Affichage des articles dont le libellé est Ian McDonald. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ian McDonald. Afficher tous les articles

lundi 24 octobre 2016

La petite déesse
(Recueil de nouvelles) Science-Fiction
AUTEUR : Ian Macdonald (GB)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 559, 9/2016 — 467 p., 8.20 €
TO : Cyberabad days, 2009
TRADUCTION : Gilles Goulet
COUVERTURE : Manchu
SOMMAIRE :
Sanjîv et le robot (Sanjeev and Robotwallah)
Kyle fait la connaissance du fleuve (Kyle meets the river)
L’assassin-poussière (The dust assassin)
Un Beau parti (An eligible boy)
La petite déesse (The little goddess)
L’épouse du djinn (The djinn’s wife)
Vishnu au cirqu des chats (Vishnu at the Cat Circus)
Précédentes publications : Denoël-Lunes d’Encre, 10/2013 — 384 p., 22.50 € — Couverture de Manchu
 Ceux qui ont eu la patience de se laisser peu à peu submerger par les ressacs convulsifs du Fleuve des dieux, se laisseront à présent glisser avec volupté dans les eaux tout aussi envoûtantes de ce nouveau recueil de l’écrivain britannique Ian McDonald, un auteur qui s’inscrit à merveille dans le courant d’une SF britannique les yeux rivés sur le futur avec une clairvoyance et un déterministe que ce peuple épris de grand large sait mieux que quiconque donner au lent cheminement de notre Humanité. Comme Kipling avant lui et d’autres concitoyens de sa Gracieuse Majesté, Ian McDonald s’est investi à cœur perdu dans les multiples méandres du sous-continent indien, nous invitant, à travers 7 récits, à revenir dans cette Inde de 2047, un monde rêvé qui découle étroitement des dérives de notre propre quotidien. Comme pour l’essentiel de la planète aujourd’hui, l’épine dorsale sur laquelle s’articule sa vision de se proche avenir a pour nom revendications territoriales. Un retour aux sources et un repli ethnique qui a fractionné l’ancien royaume des Maharadjahs en une douzaine d’états farouchement attachés à leur toute nouvelle indépendance. Chacun d’entre eux s’est inscrit dans la trajectoire que nous laisse augurer aujourd’hui la croissance exponentielle de ce pays émergent où les traditions ancestrales doivent à présent composer avec une technologie conquérante, tandis que l’éternel dilemme du déficit démographique (quatre fois plus d’hommes que de femmes) n’en finit pas de ronger le fragile tissu social de ce pays en perpétuelle recomposition. Ian McDonald braque dés lors le téléobjectif de sa caméra virtuelle sur des personnages plongés dans le tourbillon d’une existence qui les dépasse et dont nous sommes invités à partager les moindres pensées et les plus intimes sentiments. Servi par une écriture hyperréaliste, les nouvelles regroupées dans ce livre conduisent le lecteur à littéralement vampiriser les différents protagonistes qui en sont les vecteurs jusqu’à se demander souvent comment il aurait réagi à leur place. Une intimité du point de vue que l’on retrouve dans le premier texte, Sanjîv et Robot-Wallah, basé sur la thématique des enfants-soldats avec, en figure de proue Sanjîv, jeune garçon dont la passion pour la robotique l’amène presque logiquement à pilote par la pensée de terribles robots de combats engagés dans un conflit opposant le Bâhrat et l’Adwadh, deux jeunes états de cette Inde recomposée. Dans Kyle fait la connaissance du fleuve, on retrouve la localisation géographique du Bâhrat à travers la peinture du choc des cultures entre Kyle, l’expatrié venu aider à la reconstruction du pays. Parqué pour raison de sécurité au sein du Confinement, le quartier réservé au non-autochtones, Kyle va laisser tomber tous es apriori au contact de Salim, jeune bhârati, qui lui fera découvrir son pays à la toujours âpre pauvreté à travers les méandres majestueux du Gange, ce grand fleuve dont l’Inde tire une part essentielle de son âme. L’assassin-poussière revient sur le conflit majeur qui hantera notre avenir, la guerre pour l’eau, par le biais de Padmîni, unique survivante de la famille Jodhra qui détenait le monopole de l’eau et qui a été éliminé par la famille Azad, sa principale concurrente. Un plaidoyer pour l’apaisement des tensions relayé par des créations originales, comme cette caste des neutres (ni homme ni femme) chez qui l’héroïne de ce récit trouvera un moment refuge. Un beau parti insiste sur une préoccupation dominante de l’Inde de l’avenir aussi bien que de l’Inde contemporaine, la difficulté pour un homme de trouver une épouse étant donné la portion congrue de bébés femelles qui sont autorisés à naître. Ce véritable parcours du combattant nous dépeint tous les moyens qui sont proposés aux époux en quête d’âmes sœurs (marieuses, agences spécialisées) jusqu’à faire intervenir un IA, qui devra tout d’abord initier ses propres circuits à la compréhension de ce sentiment viscéralement humain qu’est l’amour avant de pouvoir venir en aide à celui pour qui elle a été créée, le séduisant Jâspir. La petite déesse, réédition d’une nouvelle déjà paru dans le Bifrost 68 spécial Ian McDonald, puise son intrigue dans le devenir d’un enfant dieu (comme ceux du Népal ou de Little Boudah), et nous montre combien son existence peut atteindre une apogée, celle de sa divinisation, jusqu’à la propulser dans sa chute au moment de l’impureté de son premier sang versé qui la jette hors de sa prison dorée au sein d’un univers qui lui est totalement étranger et hostile. Un récit où se mêlent harmonieusement religion, mythes et technologie et qui a reçu le grand prix de l’Imaginaire lors de sa première parution en France. L’épouse du djinn reprend deux thématiques déjà abordées dans ce recueil, celle de l’eau, avec la construction d’un barrage sur le Gange, et celle des Intelligences Artificielles campée ici par IA surdouée qui va se heurter aux dictats des lois Hamilton régulant le destin des IA trop humaine, et à l’amour transgressant qui l’attire vers une jeune danseuse Kathak de l’état d’Awadh. Imaginez alors dans un pays où déjà les mariages entre castes sont prohibés, quelle explosion de tabous risque d’engendrer la passion entre une IA et une jeune indienne… Enfin, Vishnu au cirque des chats, le dernier texte du recueil fait une sorte de parallèle avec la vie de Vishu, jeune brahmane génétiquement modifié pour vivre beaucoup plus longtemps qu’un humain normal, mais dont l’esprit grandit plus vite que la coquille humaine que le contient, et de cette Inde de toujours progressant à grandes enjambées au dessus des rives d’un temps qui s’accélèrent, mais qui n’avance pas au même rythme pour toutes les parties en présence, laissant ainsi de nombreux laissés pour compte sur le bord du chemin. Une ultime immersion profondément ancrée dans le panthéon hindouiste qui met une nouvelle fois en exergue l’extraordinaire métissage entre croyances et modernités qui sont l’apanage de cette Inde fascinantes dont Ian McDonald à travers son patchwork de récits terriblement humains s’est fait l’un des plus talentueux découvreurs et  ambassadeurs.
Autre couverture :

jeudi 11 août 2016

Roi du matin, reine du jour
(Roman) Merveilleux
AUTEUR : Ian McDONALD (Royaume-Uni)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 432 — 608 p., 10.50 €
TO : King of morning, queen of day, 1991
TRADUCTION : Jean-Pierre Pugi
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédentes publications :
● Denoël-Lunes d’Encre, 1/2009 — 504 p., 25 € — King of morning, Queen of day, Bantam-Spectra, 5/1991 — Tr. : Jean-Pierre Pugi —  Couv. : Michel Koch
● Gallimard-Folio SF 432, 9/2012 — 608 p., 10.50 € — Couv. : Michl Koch (avec bandeau haut de couverture)
Sommaire :
Craigdarragh préalablement sous le titre Roi du matin, reine du jour (version plus courte) in Etat de rêve (Empire of dreams, Bantam Spectra, 2/1988) Robert Laffont-Ailleurs et Demain, 11/1990 & Livre de Poche Science-Fiction 7123, 11/1997 — Tr. : Bernard Sigaud
Le front des mythes
Shekinan
Critiques : www.actusf.com (Arkady Knight) : www.actusf.com (Tony Sanchez) ; www.cafardcosmique.com (Ubik & Soleil Vert) ; L’Ecran Fantastique 295 (Claude Ecken) ; www.noosfere.com (Bruno Para) ; www.yozone.fr (Hervé Thiellement)
→ Emily Desmond, Jessica Caldwell, Enye MacCall, trois générations de femmes irlandaises, folles pour certains, sorcières pour d'autres. La première fréquente les lutins du bois de Bridestone quand son père, astronome, essaie de communiquer avec des extraterrestres qu'i imagine embarqués sur une comète. La seconde, jeune Dublinoise mythomane, se réfugie dans ses mensonges parce que la vérité est sans doute trop dure à supporter. Quant à Enye MacColl, katana à la main, elle mène un combat secret contre des monstres venus d'on ne sait où.  Premier récit mettant en scène l’un des trois protagonistes du livre, Craigdarragh est en fait la version longue d’une nouvelle, Roi du matin, reine du jour, publié dans le recueil Etat de rêve (Robert Laffont-Ailleurs et Demain 11/1990, puis Livre de Poche SF 7203, 11/1997). Utilisant le schéma fragmentaire du roman épistolaire, avec enchâssement d’extraits de journal intime, d’entretiens, de correspondances… ce récit narre les trajectoires divergentes et convergentes à la fois dans leur aspect hors normes de la jeune adolescente irlandaise Emily Desmond et de son père, le Dr Edward Garrett Desmond. La première passe la plupart de son temps à errer dans les bois où elle rencontre des créatures féeriques qui l’invitent à quitter le monde réel pour pénétrer dans celui des mythes. Le second s’est mis au banc de la communauté scientifique et s’est coupé de son proche entourage pour construire un gigantesque dispositif lumineux qui lui permettra d’entrer en contact avec les Altaïriens, qu’il est persuadé d’avoir identifié à bord d’un astronef en approche de la Terre que ses confrères prennent pour une simple comète. S’inspirant tout autant des thématiques de la SF, que de celle du roman Fantastique, avec l’allusion aux extraterrestres, le cadre victorien de l’histoire et les explications rationnelles (frustration sexuelle et religiosité exacerbée) portée sur les rencontres d’Emily, Ian McDonal s’amuse ainsi à construire et à déconstruire ces genres majeurs de la littérature de l’imaginaire. Dans le second récit du recueil, Le front des mythes,  il s’attaque à un second destin de femme, celui de Jessica Caldwell, la fille d’Emily Desmond. Nous la découvrons au seuil de la seconde guerre mondiale alors que, pour échapper à la monotonie du quotidien, elle tombe amoureuse d’un combattant de l’IRA, avant d’en apprendre plus sur ses véritables origines et d’amorcer une véritable analyse conflictuelle à l’égard du substrat mythique qui baigne la nature irlandaise. Si la première histoire faisait penser aux célèbres photographies de fées de Cotingley chères à Conan Doyle, avec certaines parentés avec Le parlement des fées de John Crowley, ce second texte appréhendée à travers plusieurs narrateurs, est une véritable plongée dans le Dublin des années trente décrit avec une minutie d’entomologiste et dont le destin contrasté est le parfait reflet de l’âme irlandaise prise entre l’âpreté d’une réalité morose et parfois sanguinaire et la présence invisible des mythes, faisant ainsi dériver le récit vers un réalisme merveilleux proche de la littérature sud-américaine. Enfin Shekinan, le troisième texte de ce livre, introduit le personnage d’Enye McColl, une publicitaire de la fin du XXème siècle, dont la paisible existence est brutalement bouleversé par la résurgence des pouvoirs hérités de sa lointaine ancêtre, Emily Desmond. Ceux-ci se concrétisent sous la forme de démons venus hanter ses nuits et contre lesquels elle devra apprendre à se battre, katana en main. Découpée par de nombreux flashback cette histoire à l’ambiance manga tient à la fois du Ghosbusters et du Fight Club, et accentue la confrontation entre le réel et l’imaginaire, tout en privilégiant dans la trajectoire initiatique de l’héroïne la primauté donnée au présent et au pouvoir de créativité qui doit l’aider à s’extraire du carcan des mythes. Un triptyque qui enveloppe les croyances irlandaises dans toute leur évolution et qui nous permet d’entrer plus en profondeur dans l’œuvre d’un écrivain, né en Angleterre mais ayant presque toujours vécu en Irlande, trop peu traduit en France (Desolation road et Necroville), qui sait remarquablement transcender les genres, au même titre qu’un Robert Holdstock de La forêt des Mythagos, mais avec un ancrage plus accentué dans un réalité datable et omniprésente. A noter, en refermant ce livre, de consulter la passionnante critique publiée par Arkady Night sur le site www.actusf.com.
Autres couvertures : 

mardi 1 octobre 2013

Le fleuve des dieux
(Roman) SF
AUTEUR : Ian McDONALD (Gb)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 463, 9/2013 — 850 p., 9.90 €
TO : River of Gods, 2004
TRADUCTION : Gilles Goullet
COUVERTURE : Manchu
Précédente publication : Denoël-Lunes d’Encre, 6/2010 — 624p., 29 € — Couv. : Manchu
Critiques : www.actusf.com (Cloé) – Bifrost 60, 9/2010 -Claude ecken) - www.cafardcosmique.fr (Ubik) – www.chronicart.com (Pierre Jouan) - www.noosfere.com (Gaëtan Driessen) – www.scifi-universe.com (Manu B)
→ En 2047 l’Inde n’a plus rien à voir avec le pays libéré du joug britannique des Nehru et autres Gandhi. Conséquence des Guerres de Partition, l’Union Indienne est désormais balkanisée en plusieurs petits royaumes se livrant une lutte acharnée pour le contrôle de l’eau devenue une denrée extrêmement rare dans ces pays privés de Mousson depuis trois ans, avec pour résultat la transformation du Gange, un fleuve naguère distributeur de bienfaits dans lequel il fallait se baigner pour se débarrasser de ses pêchés, en une pomme de discorde dont les eaux déclinent dangereusement au fils des années. Pour preuve des rumeurs de guerre qui couve entre les états musulmans de l’ancien Bengale, alliés à l’état indien d’Awadh placé dans la sphère d’influence américaine, et le Bhârat, et sa capitale Vâranasi (l’ancienne Bénarès) où sévit le parti des fanatiques religieux hindouiste du mystérieux Jîvanjî, que personne n’a jamais rencontré, et qui menace la souveraineté du gouvernement de la Première Ministre, Sadjida Râna, le tout sur fond de barrage édifié sur le Gange par l’Awadh, privant désormais d’eau leurs voisins du Bhârat. Et comme si cela ne suffisait pas, aux anciennes dissensions ancestrales, à la fois religieuses, ethniques et sociales, sont venus s’ajouter les dérives d’une technologie passée maîtresse dans l’art de repousser les barrières du possible, les accélérations impulsées par les technosciences, la révolution de l’informatique et la mondialisation galopante se mêlant aux résurgences d’une mythologie hindoue réinvestissant le réel sous les formes les plus étonnantes. Ainsi on a assisté au développement fulgurant des Intelligences artificielles (IA) capables de devenir des machines-outils hypersophistiquées, d’incarner des personnages dans des séries télévisées à succès, mais aussi de se révolter avec la menace sous-jacente de l’apparition d’une Aeai de troisième génération capable de surpasser les hommes et, à terme, de les remplacer, thématique déjà abordée dans le désormais culte Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques de Philip K. Dick, devenu Blade Ruiner au cinéma. Mais on a vu également la naissance de nouvelles populations, comme les Neutres, au cerveau et au corps chirurgicalement modifiés et bourrés d’implants électroniques afin de gommer les caractéristiques principales d’appartenance à l’un ou l’autre sexe déterminant jusqu’ici le genre humain, ainsi que les Dorés, des Brahmanes chefs de gangs au métabolisme ralenti qui vivent deux fois plus longtemps que le commun des mortels a l’intérieur de corps d’enfants. Pour décrire cette Inde futuriste qui cultive bien des aspects du monde imaginé par l’auteur britannique John Brunner dans Tous à Zanzibar, Ian McDonald, déjà connu en France par des ouvrages phares tels que Désolation Road pour la SF et Roi du matin, Reine du jour, pour la Fantasy a choisi de nous présenter neuf personnages qui évoluent au sein de neuf intrigues différents, donnant leur titre à chaque chapitre du livre. Des êtres que rien, de prime abord, ne semble rapprocher, et qui pourtant mélangent leurs trajectoires intimes à la dense toile géopolitique structurant l’ensemble du récit afin de converger vers un final éblouissant centrée sur une sorte d’éternel recommencement bien ancrée dans la mythologie de la tradition hindouiste. Une histoire qui, tout en nous peignant les méandres d’une Inde aux mille visages,ne fait que proposer une réflexion sur la noirceur de l’Humanité et la nature même de l’univers. Parmi ces individus à la fois créateurs et acteurs des événements qu’ils vivent et subissent nous trouvons Shiv, petit malfrat sévissant sur les bords du Gange, qui fait commerce de la vente d'ovaires récoltés sur des donneuses tout sauf volontaires à destinations de cultures souches embryonnaires et qui a maille à partir avec les redoutables Brahmanes. Mais il y a également Nanda, le pendant du Harrison Ford de Blade Runner, un flic Krishna, membre d'une police spéciale chargée de traquer les Aeis, ces intelligences artificielles qui s'infiltrent au cœur des systèmes informatiques, et qu'il « excommunie » à l'aide d'un pistolet à double canons, l'un pour les IA et l'autre pour les corps humains, le tout avec l'aide d'autres IA répondant aux noms évocateurs de Ganesh, Indara ou Shiva. Vient ensuite sa femme, Pârvati, qui, si elle est parvenue à épouser un membre éminent de sa caste, souffre du confinement où son époux la tient, car elle n'arrive pas à s'intégrer dans la société où il évolue. Le prochain de la liste est Shahîn Badûr Khan, le conseiller musulman de Sajida Râna, premier ministre du gouvernement hindou du Bhârat. Puis nous avons Nadja Askaezadah, jeune journaliste prête à se damner pour un scoop, qui traîne derrière elle un lourd passé afghan. Lisa Durnau et Thomas Lull, sont les américains de service, deux scientifiques à l'origine du projet Alterre, basé sur la programmation d'un monde alternatif informatique qui se développe au sein de sa propre réalité. Tal est le suivant. Un Neutre, concepteur de décors pour Town and Country, la série télévisuelle qui cartonne à la distribution entièrement assurée par des IA. Enfin, nous découvrons Vishram. Plus jeune fils de la grande famille Ray, qui n'aspire qu'à une carrière de comique en Angleterre, et qui se retrouve propulsé à la tête de la Ray Power, puissant Empire énergétique dont son père lui a soudainement confié les rennes sur fond d'accélérateur de particules ouvrant sur d'autres dimensions. Ces anti-héros par excellence naviguent sur les vagues de leurs propres quotidiens en essayant de ne pas se noyer dans le courant de la vie qui les entraîne au coeur de méandres compliqués pouvant prendre divers apparences. Pour Mr Nanda, il s'agit de la poursuite d'Aeais illégales. Pour Lise Durnau d'une enquête sur la possible découverte d'un artefact extraterrestre. Pour Thomas Lull, de la rencontre avec Aj, mystérieuse jeune fille qu'il a recueilli sur sa péniche et dont les extraordinaires pouvoirs lui permettent, non seulement de contrôler par la pensée de formidables robots de combats, mais aussi de cartographier l'existence des gens par simple contact. Pour Shanîr, de la supervision du transport dans le Gange asséché d'énormes icebergs dont la fonte sur place est censée réactiver la mousson disparue. Entourés d'un foisonnement d'autres personnages, ces individus s'inscrivent dans un processus d'immersion au sein d'une Inde immortel dont la captivante empreinte est rehaussée par le parti pris de l'auteur de conserver un grand nombre de termes indiens, non traduits, ni anglicisés, dont la compréhension est facilitée par le glossaire placé à la fin du roman. L'ensemble forme un magnifique livre-univers, remarquablement traduit par Gilles Goullet qui, passé la première impression d'opacité provoquée par l'amoncellement des 848 pages de lecture (600 dans la version grand format Denoël) mérite de se déguster page après page comme une verre de vieux cognac que l'on boit le soir au coin du feu quand la neige tombe dehors. Une reprise bienvenue dans un format plus abordable à toutes les bourses de ce roman abordant les grands thèmes de la SF, intelligence artificielle, darwinisme et théorie de l'évolution, techno sciences, cybertechnologie, mondes parallèles, réseaux informatiques, réalités virtuelles, manipulations génétiques, visite extraterrestre, écologie, sans oublier une approche sociale du devenir humain sous ses multiples facettes, un large pan de futurologie et, bien entendu, la présence de la Singularité, cette nouvelle star de la SF contemporaine. On apprendra donc sans surprise qu'un projet d'adaptation cinématographique est en cours avec un tournage en Inde, évidemment pour ce livre qui a reçu le British Science Fiction Howard et qui a été finaliste du prestigieux Hugo. Et pour en finir avec ce long plaidoyer, à noter, pour ceux qui en redemanderait, que les éditions Denoel publient dans leur collection lunes D'Encre en octobre, La petite déesse et autres nouvelles d'une Inde future, un recueil où Ian McDonal rassemble sept nouvelles et courts romans ayant pour cadre l'univers inoubliable du Fleuve des dieux.
Autre couverture :

mercredi 29 avril 2009

McDONALD Ian (Neil) (Gb)
Né en Angleterre, mais ayant vécu la majeure partie de sa vie en Irlande, Ian McDonald voue à ce pays un affection viscérale qui transparaît dans certains de ses écrits, comme le plébiscité « Roi du matin, reine du jour »
◊ Roi du matin, reine du jour (Roman) Féerie
Denoël-Lunes d’Encre, 1/2009 — 504 p., 25 € — King of morning, Queen of day, Bantam-Spectra, 5/1991 — Tr. : Jean-Pierre Pugi — Couv. : Michel Koch — Sommaire
Craigdarragh
Précédente publication : sous le titre Roi du matin, reine du jour (version plus courte) in Etat de rêve (Empire of dreams, Bantam Spectra, 2/1988) Robert Laffont-Ailleurs et Demain, 11/1990 & Livre de Poche Science-Fiction 7123, 11/1997 — Tr. : Bernard Sigaud
Le front des mythes
Shekinan
Critiques :
www.actusf.com (Arkady Knight) : www.actusf.com (Tony Sanchez) ; www.cafardcosmique.com (Ubik & Soleil Vert) ; L’Ecran Fantastique 295 (Claude Ecken) ; www.noosfere.com (Bruno Para) ; www.yozone.fr (Hervé Thiellement)
→ Emily Desmond, Jessica Caldwell, Enye MacCall, trois générations de femmes irlandaises, folles pour certains, sorcières pour d'autres. La première fréquente les lutins du bois de Bridestone quand son père, astronome, essaie de communiquer avec des extraterrestres qu'i imagine embarqués sur une comète. La seconde, jeune Dublinoise mythomane, se réfugie dans ses mensonges parce que la vérité est sans doute trop dure à supporter. Quant à Enye MacColl, katana à la main, elle mène un combat secret contre des monstres venus d'on ne sait où. Premier récit mettant en scène l’un des trois protagonistes du livre, Craigdarragh est en fait la version longue d’une nouvelle, Roi du matin, reine du jour, publié dans le recueil Etat de rêve (Robert Laffont-Ailleurs et Demain 11/1990, puis Livre de Poche SF 7203, 11/1997). Utilisant le schéma fragmentaire du roman épistolaire, avec enchâssement d’extraits de journal intime, d’entretiens, de correspondances… ce récit narre les trajectoires divergentes et convergentes à la fois dans leur aspect hors normes de la jeune adolescente irlandaise Emily Desmond et de son père, le Dr Edward Garrett Desmond. La première passe la plupart de son temps à errer dans les bois où elle rencontre des créatures féeriques qui l’invitent à quitter le monde réel pour pénétrer dans celui des mythes. Le second s’est mis au banc de la communauté scientifique et s’est coupé de son proche entourage pour construire un gigantesque dispositif lumineux qui lui permettra d’entrer en contact avec les Altaïriens, qu’il est persuadé d’avoir identifié à bord d’un astronef en approche de la Terre que ses confrères prennent pour une simple comète. S’inspirant tout autant des thématiques de la SF, que de celle du roman Fantastique, avec l’allusion aux extraterrestres, le cadre victorien de l’histoire et les explications rationnelles (frustration sexuelle et religiosité exacerbée) portée sur les rencontres d’Emily, Ian McDonal s’amuse ainsi à construire et à déconstruire ces genres majeurs de la littérature de l’imaginaire. Dans le second récit du recueil, Le front des mythes, il s’attaque à un second destin de femme, celui de Jessica Caldwell, la fille d’Emily Desmond. Nous la découvrons au seuil de la seconde guerre mondiale alors que, pour échapper à la monotonie du quotidien, elle tombe amoureuse d’un combattant de l’IRA, avant d’en apprendre plus sur ses véritables origines et d’amorcer une véritable analyse conflictuelle à l’égard du substrat mythique qui baigne la nature irlandaise. Si la première histoire faisait penser aux célèbres photographies de fées de Cotingley chères à Conan Doyle, avec certaines parentés avec Le parlement des fées de John Crowley, ce second texte appréhendée à travers plusieurs narrateurs, est une véritable plongée dans le Dublin des années trente décrit avec une minutie d’entomologiste et dont le destin contrasté est le parfait reflet de l’âme irlandaise prise entre l’âpreté d’une réalité morose et parfois sanguinaire et la présence invisible des mythes, faisant ainsi dériver le récit vers un réalisme merveilleux proche de la littérature sud-américaine. Enfin Shekinan, le troisième texte de ce livre, introduit le personnage d’Enye McColl, une publicitaire de la fin du XXème siècle, dont la paisible existence est brutalement bouleversé par la résurgence des pouvoirs hérités de sa lointaine ancêtre, Emily Desmond. Ceux-ci se concrétisent sous la forme de démons venus hanter ses nuits et contre lesquels elle devra apprendre à se battre, katana en main. Découpée par de nombreux flashback cette histoire à l’ambiance manga tient à la fois du Ghosbusters et du Fight Club, et accentue la confrontation entre le réel et l’imaginaire, tout en privilégiant dans la trajectoire initiatique de l’héroïne la primauté donnée au présent et au pouvoir de créativité qui doit l’aider à s’extraire du carcan des mythes. Un triptyque qui enveloppe les croyances irlandaises dans toute leur évolution et qui nous permet d’entrer plus en profondeur dans l’œuvre d’un écrivain, né en Angleterre mais ayant presque toujours vécu en Irlande, trop peu traduit en France (Desolation road et Necroville), qui sait remarquablement transcender les genres, au même titre qu’un Robert Holdstock de La forêt des Mythagos, mais avec un ancrage plus accentué dans un réalité datable et omniprésente. A noter, en refermant ce livre, de consulter la passionnante critique publiée par Arkady Night sur le site www.actusf.com .