernier tome des aventures du fameux Bâtard continuent d'interpénétrer les intrigues entre un Moyen Age pénétré par la magie et un 19è siècle où celle-ci semble avoir été occultée des registres de l'Histoire. A travers les échanges épistolaires entre Kergael, le descendant du Bâtard, aidé de tout un réseau de connaissances, d'intellectuels et de savants, dont Léopold Delisle, le directeur de la BNF, va tenter de comprendre pourquoi ont a voulu effacer la trace des Anciens Peuples au sein de la destinée du monde. Cela a failli lui coûter la vie, car il passé la majeure partie du 2ème tome du cycle dans le coma après la tentative d'assassinat orchestrée par les Antagonistes, une congrégation qui, depuis des siècles s'efforce de préserver le secret entourant la présence du surnaturel dans notre continuum historique. Heureusement Kergael peut compter sur l'aide de ses amis historiens et surtout de l'Arche, la secte opposée aux Antagonistes qui lui apporte son appui depuis qu'il a reçu en héritage le mystérieux coffret émanant de son aïeul, le controversé Bâtard. Et puisque l'on parle de lui, le récit parallèle que nous invite à suivre Fabien Cerutti permet de le retrouver à Cologne au cœur du Saint Empire Germanique pendant l'été 1340. A la tête d'une nouvelle compagnie de mercenaires qui compte encore des têtes biens connus des lecteurs des précédents romans, il se rend dans cette région à l'invitation du duc Dagmar-Karl von Hohenstaufen qui semble sur la bonne voie pour devenir le prochain dignitaire destiné à remplacer l'empereur vieillissant entendant préparer sa succession de son vivant. Cependant toute une série de disparitions d'enfants et d'attaques de convois tendent à décrédibiliser sa candidature, et c'est là qu'interviennent Pierre de Kosigan et sa compagnie chargés de ramener le calme dans la région. Or, en vérité, ce nouvel engagement permet au Bâtard d'assouvir sa propre quête d'informations en pénétrant dans la région dont est originaire sa mère afin de tenter de découvrir d'où lui vient ce don mystérieux, le Noir Sang, qu'il a reçu en héritage.  Accueilli par le chevalier Gunthar von Weisshaut, être mi-homme mi-lion, il va très vite être confronté à l'emprise que développe la Sainte Inquisition sur cette région de la Westphalie. A sa tête le cardinal Las Casas, surnommé le Marteau des Sorcières tant les bûchers fleurissent sur son passage, sous le prétexte de pourchasser les hérétiques, à l'intention de s'approprier leur puissance et compte y gagner une immortalité qui lui permettra de se hisser à la tête de l'Eglise et de régner sur l'Occident. Force va donc être à Kosigan de composer avec le camp ennemi représenté par le Cénacle Lunaire ou Mondkreises, l'organisation des sorcières, et leurs principales égérie les sœurs Laura et Willie Stein en fuit depuis qu'elles ont tenté d'assassiner le Pape. C'est d'ailleurs avec l'une d'entre elle que le Bâtard conclura un accord secret qui l'entraînera dans une multiplicité d'aventures semés de combats et de rencontres féminines toujours aussi sensuelles. Porté par une style fluide et générateur de suspense, le récit de Cerutti qui prend ici le parti d'alterner les points de vue tout au fil de l'intrigue continue d'entraîner le lecteur dans les méandres d'un Moyen Age fantasmagorique et d'un 19 siècle complotiste tendant à créer une histoire alternative qui nous transporte avec ravissement vers un dernier tome intitulé Le testament d'Involution où nous devrions recevoir les réponses à toute les questions que pose ce cycle marquant de la Fantasy francophone.
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dimanche 30 décembre 2018

La résurrection du dragon
(Roman) Urban Fantasy
AUTEUR : Romain d'HUISSIER (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 618, 10/2018 — 394 p., 8.30 €
SERIE: Chroniques de l'Etrange 2
COUVERTURE : Alain Brion
Précédente publication : Editions Critic-Fantasy, 11/2016 — 23 € — Couverture de Xavier Collette
→ Son combat contre la secte Hmong (voir Les 81 frères du dragon, premier épisode de cette trilogie) avait laissé à Johnny Kwan, détective et exorciste patenté dans un Hong Kong où Rois dragons et entités surnaturelles cohabitent avec le nec-plus-ultra de l'hyper technologie, comme un arrière-goût d'inachevé dans la bouche. D'autant plus que dans sa lutte contre Ci Jau, ce démon ancestral que voulaient ressusciter les Hmong, il avait eu à déplorer la perte d'Andy Kwok, le jeune devin qui l'avait épaulé dans cette affaire tué par le maitre-assassin de la secte qui avait réussi à s'échapper et avec lequel Johnny avait un vieux compte à régler. Désormais, son cœur animé par la vengeance, il se lance sur les traces de ce tueur énigmatique que son ami Daniel Slung, l'inspecteur-chef de la police hongkongaise, connaît sous le nom de M. Hung, un transfuge des services de renseignements de la Corée du Nord. Cependant tandis que, pour faire honneur à son statut de détective de crise, il mène à bien quelques enquêtes de routine où il n'a pas à forcer outre mesure son talent, les meurtres rituels de courtisanes femmes-serpents ainsi que le vol d'une œuf de jade dérobé à la Triade alors qu'il en assumait la garde, plonge de nouveau Johnny dans une affaire qui dépasse ses investigations habituelles et qui risquer d'entraîner la destruction du monde. De nouvelles péripéties vont le conduire avec son compagnon le magicien Mike Lyu, puis avec Ann, la fougueuse nonne combattante, dans l'antre de la Dame Araignée, la Grande Tisseuse que même les rois-dragons redoutent et qui déplorait la mort de Wang-Lou sa fille aînée partie s'amuser à la surface lors d'une banale fête humaine. Un décès qui entre dans le nouveau canevas ou prend place Anthony Chau, le milliardaire pour lequel Johnny a déjà travaillé, se révélant sous un nouveau jour, celui de maître de la secte du Tin Haa œuvrant pour retour sur Terre du Premier Empereur, un être bien plus redoutable que tous les démons réunis contre lequel les Hmong tentaient de lutter, contrairement à ce que l'impétueux exorciste avait pu croire. Et tandis que, peu à peu, il prend conscience qu'il n'a été qu'un pion habilement manipulé depuis le début de cette histoire et que désormais les monstrueux Quatre Venins sont en position de répandre sur la Chine leur moisson d'épidémies, il voit impuissant les rangs de ses amis fondrent à vue d'œil autour de lui, et ne peut plus compter qu'avec le retour de James Woo, le maître taoïste vivant depuis longtemps en ermite dont il tenait tout son savoir magique. Un second tome qui articule habilement ses pages avec l'intrigue du premier opus révélant des pans de l'histoire sous un angle inattendu, le tout porté par la dynamique de la triade formé par Johnny, Mike le magicien et Ann la moine combattante, affrontant toutes sortes de créatures à peine imaginables dans une débauche d'action qui ne néglige par pour autant la partie émotionnelle des personnages. De quoi attendre avec impatience la reprise par Folio SF du troisième volet de la trilogie des Chroniques de l'étrange, Les gardiens célestes.
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Superposition
(Roman) Science Fantasy
AUTEUR : David WALTON (uSA)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 610, 10/2018 — 394 p., 8.30 €
TO : Superposition, 2015
TRADUCTION : Eric Holstein
COUVERTURE : Ugo Bienvenu
Précédente publication : Editions ActuSF-Perles d'Epice, 9/2016 — 408 p., 20 € — Couverture de James Van Zyl
Cette histoirecommence comme un bon vieux thriller avec l'incursion dans la vie et la maison de Jacob Kelley, ancien chercheur au SCNJ, siège du super collisionneur du New Jersey, de son vieil ami de fac, Brian Vanderhall. Puis, tout dérape quand ce dernier braque un révolver sur Elena, la femme de Jacob, et la tue, seule manière en ce qui le concerne de prouver la dangerosité de la découverte qu'il vient de faire et qui met en danger l'équilibre du monde. Dés lors, le roman bascule dans la physique quantique et sa fameuse théorie du chat de Schrödinger, un univers qui se comporte de manière radicalement différente de l'univers macroscopique qui gère nos habitudes et où les probabilités viennent joyeusement s'entrechoquer. Ainsi l'intrigue du roman va s'articuler autour de deux bases qui se superposent habilement grâce au talent de l'auteur. Dans ces trames narratives on découvre un Jacob arrêté pour le meurtre de Vanderhall et exposé dans un procès très médiatique où il peut compter sur l'aide opportune d'un certain... Jacob Kelley, un alter ego qui lui a échappé aux flics. Bien entendu, dans l'enchevêtrement des probabilités qui s'offre à lui, Jacob va choisir celle où les siens, sa femme Elena et sa fille Alessandra, ne sont pas irrémédiablement perdues. Mais, pour cela, il lui faudra échapper au varcolac, une entité probabiliste à l'origine de divergences durant lesquelles plusieurs états possibles peuvent coexister. Voilà de quoi nous entraîner dans une dolle course-poursuite digne du A bout de souffle de Alfred Hitchcock où les points de vue alternent sans cesse, tandis que Jacob mène sa propre enquête. Un livre porté par le dynamisme de son personnage central, Jacob Kelley, brillant scientifique viscéralement attaché à la survie de sa famille, d'où émerge la figure d'Alessandra, une adolescente dans toute la plénitude de ses doutes, qui devra partager la fuite de son père traqué par une intelligence quantique libérée par Brian Vanderhall et dont les pouvoirs semblent ne connaître aucune limites. Comment ces protagonistes vont se sortir de cette histoire mal engagée où ils paraissent voués à une défaite inéluctable face à la puissance d'un entité quantique disposant de ressources surhumaines, tel est le tour de passe passe enveloppé de mystère que David Walton qui a déjà reçu le convoité prix Philip K. Dick pour son précédent roman Terminal mind, paru en France chez Panini Books en 2013, nous propose de suivre tout au long d'un récit dont le suspense est maintenu à chaque détour de page. A noter également la postface de Roland Lehoucq, Physique et réalité, qui nous dévoile tout ce que nous devons savoir sur les multiples implications de cette fameuse physique quantique domaine de prédilection des pluri possibles dont raffolent les auteurs de science-fiction.
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Les peaux épaisses
(Roman) Space Fantasy
AUTEUR : Laurent GENEFORT (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 616, 9/2018 — 272 p., 7.80 €
COUVERTURE : Denis Bajram
Précédentes publications :
● Fleuve Noir-Anticipation 1884, 9/1992 — 190 p./Couverture de Jean-Jacques Chaubin
● Mnémos-Science-Fiction 29, 3/1998 — 240 p./Couverture de Pierre-Alain Cartier & J. France
● Editions Critic-Science-Fiction, 10/2012 — 15 €
La réédition du 4ème roman de Genefort, publié au Fleuve Noir en 1992. Elle est ici considérablement remaniée et s'insère dans la trame de  sa Panstructure, ce véritable livre-univers dont chaque roman représente des infimes fragments qu’il sème comme des cailloux sur une piste. Les peaux-épaisses y occupent une place de choix. Ce sont des humains altérés génétiquement afin de pouvoir travailler dans le vide de l’espace. Lark, l’un d’entre eux, souhaite mettre un terme à sa brillante carrière de mercenaire. Mais voilà, Roko, l’un de ses anciens élèves est engagé par la firme Colexo pour exterminer les Nomarals, le clan de Peaux-épaisses auquel justement Lark appartient. Dés lors s’engage une formidable course-poursuite à travers le cosmos. Un space-opera débridé qui permet à Laurent Genefort de faire étalage de tout son talent dans la structure de l’intrigue basée sur des recherches précises (biotechnologie, informatique, nanotechnologie, etc...). L’occasion également de confronter des personnages hors du commun à la toute puissance des multinationales qui dominent cette version d’un futur quadrillé par les Portes de Vangk, artefacts extraterrestres qui assurent le transport des vaisseaux et les communications dans toute la galaxie On retrouve dans ce roman la même problématique de  survie que celle des Mutants de Blade Runner ou des Sans Ventre de la série Space 2063, le tout donnant au livre un aspect profondément humain qui ne peut que s’épanouir au contact des mondes visités que Genefort, comme à son habitude, excelle à peupler d’une manière inventive et parfaitement élaborée. Une réédition qui ne peut donc que séduire et donner envie de lire les autres ouvrages d’un auteur phare de la science-fiction francophone.
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