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jeudi 12 décembre 2019




Dans la toile du temps
(Roman) Hard Science
AUTEUR : Adrian TCHAIKOVSKY (Angleterre)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 641 — 687 p., 9.50 €
TO : Ha’penny, 2007
TRADUCTION : Henri-Luc Planchat
COUVERTURE : Denoël--Lunes d’Encre, 3/2018 — 578 p., 24 €/Couverture de Gaelle Marco
→ Arachnophobes attention, le roman que vous avez entre les mains fait la part belle à ces gentilles petites bestioles qui partagent avec nous notre bonne vieille Terre. Et surtout ne croyez pas vous en débarrasser avec un simple insecticide ou un bon coup de balais, car celles dont vous nous parler Adrian Tchaikovsky ont atteint un niveau de civilisation qui, même si nous le comprenons pas, nous dépasse largement et nous dépassera sûrement dans ce lointain futur qui sert de décor à cette passionnante histoire. Tout commence lorsque l’Humanité, consciente de l’avenir étriqué que lui réserve notre planète bleue, et après avoir colonisé la proche banlieue que constitue notre système solaire, se lance dans la colonisation des vastes espaces interstellaires avec pour crédo le maître mot terraformation. C’est d’ailleurs cette tache essentielle que vient de terminer le Brin 2 (hommage à l’auteur de SF David Brin), vaisseau scientifique humain, sur un monde extrasolaire situé à des années-lumière de la Terre. Le docteur Avrana Kern, à la tête du projet, s’apprête à passer à l’étape suivante du processus, soit le largage sur la planète d’un millier de singes et d’un nanovirus destiné à leur faire subir une évolution accélérée jusqu’à ce qu’ils soient en capacité de comprendre les messages mathématiques envoyés par un satellite laissé en orbite autour de la planète et qu’ils puissent y répondre. Ce stade ultime atteint ils seraient en mesure d’accueillir comme des dieux les colons terriens venus récolter le fruit de leur fabuleuse expérience. Mais, alors que le Brin s’apprête à repartir pour ensemencer d’autres mondes l’imprévisible se produit sous la forme d’un révolutionnaire du NUN, entendez les Non Ultra Natura, qui prône par la violence un retour radical à la nature. Ce dernier réussit à détruire le Brin 2 et  à faire griller les singes cobayes. Seule Avrana Kern parvient à s’échapper en se réfugiant dans le module orbital autonome placé autour de l’astre terraformé où, faisant désormais corps avec les composantes électroniques de l’engin, ne sachant pas que ses précieux primates ont subi un sort funeste, elle entre dans une longue période de cryogénisation. Or, sur le monde en question, baptisé désormais la planète de Kern, si l’ensemble des vertébrés ont été immunisés contre les effets du nanovirus, ce n’est pas le cas des invertébrées, passagers clandestins involontaires du Brin 2. Dés lors, profitant de l’effet élévation contrôlée que diffuse ce dernier, va se développer une civilisation d’où émerge, au fond de l’océan, des crustacés représentés par des stomatopodes marins, sortes de crevettes endémiques, et sur terre des insectoïdes, fourmis et surtout araignées en tête. Ces dernières, et notamment l’espèce Portia Labatia, particulièrement réceptive à la diffusion du nanovirus, vont transformer leur individualisme inné en conscience sociale, puis en redoutable intelligence, et ensuite véritable technologie approprié à leur propre espèce qui va leur permettre de régner sur la plus grande partie de la planète. Et pendant ce temps les humains, me direz-vous… Et bien, comme prévue, à travers le conflit entre les progressistes et les membres du NUN, ils ont fini par s’autodétruire après avoir rendu la Terre inhabitable. Seul vestige de l’Humanité agonisante, le Gilgamesh, une gigantesque arche stellaire peuplée de près de 500 000 individus en animation suspendue, qui s’approche désormais du monde Kern dans le but de recommencer à zéro sur cette nouvelle terre promise. A sin bord, Holsten Mason, l’historien linguiste, Isa Lain, la chef-ingénieur, et  Vries Guyen, le commandant du Gilgamesh, ont été réveillé pour préparer les bases de cette arrivée en fanfare. Mais voilà l’entité Avra Kern n’entends pas que des éléments extérieurs viennent troubler l’expérience menée sur ses précieux primates et à placé la planète en quarantaine. C’est ainsi que les humains du Gilgamesh sont repoussés manu militari et priés d’aller polluer des astres bien plus lointains. A partir de cet instant, Adrian Tchaikovsky va nous inviter à suivre par l’intermédiaire de chapitres alternant les points de vue, les trajectoires destinées à se rejoindre des araignées en perpétuelle mutation et des humains en perpétuels conflits. En effet, sur le monde de Kern, après avoir vaincu les fourmis qu’elles ont transformé en sortes de robots dévolus à leur service, les arthropodes violemment matriarcales (les mâles sont souvent dévorés après l’accouplement) évoluent à vitesse grand V grâce à la transmission de transferts d’expériences, les Savoirs,  à travers des lignées qui se renouvellent avec des noms distinctifs, Portia, Fabian, Viola, qui permettent aux lecteurs d’entrer plus facilement en empathie avec des êtres dont pourtant tout nous sépare. Tout au contraire, chez les humains, nous avons droit à toute la panoplie de dissension et luttes intestines qui minent une société fermée dont les membres se confrontent au fil des réanimations successives qui émaillent leur aller-retour dans l’espace, car le Gilgamesh n’envisage en fait qu’une option : retourner envahir le monde de Kern. Nul doute alors que les araignées ne seront pas du même avis et gare à la confrontation finale. Faisant parti des ultimes choix de Gilles Dumay avant qu’il ne quitte la direction de la collection Lunes d’Encre, ce roman prouve une fois de plus son talent indéniable pour débusquer de véritables pépites littéraires. Car Dans la toile du temps est réellement un récit passionnant. Tant par le soin que son auteur a pris à décrire la densité émotionnelle qui anime ses personnages, autant humains qu’arachnides, que par l’extraordinaire description de la civilisation insectoïde qui nous est proposée. Bien que celle-ci soit basée sur des concepts totalement différents des nôtres, la vue et le toucher étant par exemple remplacé par le toucher et le chimie des phéromones, tandis que nos chères lois de la physique font place à celles de la chimie et de la biotechnologie, elle nous captive page après page au gré de mutations anatomiques, de luttes contre d’autres insectes, de conflits internes sur fond de querelles religieuses où l’entité Kern fait office de nouvelle déesse dont cependant les araignées ne tarderont pas à cerner les limites quand elles seront en mesure d’entrer en contact avec elle. Rarement un contact extraterrestre a été si habilement décrit nous le rendant parfaitement compréhensible et envisageable. Entomologiste de formation, qui a déjà utilisé le monde des insectes comme source d’inspiration, comme dans son cycle de fantasy de Shadows of the Apt,  Adrian Tchaikovsky aborde des thématiques hard-science (arches stellaires, contre-utopie, intelligence artificielle, post-apocalypse) où l’on retrouve les influences d’auteurs majeurs du genre, David Brin, Stephen Baxter, Peter Hamilton, etc…, en supportant toujours avec brio la comparaison et nous entraîne avec lui dans un univers inversé où l’humain, loin de jouir du beau rôle, fait désormais office d’agresseur. Une œuvre qui, sans nul doute, fera date dans l’histoire de la SF contemporaine
Autre couverture :

lundi 23 avril 2018


Dans la toile du temps
(Roman) Hard Science
AUTEUR : Adrian TCHAIKOVSKY (Angleterre)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 3/2018 — 578 p., 24 €
TO : Ha’penny, 2007
TRADUCTION : Henri-Luc Planchat
COUVERTURE : Gaelle Marco
→ Arachnophobes attention, le roman que vous avez entre les mains fait la part belle à ces gentilles petites bestioles qui partagent avec nous notre bonne vieille Terre. Et surtout ne croyez pas vous en débarrasser avec un simple insecticide ou un bon coup de balais, car celles dont va nous parler Adrian Tchaikovsky ont atteint un niveau de civilisation qui, même si nous le comprenons pas, nous dépasse largement et nous dépassera sûrement dans ce lointain futur qui sert de décor à cette passionnante histoire. Tout commence lorsque l’Humanité, consciente de l’avenir étriqué que lui réserve notre planète bleue, et après avoir colonisé la proche banlieue que constitue notre système solaire, se lance dans la colonisation des vastes espaces interstellaires avec pour crédo le maître mot terraformation. C’est d’ailleurs cette tache essentielle que vient de terminer le Brin 2 (hommage à l’auteur de SF David Brin), vaisseau scientifique humain, sur un monde extrasolaire situé à des années-lumière de la Terre. Le docteur Avrana Kern, à la tête du projet, s’apprête à passer à l’étape suivante du processus, soit le largage sur la planète d’un millier de singes et d’un nanovirus destiné à leur faire subir une évolution accélérée jusqu’à ce qu’ils soient en capacité de comprendre les messages mathématiques envoyés par un satellite laissé en orbite autour de la planète et qu’ils puissent y répondre. Ce stade ultime atteint ils seraient en mesure d’accueillir comme des dieux les colons terriens venus récolter le fruit de leur fabuleuse expérience. Mais, alors que le Brin s’apprête à repartir pour ensemencer d’autres mondes l’imprévisible se produit sous la forme d’un révolutionnaire du NUN, entendez les Non Ultra Natura, qui prône par la violence un retour radical à la nature. Ce dernier réussit à détruire le Brin 2 et  à faire griller les singes cobayes. Seule Avrana Kern parvient à s’échapper en se réfugiant dans le module orbital autonome placé autour de l’astre terraformé où, faisant désormais corps avec les composantes électroniques de l’engin, ne sachant pas que ses précieux primates ont subi un sort funeste, elle entre dans une longue période de cryogénisation. Or, sur le monde en question, baptisé désormais la planète de Kern, si l’ensemble des vertébrés ont été immunisés contre les effets du nanovirus, ce n’est pas le cas des invertébrées, passagers clandestins involontaires du Brin 2. Dés lors, profitant de l’effet élévation contrôlée que diffuse ce dernier, va se développer une civilisation d’où émerge, au fond de l’océan, des crustacés représentés par des stomatopodes marins, sortes de crevettes endémiques, et sur terre des insectoïdes, fourmis et surtout araignées en tête. Ces dernières, et notamment l’espèce Portia Labatia, particulièrement réceptive à la diffusion du nanovirus, vont transformer leur individualisme inné en conscience sociale, puis en redoutable intelligence, et ensuite véritable technologie approprié à leur propre espèce qui va leur permettre de régner sur la plus grande partie de la planète. Et pendant ce temps les humains, me direz-vous… Et bien, comme prévue, à travers le conflit entre les progressistes et les membres du NUN, ils ont fini par s’autodétruire après avoir rendu la Terre inhabitable. Seul vestige de l’Humanité agonisante, le Gilgamesh, une gigantesque arche stellaire peuplée de près de 500 000 individus en animation suspendue, qui s’approche désormais du monde Kern dans le but de recommencer à zéro sur cette nouvelle terre promise. A sin bord, Holsten Mason, l’historien linguiste, Isa Lain, la chef-ingénieur, et  Vries Guyen, le commandant du Gilgamesh, ont été réveillé pour préparer les bases de cette arrivée en fanfare. Mais voilà l’entité Avra Kern n’entends pas que des éléments extérieurs viennent troubler l’expérience menée sur ses précieux primates et à placé la planète en quarantaine. C’est ainsi que les humains du Gilgamesh sont repoussés manu militari et priés d’aller polluer des astres bien plus lointains. A partir de cet instant, Adrian Tchaikovsky va nous inviter à suivre par l’intermédiaire de chapitres alternant les points de vue, les trajectoires destinées à se rejoindre des araignées en perpétuelle mutation et des humains en perpétuels conflits. En effet, sur le monde de Kern, après avoir vaincu les fourmis qu’elles ont transformé en sortes de robots dévolus à leur service, les arthropodes violemment matriarcales (les mâles sont souvent dévorés après l’accouplement) évoluent à vitesse grand V grâce à la transmission de transferts d’expériences, les Savoirs,  à travers des lignées qui se renouvellent avec des noms distinctifs, Portia, Fabian, Viola, qui permettent aux lecteurs d’entrer plus facilement en empathie avec des êtres dont pourtant tout nous sépare. Tout au contraire, chez les humains, nous avons droit à toute la panoplie de dissension et luttes intestines qui minent une société fermée dont les membres se confrontent au fil des réanimations successives qui émaillent leur aller-retour dans l’espace, car le Gilgamesh n’envisage en fait qu’une option : retourner envahir le monde de Kern. Nul doute alors que les araignées ne seront pas du même avis et gare à la confrontation finale. Faisant parti des ultimes choix de Gilles Dumay avant qu’il ne quitte la direction de la collection Lunes d’Encre, ce roman prouve une fois de plus son talent indéniable pour débusquer de véritables pépites littéraires. Car Dans la toile du temps est réellement un récit passionnant. Tant par le soin que son auteur a pris à décrire la densité émotionnelle qui anime ses personnages, autant humains qu’arachnides, que par l’extraordinaire description de la civilisation insectoïde qui nous est proposée. Bien que celle-ci soit basée sur des concepts totalement différents des nôtres, la vue et le toucher étant par exemple remplacé par le toucher et le chimie des phéromones, tandis que nos chères lois de la physique font place à celles de la chimie et de la biotechnologie, elle nous captive page après page au gré de mutations anatomiques, de luttes contre d’autres insectes, de conflits internes sur fond de querelles religieuses où l’entité Kern fait office de nouvelle déesse dont cependant les araignées ne tarderont pas à cerner les limites quand elles seront en mesure d’entrer en contact avec elle. Rarement un contact extraterrestre a été si habilement décrit nous le rendant parfaitement compréhensible et envisageable. Entomologiste de formation, qui a déjà utilisé le monde des insectes comme source d’inspiration, comme dans son cycle de fantasy de Shadows of the Apt,  Adrian Tchaikovsky aborde des thématiques hard-science (arches stellaires, contre-utopie, intelligence artificielle, post-apocalypse) où l’on retrouve les influences d’auteurs majeurs du genre, David Brin, Stephen Baxter, Peter Hamilton, etc…, en supportant toujours avec brio la comparaison et nous entraîne avec lui dans un univers inversé où l’humain, loin de jouir du beau rôle, fait désormais office d’agresseur. Une œuvre qui, sans nul doute, fera date dans l’histoire de la SF contemporaine.

dimanche 5 février 2017


Endymion
(Roman) SF / Série culte
AUTEUR : Dan SIMMONS (Usa)
EDITEUR : POCKET-Science-Fiction/Fantasy 7215, 8/2016 — 736 p., 11.40 €
SERIE : Hypérion 3
TO : Endymion, 1996
TRADUCTION : Guy Abadia
COUVERTURE : Jean Bastide
Précédentes publications :
● Robert Laffon/Ailleurs et Demain, 5/1996 — 576 p., 149 Frs — Couverture non illustrée
● Robert Laffon/Ailleurs et Demain, 12/1998 — 576 p., 149 Frs — Couverture de Jürgen Ziewe
● France Loisirs, 5/1999 — 578 p., 129 Frs — Couverture de Jürgen Ziewe
Endymion 1, Pocket/Science-Fiction-Fantasy 5681, 9/2000 — 352 p. 8.50 € — Couverture de Siudmak (Réédition 10/2007 — Couverture différente)
Endymion 2, Pocket/Science-Fiction-Fantasy 5751, 9/2000 — 352 p. 8.50 € — Couverture de Siudmak
● in Le cycle d’Hypérion 2, Robert Laffont-Ailleurs et Demain-La Bibliothèque, 10/2003 — 1290 p., 26 €— Couverture de Jürgen Ziewe Réédition
Nous voici propulsés 3 siècles après les événements qui se sont déroulés dans Hypérion. A la suite de l’écroulement de l’Hégémonie, l’Eglise Catholique, la Pax,  est devenue la puissance dominante de la galaxie. Le Vatican, qui dispose désormais des symbiotes cruciformes capables de ressusciter les morts, envoie ses Gardes Suisses, des commandos délites rompus à tous les combats, traquer les expros à travers l’espace. Mais ceux-ci ne représentent pas la plus grande menace pour l’Eglise. Enée, fille de Brawne Lamia et de John Keats le cybride, l’intelligence artificielle rebelle, s’avère représenter un dangereux messie susceptible de redonner l’espoir à tous ceux qui souffrent sous l’intransigeant coupe épiscopale et sa non moins funeste Inquisition. Alors qu’elle a disparu dans les profondeurs de l’un des Tombeaux, les labyrinthes temporels de la planète,  à la mort de sa mère, le pape Jules XIV ordonne au père De Soya de retourner sur Hypérion et de la capturer. Cependant Martin Silénius, l’ancien poète des Cantos d’Hypérion, dont Enée est la nièce, sauve Raul Endymion de la mort. Il l’envoie sur Endymion en compagnie de l’androïde Bettik afin de protéger la jeune fille des forces papales. En dépit de la disproportion des forces en présence, l’appuie du Gritche, le monstre qui protège les labyrinthes temporels, ils parviennent à s’échapper en traversant une porte distrans qui permet de passer instantanément d’une planète à l’autre. Toutefois le père De Soya ne s’avoue pas vaincu. S’engageant dans une traque impitoyable favorisée par les morts-résurrections successives que lui procure le cruciforme, il poursuit le trio Enée, Raul, Bettik tout le long du fleuve Thétys, dont chaque tronçon s’identifie à de nouvelle épreuve propulsant les fugitifs de planètes en planètes à travers des décors sans cesse renouvelées et des aventures marquées par le sceau du péril. Bientôt, en plus du père De Soya, ils devront composer avec Ménès, une adjointe qu’il a récupérée sur Terre et dont la redoutable efficacité révèle à son allié qu’elle n’est pas simplement humaine. Un découverte qui poussera De Soya à exprimer ses doutes sur la collusion entre les IA du technocentre et la papauté contre certaines IA rebelles, tandis que le mystère demeure sur les auteurs de la disparition de l’ancienne Terre propulsée dans le nuage de Magellan.. Une sorte de road movie fluvial digne des pérégrinations d’un héros de Mark Twain ou de celles du cycle du Fleuve  de Philip Jose Farmer, qui, tout en déroulant les poncifs d’un remarquable récit d’aventure, propose des réflexions philosophiques sur les fondements de l’Humanité et ceux des Intelligences Artificielles, tout en continuant de truffer ses pages, comme dans Hypérion, de multiples références littéraires. Un roman profitant de la narration à la première personne de Raul Endymion pour accentuer l’ancrage du lecteur au fil de l’intrigue, qui développe certaines problématiques esquissées dans Endymion, comme l’environnement mythologique du cycle, tout en posant de nouvelles et passionnantes questions qui devraient trouver leurs solutions dans les prochains volumes de cette fabuleuse saga de high-fantasy.
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dimanche 23 août 2015

Accrétion
(Roman) Science-Fiction
AUTEUR : Stephen BAXTER (Usa)
EDITEUR : Pocket SF 7172 — 629 p., 8.80 €
SERIE : Xeelee 4
TRADUCTION : Laurent Philibert-Caillat
COUVERTURE : Victor Habbick (phtotographie)
Précédente publication : Le Bélial, 2/2013 — 528 p., 24 € — Couverture de Manchu
Dans le précédent opus de la série, Singularité, nous avions appris comment la Terre avait été conquise par les Xeelees, des extraterrestres venus du futur. Dés lors l’humanité a construit le Nord, un gigantesque vaisseau spatial destiné à voyager vers l’avenir afin de découvrir le futur de notre planète. A bord, les scientifiques de toutes obédiences semblent avoir tout prévu pour ce voyage qui durera mile ans. Mais ils se trompaient… Dans la partie du roman que l’on peut rapprocher de Croisière sans escales de Brian Aldiss ou du Navire étoile de E.C. Tubb, nous assistons aux divers changements affectant l’équipage, dont une partie a régressé jusqu’à l’état primitif, tandis que d’autres répètent des taches répétitives et que certains son devenus immortels. Cependant, parvenu à destination, le Nord découvrira que le Soleil est devenu une géante rouge avant la date fatidique annoncée par les astronomes et ce, à cause d’une mystérieuse manipulation orchestrée par une non moins énigmatique forme de vie. Or c’est justement ce qu’à découvert Lieserl, un enfant créé par les hommes avec une existence de vie de 90 jours, en fait une Intelligence artificielle révolutionnaire qui, après avoir été débarrassé de son enveloppe physique, plongera dans le soleil par l’intermédiaire d’un trou de ver. Une Lieserl néanmoins émerveillée par ce qu’elle découvre et dont le nom fut aussi le prénom d’une fille naturelle d’Einstein, enfant handicapée qui mourut prématurément. Pour éviter cette fin programmée l’équipage du Nord n’a plus qu’une solution : retrouver les Xeelees, cet ennemi sans visage responsable de la disparition de l’humanité. Tisse-les-Cordes, l’un des personnages phares du roman est parvenu à contrôler l’un de leur vaisseau et, grâce à lui, à atteindre l’un des mondes des Xeelees. Là, paradoxalement, il sera peut-être en mesure de trouver les solutions qui permettront de sauver ses semblables et ce, grâce à ceux qui pourtant les ont conduit à leur perte. Un roman qui mélange avec bonheur la thématique de la hard-science chère aux auteurs anglo-saxons avec, par exemple cette fameuse accrétion, qui désigne la capture de matière par un astre sous l’effet de la gravitation, à des problématiques bien plus humaines que véhiculent des personnages ciselés tout en émotivité et dont on partage sans longueur les divers états d’âmes, le tout sur un background de mystère savamment entretenu par ces extraterrestres insaisissables entourés d’une aura de mystère que le lecteur rêvera de percer chaque fois qu’il tournera l’une des pages de ce roman. Un livre qui peut se lire indépendamment des autres volumes du cycle et qui apparaît incontestablement comme une vrai réussite littéraire saluée unanimement par les critiques outre-Atlantique.
Autre couverture :

mercredi 6 mai 2015



Tau Zero
(Roman) SF / Hard science
AUTEUR : Poul ANDERSON (Usa)
EDITEUR : Pocket-SF 7160, 1/2015 350 p., 7.90
To : Tau Zero, 1970
TRADUCTION : Jean-Daniel Brèque
COUVERTURE : Manchu
Précédente publication : Le Bélial, 5/2012  304 p., 20
Critiques : actufs.com (Marie Marquez) Bifrost 68, 10/2012 (Jean-Pierre Lion) noosfere.com (Bruno Para)
Publié pour la première fois au Bélial après 40 ans d'oubli, ce roman est aujourd'hui repris en poche chez Pocket. L'occasion pour un large public de découvrir ou de redécouvrir Poul Anderson, l'un des monstres sacrés de l'âge d'or de la SF américaine. Les vieux lecteurs de Fiction et de la collection SF des éditions Marabout verseront une larme nostalgique en se rappelant les fameuses pages de La patrouille du temps, véritable pierre angulaire des récits de divergences temporelles, ou de Opération Chaos, narrant les aventures rocambolesques d'un loup-garou et d'une sorcière, sans oublier dans le domaine de la Fantasy l'inoubliable Peuple du ciel, puis la saga de Hrolf Kraki chez Garancière et le dynamique Dominic Flandry, héros de space opera de la série Agent de l'Empire terrien aux éditions Opta. Liste loin d'être exhaustive, tant cet auteur avait pris l'habitude de cultiver le célèbre sens of wonder anglo-saxon sous ses meilleurs auspices. Ici, il nous revient dans un roman se revendiquant de la hard SF moderne dont la thématique s'inspire des voyages intergalactiques et des Navire étoile à la E.C. Tubb. Nous voici donc embarqués sur le Leonora Christina avec une équipe d'une cinquantaine de scientifiques et de membres d'équipage triés sur le volet afin de rejoindre la lointaine étoile Beta Virginis pour tenter de découvrir une planète où la vie humaine pourrait prospérer. Forcé d'avoisiner la vitesse de la lumière pour parcourir ces incommensurables distances, le navire doit constamment accélérer (d'où la variable Tau du titre). Tandis que l'auteur s'attache à nous décrire les rapports humains complexes qui s'établissent au sein de cette coquille d'humanité en miniature, une panne du système de freinage pousse l'astronef à accélérer à l'infini avec, pour conséquence, l'impossibilité d'atteindre la cible tant recherché par cette première expédition interstellaire. Flirtant sans vergogne avec les paradoxes (on peut aller plus vite que la vitesse de la lumière qui est en soit indépassable!!) Poul Anderson nous propose un cours de physique loin d'être rébarbatif que vient habilement compléter la passionnante postface de l'astrophysicien Roland Lehoucq. Bien entendu, outre l'aspect scientifique proprement dit, l'intérêt du roman porte également sur les rapports humains finement décrits entre des personnages confrontés à un voyage sans retour où, besoin de croisements génétiques oblige, ils devront apprendre à faire tomber pas mal de tabous, comme par exemple la pérennité du couple. Des péripéties bien marquantes des œuvres de la fin des années 60 qui me rappellent un film où les survivants mâles de l'Humanité réfugiés dans une base polaire après une catastrophe atomique devaient se passer tour à tour les rares femmes restants afin de perpétrer l'avenir de l'espèce et d'assurer l'équilibre psychologique du groupe. Cependant, il ne faut pas croire pour autant que le roman est mal vieilli. Ce serait mal connaître le talent d'écriture de cet auteur qui, mieux que quiconque a su insuffler à cette aventure supra-humaine un incontestable souffle poétique comblant les attentes d'un lecteur qui tout au long de ces 350 pages n'aura pas vu passer le temps, autre sujet fondamental du roman. A lire donc pour tous les amoureux de la SF qui ne pourront que se féliciter la découverte tardive de cette perle dont la mise en français a été assurée par le méticuleux Jean-Daniel Brèque, auteur également de la préface du livre.
Autre couverture :