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jeudi 1 novembre 2018


L’inclinaison
(Roman) Science-Fiction / Voyages Temporels
AUTEUR : Christopher PRIEST (Angleterre)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 611, 8/2018 — 498 p., 8.50 €
TO : The gradual, Gollancz, 2016
TRADUCTION : Jacques Collin
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Denoël-Lunes d’Encre, 10/2016 — 398 p., 23 € — Couverture de Aurélien Police
→ Avec ce roman, préalablement publié aux éditions Lunes d’Encre et repris aujourd'hui en poche chez Folio SF,  l’auteur britannique Christopher Priest revient sur son univers de prédilection de l’Archipel du Rêve au sein duquel il nous avait déjà proposé de multiples voyages à travers ses précédents romans tels que Les Insulaires, L’Archipel du Rêve, L’Adjacent ou La fontaine pétrifiante. Brodant astucieusement son intrigue dans le canevas des paradoxes temporels, il propulse son héros, Alesandro Sussken, musicien célèbre évoluant au sein d’une dictature dont la junte au pouvoir l’incite à entamer une tournée organisée par son omniprésent promoteur Ders Axxon qui le conduirait dans le fameux Archipel composé d’îles où il avait toujours rêvé d’exprimer sa musique et, en particulier, sur Temmil, berceau de And Ante, guitariste de rock qu’Alesandro accusé d’avoir plagié son œuvre. Approchant la cinquantaine, le brillant musicien a trouvé son inspiration très jeune dans l’observation de ces îles, à une époque où les bombes pleuvaient autour de lui, tandis que s’opposaient l’Alliance de Faiandland et la république de Glaund où il était né. Puis le conflit s’est déplacé vers la partie méridionale de l’Archipel, vers le continent de Sudmaieure, un sud où a disparu son frère  Jacq, évaporé sur le front,  et qu’il ne désespère pas de retrouver même s’il est trop tard pour ses parents anéantis par la perte de ce fils aîné. Cependant son voyage, plus que sa quête d’un proche perdu et que le moyen d’exprimer tout son talent, va le confronter à l’intimité de son être par sa rencontre avec le graduel, cet étrange phénomène spatio-temporel qui baigne ses îles pas comme les autres. En effet, d’une île à l’autre, le temps ne s’écoule pas de la même manière. Tantôt en avance, tantôt en retard sur le temps absolu, ces tranches divergentes de temporalités provoquent pour Alesandro une altération du temps, positive ou négative, selon les directions qu’il a emprunté et les durées de ses séjours sur les îles qu’il a abordé. D’où le terme d’inclinaison, qui caractérise à la fois la position du voyageur par rapport à l’axe temporel commun, mais aussi celle de son esprit qui s’ouvre enfin à la réelle connaissance du monde qui l’entoure. Car, au retour de son périple musical, Alesandro prendra conscience de la tyrannie et la censure qui gangrène l’univers de Glaund où il a grandit. Véritablement transfiguré par son voyage, il doit faire face à la mort de ses parents et au départ de son épouse, mais, paradoxalement,  il se sent enfin véritablement vivant et décidé à agir sur le monde qui l’entoure en dépit des risques qui pèse sur sa propre liberté. Et pour s’extirper du carcan où voudrait l’enfermer la dictature qui l’opprime, il doit à nouveau fuir dans ces îles si tentatrices et dangereuses à la fois. A travers le personnage d’Alesandro, Christopher Priest nous convie à une sort de vagabondage mystique, sous forme d’introspection intérieure, d’un être en perte de repères et qui ne parvient pas à se raccrocher à l’ambivalente de chacune des îles visitées, dont le pendant technologique, culturel et sociologique clairement détaillé, est repoussé en toile de fond par la perpétuelle atmosphère d’étrangeté qui imprègne ses lieux soumis aux aléa du gradiant temporel provoqué par cette sorte de vortex qui enveloppe l’archipel, créant à chaque déplacement des distorsions par rapport au temps réel des principaux belligérants. Ainsi, Alesandro, tel Alan Corday, le spationaute de Retour à demain de Ron Hubbard (il a quand même fait quelques petits romans de SF avant de trouver une piteuse gloire à travers sa dianétique racoleuse) va, à son retour des îles, s’apercevoir que le temps a évolué différemment pour son entourage. Négligeant l’approche de l’explication scientifique, Christopher Priest joue sur ce paradoxe afin de proposer au lecteur une réflexion à la fois sur l’art, sur le temps, mais aussi sur le devenir des êtres et leur profonde implication dans l’univers qui les entoure. Auteur de ce que l’on a appelé le courant new wave de la SF britannique, que les anciens passionnés de littérature imaginaire ont pu notamment découvrir en France dans la collection Dimensions SF de l’éditeur Calmann-Lévy aux côtés de romanciers tels que Ian Watson, Samuel Delany, G J. Ballard ou Michael G. Coney, Christopher Priest exprime une fois de plus à travers cette histoire sa propre petite musique éloignée des chemins de la SF traditionnelle, plus réaliste que scientifique, plus poétique qu’aventureuse, et chargé d’un mystère qui ne se dévoile jamais réellement, tout en proposant une approche originale de la thématique des voyages temporels, comme a pus déjà le faire, par exemple, Jack Finney dans son célèbre Voyage de Simon Morley.
Autre couverture :


Conséquences d'une disparition
(Roman) Science-Fiction
AUTEUR : Christopher PRIEST (Grande Bretagne)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d'Encre, 8/2018 — 335 p., 21.50 €
TO: An american story, Gollancz, 2018
TRADUCTION : Jacques Collin
COUVERTURE : Aurélien Police
→ Les lecteurs de SF français connaissent bien Christopher Priest. Ils l'on vu débouler au catalogue de la collection Dimensions SF des éditions Calmann-Lévy, qui avait l'ambition de faire découvrir aux mangeurs de grenouilles un autre volet de la science-fiction s'apparentant souvent à ceux que les anglo-saxons appelèrent la New wave. C'est ainsi qu'aux côtés de Priest (Le monde inverti, Futur intérieur, La fontaine pétrifiante) on découvrait des auteurs phares de cette nouvelle SF britannique comme Ian Watson, J.G. Ballard, Brian Aldiss accompagnés par des célébrités venues d'Amériques tels que Philip K. Dick, Frederik Pohl, Robert Sheckley, etc… Cette fois, l'auteur de Prestige, adapté à l'écran par Christopher Nolan, nous invite sous l'emballage d'une touchante histoire d'amour à une réflexion sur la vérité, telle que nous la matraque les sommaires de journaux télévisés. Ne tombant pas dans l'écueil du récit complotiste, Christopher Priest nous propose de partager les interrogations de Ben Matson, anglais et pigiste régulier, dont l'existence n'a plus le même goût qu'avant depuis qu'il a perdu Lilian Viklund, une jeune femme avec qui il avait noué une liaison passionnée jusqu'à sa brutale disparition lors des attentats du 11 septembre en tant que passagère de l'avion qui s'était écrasé sur le Pentagone. Vingt ans après, Ben n'a toujours pas fait son deuil et le souvenir de la belle Lilian remonte cruellement à sa mémoire avec le décès du scientifique Kyril Tatarov, qu'il a naguère interviewé et dont la brève et énigmatique disparition de 2006 avait questionné pas mal de services secrets de par le monde. Une mort qui s'accompagne de la découverte de l'épave d'un avion  à une centaine de miles des côtes américaines. L'implication de la CIA pour prendre en main les recherches autour de cet objet ressurgi des profondeurs marines ainsi que les propos de Tatarov qui mettait en doute la théorie officielle concernant les événements terroristes de 2001 entraîne Ben et le lecteur qui l'accompagne dans des allers-retours entre le présent et le passé à la recherche d'une vérité qui ne serait pas celle pour laquelle ont nous aurait formatés. Sans envolée dans le vide interstellaire, ni menace d'intelligence artificielle ou d'ET aux contours et motivations indéfinissables, Christopher Priest démontre que l'on peut construire un roman de science-fiction en s'appuyant matière vivante de la réalité, à condition de disposer d'un talent d'écrivain suffisant pour tisser une intrigue convaincante sur des faits qui nous ont tous, un jour ou l'autre, poussé à la réflexion. Précisant lui-même qu'il ne partage pas forcément les idées de son héros Ben, pas vraiment un journaliste d'investigation, mais un homme brisé rongé par le besoin d'en découvrir plus sur la disparition de l'être aimé. Ce faisant, il pointe le doigt sur la désagréable sensation que dans le monde où nous évoluons aujourd'hui, ce qu'il appelle les "dissonances cognitives", c'est-à-dire la sensation diffuse que quelque chose ne tourne pas rond dans la soupe que nous servent réseaux sociaux et antennes relais, nous pourrissent parfois la vie avant que nous rattrape le besoin de se raccrocher aux versions officielles nous confortant dans des certitudes ébranlées par notre propre subconscient. Et rien que pour cela il faut lire ce livre qui peut s'apparente au clignotement d'un phare venu nous rappeler que la manipulation fait partie de ce monde et que ceux qui la dénonce sont vite cloués au pilorie, même s'ils le font d'une toute petite voix. Un roman qui n'a pas été publié par les éditeurs américains, peut-être encore trop à fleur de peau avec tout ce qui touche à la destruction des tours jumelles…

dimanche 10 septembre 2017


♦ Un monde meilleur ♦

(Roman) Thriller / SF
AUTEUR : Marcus SAKEY (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio Policier 821, 2/2017 — 495 p., 8.20 €
SERIE : Les Brillants 2
TO : A better world, 2014
TRADUCTION : Sébastien Raizer
COUVERTURE : Benjamin Harte (photo)
Précédente publication : Gallimard-Série Noir, 2/2016 — 432 p., 20 €
Autres titres de la série : 1.Les Brillants – 3.En lettres de feu
→ Depuis 1980, 1% de la population naît avec des dons particuliers et des capacités stupéfiantes : on les appelle les Brillants. Nick Cooper, une sorte d’agent secret traque John Smith, le leader charismatique du groupe de terroristes que sont devenus les Brillants, qui sont parvenus à paralyser trois grandes villes américaines quasi réduites à la famine. Mais, grâce à sa rencontre avec John Smith, Copper a découvert que son agence est corrompue et que celui qui la dirige, Drew Peters, est le véritable instigateur des troubles qui ensanglantent le pays dans le but de provoquer un chaos généralisé qui donnera les pleins pouvoirs au gouvernement. Depuis lors, Shannon, sa maîtresse, une Brillante qui l’a aidé à sauver son ex-femme et ses enfants kidnappés par les sbires de Peters, est devenue une combattante recherchée. Intronisé conseiller du président des Etats-Unis, Cooper est en vérité un ancien Brillant qui a passé toute sa carrière à les traquer. Car, pour les gens normaux les Brillants sont synonymes de dangereuse menace. Lorsqu’ils les détectent, ils emmènent les enfants dans des écoles spécialées où ils sont pratiquement décérébrés. Dans ce monde où les faux-semblants occupent le devant du pavé, apparaît la figure d’Ethan Parc, un scientifique qui a participé à la découverte d’un produit capable de transformer les gens normaux en Brillants. Cette découverte est évidemment convoitée. Ethan, sa femme et sa fille, traqués, sont obligés de s’enfuir sur les routes car les vivres font défaut en ville. Pendant ce temps, Cooper est victime d’une tentative d’assassinat. L’assassin est un Brillant qui l’attaque lors d’un repas au restaurant avec son ex-femme et ses enfants, Kate et Todd. Todd est blessé en tentant d’aider son père qui finit par être tué. Mais, transporté dans une clinique spéciale, ils se remettent très rapidement. Dés lors la suite du roman nous entraîne dans une course-poursuite haletante digne des meilleurs thrillers qui nous propose de s’immiscer dans les méandres du pouvoir d’une société américaine gangrenée de l’intérieur devenue une proie facile pour les pires idéologies brandissant comme vecteur d’agitation la thématique du bouc-émissaire dont les Brillants représentent la plus adéquate représentation. Le second volet d’une trilogie écrite par un passionné de science politique et de communication qui sait admirablement jouer des ressorts de l’écriture pour rentabiliser son intrigue afin d’en extirper la substantifique moelle et pour finir accoucher d’un roman palpitant à mi-chemin entre la corrosive critique sociale et le récit de SF qui se prêterait remarquablement à une adaptation cinématographique sous la forme d’une série dont les TV US ont depuis longtemps maîtrisé les secrets de fabrication.
Autre couverture :

dimanche 5 février 2017


Endymion
(Roman) SF / Série culte
AUTEUR : Dan SIMMONS (Usa)
EDITEUR : POCKET-Science-Fiction/Fantasy 7215, 8/2016 — 736 p., 11.40 €
SERIE : Hypérion 3
TO : Endymion, 1996
TRADUCTION : Guy Abadia
COUVERTURE : Jean Bastide
Précédentes publications :
● Robert Laffon/Ailleurs et Demain, 5/1996 — 576 p., 149 Frs — Couverture non illustrée
● Robert Laffon/Ailleurs et Demain, 12/1998 — 576 p., 149 Frs — Couverture de Jürgen Ziewe
● France Loisirs, 5/1999 — 578 p., 129 Frs — Couverture de Jürgen Ziewe
Endymion 1, Pocket/Science-Fiction-Fantasy 5681, 9/2000 — 352 p. 8.50 € — Couverture de Siudmak (Réédition 10/2007 — Couverture différente)
Endymion 2, Pocket/Science-Fiction-Fantasy 5751, 9/2000 — 352 p. 8.50 € — Couverture de Siudmak
● in Le cycle d’Hypérion 2, Robert Laffont-Ailleurs et Demain-La Bibliothèque, 10/2003 — 1290 p., 26 €— Couverture de Jürgen Ziewe Réédition
Nous voici propulsés 3 siècles après les événements qui se sont déroulés dans Hypérion. A la suite de l’écroulement de l’Hégémonie, l’Eglise Catholique, la Pax,  est devenue la puissance dominante de la galaxie. Le Vatican, qui dispose désormais des symbiotes cruciformes capables de ressusciter les morts, envoie ses Gardes Suisses, des commandos délites rompus à tous les combats, traquer les expros à travers l’espace. Mais ceux-ci ne représentent pas la plus grande menace pour l’Eglise. Enée, fille de Brawne Lamia et de John Keats le cybride, l’intelligence artificielle rebelle, s’avère représenter un dangereux messie susceptible de redonner l’espoir à tous ceux qui souffrent sous l’intransigeant coupe épiscopale et sa non moins funeste Inquisition. Alors qu’elle a disparu dans les profondeurs de l’un des Tombeaux, les labyrinthes temporels de la planète,  à la mort de sa mère, le pape Jules XIV ordonne au père De Soya de retourner sur Hypérion et de la capturer. Cependant Martin Silénius, l’ancien poète des Cantos d’Hypérion, dont Enée est la nièce, sauve Raul Endymion de la mort. Il l’envoie sur Endymion en compagnie de l’androïde Bettik afin de protéger la jeune fille des forces papales. En dépit de la disproportion des forces en présence, l’appuie du Gritche, le monstre qui protège les labyrinthes temporels, ils parviennent à s’échapper en traversant une porte distrans qui permet de passer instantanément d’une planète à l’autre. Toutefois le père De Soya ne s’avoue pas vaincu. S’engageant dans une traque impitoyable favorisée par les morts-résurrections successives que lui procure le cruciforme, il poursuit le trio Enée, Raul, Bettik tout le long du fleuve Thétys, dont chaque tronçon s’identifie à de nouvelle épreuve propulsant les fugitifs de planètes en planètes à travers des décors sans cesse renouvelées et des aventures marquées par le sceau du péril. Bientôt, en plus du père De Soya, ils devront composer avec Ménès, une adjointe qu’il a récupérée sur Terre et dont la redoutable efficacité révèle à son allié qu’elle n’est pas simplement humaine. Un découverte qui poussera De Soya à exprimer ses doutes sur la collusion entre les IA du technocentre et la papauté contre certaines IA rebelles, tandis que le mystère demeure sur les auteurs de la disparition de l’ancienne Terre propulsée dans le nuage de Magellan.. Une sorte de road movie fluvial digne des pérégrinations d’un héros de Mark Twain ou de celles du cycle du Fleuve  de Philip Jose Farmer, qui, tout en déroulant les poncifs d’un remarquable récit d’aventure, propose des réflexions philosophiques sur les fondements de l’Humanité et ceux des Intelligences Artificielles, tout en continuant de truffer ses pages, comme dans Hypérion, de multiples références littéraires. Un roman profitant de la narration à la première personne de Raul Endymion pour accentuer l’ancrage du lecteur au fil de l’intrigue, qui développe certaines problématiques esquissées dans Endymion, comme l’environnement mythologique du cycle, tout en posant de nouvelles et passionnantes questions qui devraient trouver leurs solutions dans les prochains volumes de cette fabuleuse saga de high-fantasy.
Autres couvertures :




mercredi 21 décembre 2016

L’inclinaison
(Roman) Science Fiction / Voyages dans le temps
AUTEUR : Christopher PRIEST (Angleterre)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 10/2016 — 398 p., 23 €
TO : The gradual, Gollancz, 2016
TRADUCTION  : Jacques Collin
COUVERTURE : Aurélien Police
→ Avec ce roman publié aux éditions Lunes d’Encre l’auteur britannique Christopher Priest revient sur son univers de prédilection de l’Archipel du Rêve au sein duquel il nous avait déjà proposé de multiples voyages à travers ses précédents romans tels que Les Insulaires, L’Archipel du Rêve, L’Adjacent ou La fontaine pétrifiante. Brodant astucieusement son intrigue dans le canevas des paradoxes temporels, il propulse son héros, Alesandro Sussken, musicien célèbre évoluant au sein d’une dictature dont la junte au pouvoir l’incite à entamer une tournée organisée par son omniprésent promoteur Ders Axxon qui le conduirait dans le fameux Archipel composé d’îles où il avait toujours rêvé d’exprimer sa musique et, en particulier, sur Temmil, berceau de And Ante, guitariste de rock qu’Alesandro accusé d’avoir plagié son œuvre. Approchant la cinquantaine, le brillant musicien a trouvé son inspiration très jeune dans l’observation de ces îles, à une époque où les bombes pleuvaient autour de lui, tandis que s’opposaient l’Alliance de Faiandland et la république de Glaund où il était né. Puis le conflit s’est déplacé vers la partie méridionale de l’Archipel, vers le continent de Sudmaieure, un sud où a disparu son frère  Jacq, évaporé sur le front,  et qu’il ne désespère pas de retrouver même s’il est trop tard pour ses parents anéantis par la perte de ce fils aîné. Cependant son voyage, plus que sa quête d’un proche perdu et que le moyen d’exprimer tout son talent, va le confronter à l’intimité de son être par sa rencontre avec le graduel, cet étrange phénomène spatio-temporel qui baigne ses îles pas comme les autres. En effet, d’une île à l’autre, le temps ne s’écoule pas de la même manière. Tantôt en avance, tantôt en retard sur le temps absolu, ces tranches divergentes de temporalités provoquent pour Alesandro une altération du temps, positive ou négative, selon les directions qu’il a emprunté et les durées de ses séjours sur les îles qu’il a abordé. D’où le terme d’inclinaison, qui caractérise à la fois la position du voyageur par rapport à l’axe temporel commun, mais aussi celle de son esprit qui s’ouvre enfin à la réelle connaissance du monde qui l’entoure. Car, au retour de son périple musical, Alesandro prendra conscience de la tyrannie et la censure qui gangrène l’univers de Glaund où il a grandit. Véritablement transfiguré par son voyage, il doit faire face à la mort de ses parents et au départ de son épouse, mais, paradoxalement,  il se sent enfin véritablement vivant et décidé à agir sur le monde qui l’entoure en dépit des risques qui pèse sur sa propre liberté. Et pour s’extirper du carcan où voudrait l’enfermer la dictature qui l’opprime, il doit à nouveau fuir dans ces îles si tentatrices et dangereuses à la fois. A travers le personnage d’Alesandro, Christopher Priest nous convie à une sort de vagabondage mystique, sous forme d’introspection intérieure, d’un être en perte de repères et qui ne parvient pas à se raccrocher à l’ambivalente de chacune des îles visitées, dont le pendant technologique, culturel et sociologique clairement détaillé, est repoussé en toile de fond par la perpétuelle atmosphère d’étrangeté qui imprègne ses lieux soumis aux aléa du gradiant temporel provoqué par cette sorte de vortex qui enveloppe l’archipel, créant à chaque déplacement des distorsions par rapport au temps réel des principaux belligérants. Ainsi, Alesandro, tel Alan Corday, le spationaute de Retour à demain de Ron Hubbard (il a quand même fait quelques petits romans de SF avant de trouver une piteuse gloire à travers sa dianétique racoleuse) va, à son retour des îles, s’apercevoir que le temps a évolué différemment pour son entourage. Négligeant l’approche de l’explication scientifique, Christopher Priest joue sur ce paradoxe afin de proposer au lecteur une réflexion à la fois sur l’art, sur le temps, mais aussi sur le devenir des êtres et leur profonde implication dans l’univers qui les entoure. Auteur de ce que l’on a appelé le courant new wave de la SF britannique, que les anciens passionnés de littérature imaginaire ont pu notamment découvrir en France dans la collection Dimensions SF de l’éditeur Calmann-Lévy aux côtés de romanciers tels que Ian Watson, Samuel Delany, G J. Ballard ou Michael G. Coney, Christopher Priest exprime une fois de plus à travers cette histoire sa propre petite musique éloignée des chemins de la SF traditionnelle, plus réaliste que scientifique, plus poétique qu’aventureuse, et chargé d’un mystère qui ne se dévoile jamais réellement, tout en proposant une approche originale de la thématique des voyages temporels, comme a pus déjà le faire, par exemple, Jack Finney dans son célèbre Voyage de Simon Morley.

lundi 24 octobre 2016

La petite déesse
(Recueil de nouvelles) Science-Fiction
AUTEUR : Ian Macdonald (GB)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 559, 9/2016 — 467 p., 8.20 €
TO : Cyberabad days, 2009
TRADUCTION : Gilles Goulet
COUVERTURE : Manchu
SOMMAIRE :
Sanjîv et le robot (Sanjeev and Robotwallah)
Kyle fait la connaissance du fleuve (Kyle meets the river)
L’assassin-poussière (The dust assassin)
Un Beau parti (An eligible boy)
La petite déesse (The little goddess)
L’épouse du djinn (The djinn’s wife)
Vishnu au cirqu des chats (Vishnu at the Cat Circus)
Précédentes publications : Denoël-Lunes d’Encre, 10/2013 — 384 p., 22.50 € — Couverture de Manchu
 Ceux qui ont eu la patience de se laisser peu à peu submerger par les ressacs convulsifs du Fleuve des dieux, se laisseront à présent glisser avec volupté dans les eaux tout aussi envoûtantes de ce nouveau recueil de l’écrivain britannique Ian McDonald, un auteur qui s’inscrit à merveille dans le courant d’une SF britannique les yeux rivés sur le futur avec une clairvoyance et un déterministe que ce peuple épris de grand large sait mieux que quiconque donner au lent cheminement de notre Humanité. Comme Kipling avant lui et d’autres concitoyens de sa Gracieuse Majesté, Ian McDonald s’est investi à cœur perdu dans les multiples méandres du sous-continent indien, nous invitant, à travers 7 récits, à revenir dans cette Inde de 2047, un monde rêvé qui découle étroitement des dérives de notre propre quotidien. Comme pour l’essentiel de la planète aujourd’hui, l’épine dorsale sur laquelle s’articule sa vision de se proche avenir a pour nom revendications territoriales. Un retour aux sources et un repli ethnique qui a fractionné l’ancien royaume des Maharadjahs en une douzaine d’états farouchement attachés à leur toute nouvelle indépendance. Chacun d’entre eux s’est inscrit dans la trajectoire que nous laisse augurer aujourd’hui la croissance exponentielle de ce pays émergent où les traditions ancestrales doivent à présent composer avec une technologie conquérante, tandis que l’éternel dilemme du déficit démographique (quatre fois plus d’hommes que de femmes) n’en finit pas de ronger le fragile tissu social de ce pays en perpétuelle recomposition. Ian McDonald braque dés lors le téléobjectif de sa caméra virtuelle sur des personnages plongés dans le tourbillon d’une existence qui les dépasse et dont nous sommes invités à partager les moindres pensées et les plus intimes sentiments. Servi par une écriture hyperréaliste, les nouvelles regroupées dans ce livre conduisent le lecteur à littéralement vampiriser les différents protagonistes qui en sont les vecteurs jusqu’à se demander souvent comment il aurait réagi à leur place. Une intimité du point de vue que l’on retrouve dans le premier texte, Sanjîv et Robot-Wallah, basé sur la thématique des enfants-soldats avec, en figure de proue Sanjîv, jeune garçon dont la passion pour la robotique l’amène presque logiquement à pilote par la pensée de terribles robots de combats engagés dans un conflit opposant le Bâhrat et l’Adwadh, deux jeunes états de cette Inde recomposée. Dans Kyle fait la connaissance du fleuve, on retrouve la localisation géographique du Bâhrat à travers la peinture du choc des cultures entre Kyle, l’expatrié venu aider à la reconstruction du pays. Parqué pour raison de sécurité au sein du Confinement, le quartier réservé au non-autochtones, Kyle va laisser tomber tous es apriori au contact de Salim, jeune bhârati, qui lui fera découvrir son pays à la toujours âpre pauvreté à travers les méandres majestueux du Gange, ce grand fleuve dont l’Inde tire une part essentielle de son âme. L’assassin-poussière revient sur le conflit majeur qui hantera notre avenir, la guerre pour l’eau, par le biais de Padmîni, unique survivante de la famille Jodhra qui détenait le monopole de l’eau et qui a été éliminé par la famille Azad, sa principale concurrente. Un plaidoyer pour l’apaisement des tensions relayé par des créations originales, comme cette caste des neutres (ni homme ni femme) chez qui l’héroïne de ce récit trouvera un moment refuge. Un beau parti insiste sur une préoccupation dominante de l’Inde de l’avenir aussi bien que de l’Inde contemporaine, la difficulté pour un homme de trouver une épouse étant donné la portion congrue de bébés femelles qui sont autorisés à naître. Ce véritable parcours du combattant nous dépeint tous les moyens qui sont proposés aux époux en quête d’âmes sœurs (marieuses, agences spécialisées) jusqu’à faire intervenir un IA, qui devra tout d’abord initier ses propres circuits à la compréhension de ce sentiment viscéralement humain qu’est l’amour avant de pouvoir venir en aide à celui pour qui elle a été créée, le séduisant Jâspir. La petite déesse, réédition d’une nouvelle déjà paru dans le Bifrost 68 spécial Ian McDonald, puise son intrigue dans le devenir d’un enfant dieu (comme ceux du Népal ou de Little Boudah), et nous montre combien son existence peut atteindre une apogée, celle de sa divinisation, jusqu’à la propulser dans sa chute au moment de l’impureté de son premier sang versé qui la jette hors de sa prison dorée au sein d’un univers qui lui est totalement étranger et hostile. Un récit où se mêlent harmonieusement religion, mythes et technologie et qui a reçu le grand prix de l’Imaginaire lors de sa première parution en France. L’épouse du djinn reprend deux thématiques déjà abordées dans ce recueil, celle de l’eau, avec la construction d’un barrage sur le Gange, et celle des Intelligences Artificielles campée ici par IA surdouée qui va se heurter aux dictats des lois Hamilton régulant le destin des IA trop humaine, et à l’amour transgressant qui l’attire vers une jeune danseuse Kathak de l’état d’Awadh. Imaginez alors dans un pays où déjà les mariages entre castes sont prohibés, quelle explosion de tabous risque d’engendrer la passion entre une IA et une jeune indienne… Enfin, Vishnu au cirque des chats, le dernier texte du recueil fait une sorte de parallèle avec la vie de Vishu, jeune brahmane génétiquement modifié pour vivre beaucoup plus longtemps qu’un humain normal, mais dont l’esprit grandit plus vite que la coquille humaine que le contient, et de cette Inde de toujours progressant à grandes enjambées au dessus des rives d’un temps qui s’accélèrent, mais qui n’avance pas au même rythme pour toutes les parties en présence, laissant ainsi de nombreux laissés pour compte sur le bord du chemin. Une ultime immersion profondément ancrée dans le panthéon hindouiste qui met une nouvelle fois en exergue l’extraordinaire métissage entre croyances et modernités qui sont l’apanage de cette Inde fascinantes dont Ian McDonald à travers son patchwork de récits terriblement humains s’est fait l’un des plus talentueux découvreurs et  ambassadeurs.
Autre couverture :

vendredi 2 septembre 2016



  Zoo city
(Roman) SF
AUTEUR : Laurent BEUKES (Afrique du Sud)
EDITEUR : POCKET-Science-Fiction/Fantasy, 4/2016 — 400 p., 7.80 €
TO : Zoo city, 2010
TRADUCTION : Laurent Philibert-Caillat
COUVERTURE : Joey Hi-Fi
Précédentes publications :
● Eclipse-Fantastique, 6/2011 — 352 p., 18 € — Couverture de Joey Hi-Fi
● Presses de la Cité, 5/2013 — 354 p., 17 € — Couverture de Joey Hi-Fi
Critiques : Bifrost 64 (Philippe Boulier) – www.noosfere.com (Bruno Para)
Les auteurs de science-fiction,  ou, plus largement, les écrivains épris d’imaginaire ont toujours aimé donner aux villes qui leurs sont chères une identité propre qui transparait à travers leurs récit. Ce fut le cas du Gomenghast de Mervyn Peake aussi bien que du Mother London de Moorcock, Abyme de Mathieu Gaborit,  pour ne citer qu’eux… Lauren Beukes, romancière née en 1976 d’Afrique du Sud, a choisi Johannesburg, ici transformée en une Zoo City fantasmée,  pour exprimer  toute sa rage de vivre qu’elle développe par le biais de la trajectoire mouvementée de Zinzin, son héroïne.  Ancienne journalise et ex-junkie, la jeune femme dispose d’un talent rare : celui de retrouver les choses perdues. Mais, comme tous les autres criminels parqués dans Zoo-City, elle transporte un animal symbiote, en l’occurrence un paresseux qui a élu domicile sur son dos. Animalée à la mort de son frère, dont elle se sent encore terriblement responsable, Zinzin mourra si un destin fatal frappe son symbiote. Survivant grâce à quelques arnaques sur Internet, elle ne rêve que d’échapper au carcan mortifère de Zoo City. Et l’occasion pourrait se présenter lorsque Odi Huron, un célèbre producteur, lui propose de l’engager afin de retrouver une pop star pour minettes qui s’est mystérieusement évaporée. Bien que ce travail la rebute au plus haut point, Zinzin se force à l’accepter pensant ainsi s’extraire de sa misérable condition. Mais l’enquête qu’elle va entamer, loin de l’éloigner de Zoo City, va la plonger au cœur même des bas fonds de cet univers envahi par la crasse, le meurtre, le sang et…la magie.  Dés lors sa descente aux enfers l’amène à côtoyer l’existence d’autres criminels dont le passé remonte à la surface en vagues de secrets inexpiables, comme les siens qu’elle nous invite à partager en pénétrant jusqu’au cœur de son âme.  Roman noir, mais aussi tranche vie, satire sociale, et également pamphlet sans concession sur la  modernité qui nous entoure (drogues, jeux vidéo violence et croissance exponentielle du Net sur les populations) ce livre, qui a reçu le prix Arthur C. Clarke en  2011, tout en revendiquant  un vrai lien de parenté avec l’œuvre de Philip Pullman, exprime une originalité indéniable et une vitalité contagieuse portée par la narration à la première personne et la fréquence des dialogues. Une occasion rêvée de découvrir cet auteur à travers cette réédition en poche, en attendant de se plonger dans d’autres titres repris chez Pocket, comme Les lumineuses, basé sur le concept du voyage dans le temps, Les monstres, thriller à l’atmosphère urbain baignée par le sanglant, ou Moxyland (à paraitre bientôt) campant une cité du Cap conquise par le virus de l’hypertechnologie.
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samedi 23 juillet 2016

Le testament de Jessie Lamb
(Roman) Science-Fiction / Dystopie)
AUTEUR : Jane ROGERS (Royaume Uni)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 536, 1/2016 — 354 p., 8,20 €
TO : The good fairies of New York, 1992
TRADUCTION : Marianne Groves
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Editions Intervalles, 4/2009  — 304 p., 19 € — Couverture non illustrée
Jessie Lamb avait seize ans lorsque le monde s'est écroulé autour d'elle, Le virus du SMM (Syndrome de Mort Maternelle), probablement libéré par des bio terroristes, a déferlé sur le monde et les femmes enceintes meurent en couche, leur cerveau peu à peu réduit à l'état d'une éponge. Désormais la jeune génération qui n'a pas été contaminé sera la dernière que connaîtra une Humanité menacée d'extinction car incapable de se renouveler. Dés lors la société confrontée à cette pandémie affiche toutes les stigmates de la déliquescence : émeutes, vandalisme, suicides, dérives sectaires, violence exacerbée. C'est justement cette violence que semble exercer le geôlier de Jessie, qui la maintient entravée dans une chambre où seul un morceau de papier et un stylo lui permettent de rédiger ce testament constituant la trame essentielle de ce livre. Alternant systématiquement entre réalité et retour dans le passé, l'intrigue nous amène à partager l'intimité des pensées de cette jeune héroïne dont nous suivrons, en même temps que ses efforts pour échapper à son enfermement, le cheminement de la pensée. Hésitante, indécise, prenant les décisions que pourraient tout d'abord  lui dicter l'insouciance de son âge, mais qui deviennent vite motivées par un réel besoin d'apporter sa propre pierre au devenir du monde, Jessie va volontairement se confronter à sa propre responsabilité dans le cour de l'Histoire qu'elle peut désormais changer. Car les scientifiques ont travaillé dur afin de trouver une solution de substitution à la mort programmée de l'espèce orgueilleuse qui croyait éternellement dominer la planète. Le programme concocté a pour nom Sleeping Beauty (Belle au Bois Dormant) et il ne brille pas par son humanisme. En effet désormais des femmes volontaires seront utilisées comme réceptacles. Maintenues artificiellement en vie alors qu’elles se transformeront lentement en légume, elles finiront par donner naissance aux embryons non contaminés implantés dans leurs ventres, se sacrifiant ainsi pour assurer la survie de l'espèce. Bien que ses enfants soient à leur tour atteint par le SMM, Jessie a décidé d'offrir son corps à la science, au grand désespoir de son propre père, prêt à tout pour l'empêcher de réaliser ce qu'il considère comme une folie, et allant même jusqu'à la violence de la séquestration. Un livre paru pour la première fois en France chez les Presses de la Cité en 2014, premier roman de l'écrivaine britannique Jane Roberts, qui enseigne l'écriture romanesque à l'université de Sheffield, a être publié en France, Un récit dans lequel certains critiques ont pu opérer un rapprochement entre Jessie et l' »héroïne du roman de Karen Thompson Walker, L’âge des miracles, (paru également aux Presses de la Cité) car il s'intègre dans un background identique de fin du monde (le ralentissement de la rotation de la Terre sur son axe dans le livre de Thompson Walker), mais dont je rapprocherai plus volontiers la thématique du roman de P. D. James, Le fils de l'homme, adapté au cinéma par Alfonso Cuaron en 2006, qui nous plonge au sein d'une dystopie décrivant un Royaume-Uni en proie au chaos des pandémies, de la guerre et du terrorisme depuis que la totalité des femmes soient devenus stériles, et s'attachant au trajet  semé d'embûche d'une jeune femme portant la promesse d’un bébé dans on ventre. Travaillant la psychologie de ses personnages avec la finesse d'une aquarelliste, Jane Rogers nous dépeint les moindres implications, politiques, religieuses, ou déontologie que provoque l'apparition de la SMM appuyant sans hésitation là où sa fait mal, comme du côté de l'instrumentalisation des jeunes filles, et nous  laissant en définitive en plein questionnement sur le choix prit par Jessie Lamb en son âme et conscience. Et refermer un livre avec encore en nous un foisonnement d'incertitude bouillonnant dans l'esprit des lecteurs est déjà en soit une belle réussite de la part d’un écrivain dont c’est ici le premier roman publié en France.
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vendredi 8 mai 2015

La horde du contrevent
(Roman) SF / Hard science
AUTEUR : Alain DAMASIO (France)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 271, 2/2015 736 p., 10.90
COUVERTURE : Nicolas Fructus
Précédente publication :
● La Volte, 10/2004 — 544 p., 28 € — Couverture de Miss Apa & Betty B.
● Gallimard-Folio SF 271, 6/2007 — 736 p., 10.90 € — Couverture de Boris Joly-Erard
Critiques actusf.com (Eric Holstein) - Epok du 11/04/2004 (Francis Mizio-A couper le souffle) Le Monde du 5/11/2004 (Jacques Baudou) noosfere.com (Pascal Patoz)
Imaginez une Terre poncée avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable. Vous penserez à un univers à la Mad Max, mais vous vous tromperez, car l’imagination de l’auteur va bien plus loin que la simple description d’un monde post cataclysmique. En effet, Alain Damasio est de la race des « univers makers », comme Philip Jose Farmer, Jack Vance ou Frank Herbert. Dés lors vous ne serez pas prêt d’oublier l’histoire qu’il vous raconte, celle de la 34 ème Horde dont les membres, rafale en gueule, toute leur vie durant, s’efforce d’atteindre l’inaccessible Extrême-Amont. Qui sont-ils ? Sov Strochnis le scribe, Caracole le troubadour, Oroshi Melicerte l’aéromaître, Golgoth, le traceur de Horde, Arval l’éclaireur. Et ils forment la Horde du Contrevent, un bloc d’élite d’une vingtaine d’enfants aptes à remonter depuis l’Extrême-Aval les étendues de ce monde désolé balayé par un vent féroce qui en rince la surface, ne laissant subsister que des grappes de villages avec leurs maisons en gouttes d’eau qui s’accrochent désespérément aux restes d’un sol tourmenté, ses chars à voiles qui strient son territoire dépenaillé, ses arpailleurs debout en plein flot résistant aux bourrasques démentes. Chacun des 23 membres qui composent ce groupe hors du commun sculpté dans la glaise des héros et destinés à affronter des épreuves surhumaines raconte une partie de l’histoire à la première personne, aidant ainsi le lecteur à partager l’angoisse des différents protagonistes au fur et à mesure de leur progression vers le but ultime de leur existence qui vaut tous les sacrifices. Faisant preuve d’une inventivité explosive, tant dans le choix des mots, que dans la création de cet univers atypique, Alain Damasio signe avec ce deuxième roman l’une des révélations de la SF française de ces dernières années. Qu’ajoutez à cela, sinon que dans sa parution originale aux éditions La Volte, en 2004, ce livre-univers était accompagné d’un disque proposant une partition musicale œuvre d’Arno Alyvan, et que, pour prolonger le bonheur de la lecture, le site < www.lahordeducontrevent.org > offrait 60 dessins de Boris Joly-Erard qui illustrent à merveille le livre.
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dimanche 25 mai 2014

Armageddon Rag
(Roman) SF
AUTEUR : George R. R. MARTIN (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 483 — 592 p.
EDITEUR : The Armageddon rag, 1983
TRADUCTION : Jean-Pierre Pugi
EDITEUR : Sam Van Olffen
Précédentes publications :
La Découverte-Fictions 1, 8/1985 — 420 p., 98 Frs — Tr. : Jean Bonnefoy — Couv. : Eric Provoost
Pocket-Terrreur 9233, 3/2000 — 510 p., 7,50 € — Tr. : Jean Bonnefoy — Couv. : Pierre-Olivier Templier
Denoël, 3/2012 — 528 p., 22,50 € — Tr. : Jean-Pierre Pugi — Couv. : Clément Chassagnard
Mon anniversaire est passé depuis le février, mais les éditions Gallimard ne l’ont pas oublié en publiant dans leur collection Folio toute une volée d’ouvrages mélangeant Rock &SF et parmi eux, le fascinant Armageddon Rag de George R. R. Martin. En ouvrant ce livre, j’ai senti de vieux souvenirs affluer en moi, ceux de ma première lecture, lorsqu’il était paru dans la collection Fictions des éditions La Découverte, en 1985. Eh oui, cela ne nous rajeunit pas. Et pourtant j’ai ensuite dévoré ses pages comme je l’avais fait quelque presque trente ans auparavant. Car ce livre n’a pas pris une ride. Sur fond de post guerre du Viêt-Nam il expose au fil des chapitres des problématiques qui nous concernent tous aujourd’hui et qui se résume dans une phrase prononcé par Sandy Blair, le fil conducteur de l’histoire, alors qu’il vient de retrouver son amie Maggy sur fond de coït post-soixantehuitard : « On voulait transformer ce putain de monde, non ? Et c’est ce putain de monde qui nous a transformés. ». Mais, vous voulez peut-être en savoir plus sur l’histoire… Alors, commençons par le début : James Lynch est mort et quelqu’un lui a véritablement arraché le cœur. Une nouvelle assez troublante pour pousser Sandy Blair, un écrivain à l’aise mais quelque peu en mal d’inspiration, aussi bien dans son activité littéraire que dans sa vie amoureuse, à reprendre du service pour Jared Patterson, le directeur du Hog, un quotidien dont Sandy fut autrefois l’une des vedettes et dont Jared l’avait viré par souci de rentabilité. Son travail : enquêter sur la mort de Lynch, imprésario plutôt décrié des plus grands groupes de rock des années soixante et, en particulier, des Nazgûl, groupe mythique dont le leader charismatique, Pat Hobbins, avait été assassiné d’une balle dans la tête lors d’un concert mémorable de décembre 1971 prélude à leur dissolution. Sandy, qui a déjà mené l’enquête sur Charles Manson et la mort de Sharon Tate, et qui est fasciné par la musique des Nazgûl, se lance dans l’aventure avec la détermination de ce genre de fouinards acharnés que l’on retrouve dans les archétypes du genre, soit détective à la Marlow, soit journalistes d’investigations, voire écrivains à la recherche de sources improbables, qui ont fait le bonheur des polars et des films en noir et blanc made in Usa. Sa piste le guide, tel un Petit Poucet suivant des graines de hippies déjantés, vers les protagonistes du groupe mythique à présent éclaté, qui semblent être l’objet d’un acharnement du destin sur lequel plane l’ombre d’un certain Edan Morse, étrange personnage fiché par le FBI et féru d’occultisme, qui rêve de reconstituer les Nazgûl et qui pourrait bien être prêt à tout pour y parvenir. Dés lors le roman nous entraîne dans une sorte de road movies fantastique hanté par des visions d’apocalypse sur lequel plane le fantôme de l’Amérique de l’après-guerre du Viêt-Nam et des mouvements contestataires qui s’étaient opposés aux matraques des sbires de Nixon. Le tout, bien entendu, saupoudré, que dis-je, imbibé de références musicales inhérentes à cette période que certains nostalgiques considèrent comme l’Age d’or du rock où l’on retrouve entremêlés les noms de Hendrix, Dylan, Joplin… pour ne citer qu’eux. Pour quelqu’un qui, comme moi, demeure un spectateur assidu de la série Game of Thrones, après avoir dévoré tous les romans, c’est avec un réel plaisir que je découvre en gestation l’incroyable sens narratif de George R. R. Martin, doublé d’une efficacité sans égale pour nous faire partager les émotions des acteurs de papier déployés à travers ses pages n’ayant dés lors aucun mal à se catapulter sur le petit écran pour peu qu’un réalisateur efficace soit aux manettes et que des acteurs doués leur donnent la réplique. Aussi, pour ceux qui auraient trop tendance à assimiler Martin à la vague de Fantasy déferlant sur les domaines de l’imaginaire, lisez Armageddon Rag et vous vous apercevrez que vous tenez entre les mains l’ouvrage d’une personnalité marquante du monde de la SF contemporaine.
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mercredi 5 février 2014

La rivière du temps
(Roman) SF / Voyages dans le temps/ Sociétés Secrètes / Romantic fantasy
AUTEUR : Bee RIDGWAY (Usa)
EDITEUR : Calmann lévy-Orbit, 9/2013 — 440 p., 19.50 €
TO : The river of no return, 2013
TRADUCTION : Pascal Loubet
COUVERTURE : Marta Orlowska (photo)
→ Nicholas Falcott, jeune noble du XIX° siècle au lieu de mourir sur un champ de bataille napoléonien en 1815, est projeté dans le temps. Nous le retrouvons en plein XXI° siècle, en 2003 pour plus de précision, sur un lit d’hôpital une clinique un peu spéciale gérée par la Guilde, une société secrète qui contrôle le temps. Celle-ci prend en effet en charge les personnes qui on franchit les âges après avoir découvert leur précieux don dans des circonstances souvent dramatiques et désespérés. De quoi les décontenancer et nécessiter un long apprentissage du nouveau et dérangeant quotidien où ils ont été brutalement propulsé. Dix ans plus tard, le jeune Lord a su tirer son épingle du jeu en devenant Nick Davenant un entrepreneur installé aux Etats-Unis et parfaitement intégré dans son époque et ayant bien pris en compte le seul interdit de la Guilde : ne jamais retourner d’où l’on vient. Une règle qui ne demande qu’a être transgressé et que à laquelle la Guilde le soustrait b volontairement quand elle lui demande de revenir à son époque afin de lutter contre l’Ofan, une société secrète rivale qui poursuit, elle aussi, des visées mystérieuses. Nick, qui n’est parvenu à oublier Julia Percy, jeune orpheline aux prises avec son cousin tyrannique dans le château familial. Dés lors, sur fond de quête d’un énigmatique talisman, nous allons être les témoins de l’histoire d’amour unissant les deux personnages romantiques à souhait. Accompagné d’Arkady, l’époux de la dirigeante de la Guilde en 2013, Nick retrouve son amour de jeunesse qui vient de perdre son oncle particulièrement doué pour jouer avec le temps. Avec lui le lecteur sera immergé dans cet univers aristocratique du XIX° siècle où Julia fait preuve d’un réel esprit avant-gardiste pour une jeune femme de son époque et tentera de comprendre les arcanes compliqués de la Guilde, richissime organisation un peu trop dévouée à ses membres pour ne pas dissimuler quelques sombres secrets. Une nouvelle incursion des éditions Orbit dans la thématique des voyages temporels avec le très magique Livre des sortilèges de Deborah Harkness. Le premier roman d’un auteur né dans le Massachusetts, titulaire d’un doctorat en Littérature et installé à Philadelphie qui mêle avec bonheur romantisme et thématique des amours intertemporels déjà abordé dans des films comme Hors du temps de Robert Schwentke (2009) ou Quelque part dans le temps¸ de Jeannot Szwarc avec Christopher Reeve (1980) inspiré de la nouvelle de Richard Matheson, Le jeune homme, la mort et le temps (Denoël-Présence du Futur)

mardi 15 octobre 2013

Stalker - Pique-nique au bord du chemin
(Roman) Science-Fiction
AUTEUR : Arcadi & Boris STROUGATSKY (Russie)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 462, 9/2013 — 320 p., 14,50 €
TO : Piknik na obotchine, 1972
TRADUCTION : Svétlana Delmotte, révisée par Viktoria Lajoye
COUVERTURE : Bastien Lecouffre-Deharme
Précédente publication :
Denoël-Présence du Futur 314, 1981 — 324 p., 7,50 € — Tr. : Svétlana Delmotte — Couv. : Stéphane Dumont
Denoël-Présence du Futur 314, 11/1994 — 324 p., 7,50 € — Tr. : Svétlana Delmotte — Couv. : Philippe Gauckler
Denoël-Lunes d'Encre, 3/2010 — 240 p., 18 € — Tr. : Svétlana Delmotte — Couv. : Lasth
Critiques : www.actusf.com (Stéphane Gourjault) - Bifrost 59, 11/2012 (Bertrand Bonnet Bonnet) – Fiction 318, 10/2007 (Richard D. Nolane) - www.noosfere.com (Florent M)
Outre le plaisir de retrouver l’un des principaux romans des frères Strougatski, les Asimov de la SF russe, ce livre nous propose la passionnante préface de Ursula K. le Guin, tirée de sa propre critique du roman. Le postulat de l’histoire par du point de départ d’une visite extraterrestre. Des ET qui sont repartis aussi vite qu’ils sont venus sans nouer aucun contact avec l’espèce humaine, laissant derrière eux les « Zones », leurs lieux d’atterrisages où ils ont abandonnés toutes sortes de détritus au fonctionnement et à l’utilité mystérieuse sur lesquels, même les plus éminents scientifiques se perdent en conjonctures. Il y en a cependant qui ne se posent pas toutes ses questions. Bravant les multiples dangers que recèlent les territoires de ces piqueniqueurs venus d’un autre monde, les Stalkers, des sortes de contrebandiers et trafiquants sans scrupules, n’hésitent pas à braver les pièges défiant les lois de la physique, tels que les « calvities de moustiques », les « gelées de sorcières », les « hachoirs » ou les « gais fantômes » pour ramener des ustensiles qu’ils écoulent à travers un fructueux marché noir où qu’ils revendent à la Fondation internationales finançant les recherches sur le mystères des zones. Dans la première partie du roman nous sommes invités à suivre les déplacement du rouquin, Redrick Shouhart, un explorateur de la Zone de Harmont, dont la trajectoire va s’accompagner de la corruption et du crime innérant à ces lieux hors du commun qui traquent les enfants des Stalkers même dans leur chair par l’entremise d’horribles mutations génétiques. Ramenant l’Humanité au rôle d’une meute de rats curieux ou à celle d’une horde de fourmis se précipitant sur les miettes d’un repas, ce livre pose la fameuses question, déjà abordée par Stanislas Lem dans Solaris, ou par Thomas Disch dans Génocides, de l’hypothétique faculté des hommes à pouvoir décrypter les renseignements en provenance de l’univers. Cette sorte de test auquel les êtres humains seraient confrontés est rendu encore plus palpitant par la perspective de découvertes fascinantes, comme cette mythique Boule d’or censée en mesure d'exaucer tous les souhaits qui lui seraient demandés. De quoi enflammer toutes les imaginations et aussi provoquer de longs débats, comme celui entamé dans le chapitre 3 par Richard H. Nouane, le meilleur ami de Redrick et le prix Nobel Valentin Pilman. Sorte de fable désenchanté sur la promesse du « Bonheur pour tout le monde gratuitement » que promettait l’Etat Soviétique avant son démembrement et sinistre prélude aux événements de Tchernobyl, cet ouvrage est également un fascinant roman d’aventure qui démontre toute l’intelligence et la sensibilité humaniste dont les frères Strougatski on su faire preuve dans l’ensemble de leur œuvre. Un livre qui s'inscrit dans la trilogie des Pélerins (Noon univers en anglais), visions plutôt grisâtre du futur comprenant L’île habitée (L’Age d’Homme), Le scarabée dans la fourmilière (Fleuve Noir) et Les vagues éteignent les vent (Denoël) décrivant un Humanité surveillée par des êtres venus d’ailleurs qui s’attachent à guider sa destinée, à laquelle ont peu également ajouter le titre Il est difficile d'être un Dieu (Denoël). Enfin, on n’oubliera pas que le succès de ce livre à l’international est grandement du à son adaptation au cinéma par le réalisatieur Andreï Tarkovski sous le titre, un film assez obscur au demeurant, mais qui n’épouse pas réellement l'intrigue du roman.
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