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lundi 17 juillet 2017


Crux 
(Roman) Techno-thriller
AUTEUR : Ramez NAAM (Usa)
EDITEUR : Pocket SF 7227, 3/2017 — 731 p., 11.40 €
TO : Crux, 2013
TRADUCTION : Jean-Daniel Brèque
COUVERTURE : Clément Chassagnard
Précédente publication : Presses de la Cité, 1/2016 — 7364 p., 24 € — Couverture de Clément Chassagnard
En 2040 , Kade, jeune et brillant scientifique, a créé Nexus 5, une nano-drogue permettant de connecter les cerveaux entre eux. Véritable révolution, grâce à ses vertus empathiques, elle débouche sur la naissance d’une conscience collective, une possibilité improbable de transformer pour les cerveaux les parties en un tout unique et démiurgique. Mais comme Oppenheimer avant lui, pour la bombe atomique, Kade s’est vite aperçu que son invention n’avait pas que des côtés positifs et que, dévoyée, elle devenait un redoutable outil de manipulation de masse. Aussi il a mis Nexus 5 à la disposition de tous, et il est devenu l’homme le plus recherché du monde. Alors que s’ouvre ce second volume de la trilogie Nexus, Kade a rompu l’accord qui le liait à l’ERD, l’agence  gouvernementale américaine tissant sa toile totalitariste sur le monde. Désormais seul des trois créateurs de Nexus encore en liberté, il a également résisté aux approches d’une post-humaine japonaise investie de formidables pouvoirs. Le voilà devenu un fugitif traqué par des chasseurs de primes sans état d’âme. Autour de lui, les post-humains, dorénavant capables de fusionner leurs esprits de façon durable, pouvaient être amené à se répandre sur le monde et à provoquer l’extinction de l’ancienne race humaine. De quoi susciter l’inquiétude des réseaux conservateurs de l’ERD prêchant pour l’immobilisme ambiant et la survie de leurs prérogatives. Un statu quo malmené par le Front de Libération posthumain qui entend bien utiliser le Nexus  en devenant une sorte de Daesh puissance mille qui transforme les individus en bombes à retardement avec, pour but ultime, l’assassinat du président des Etats-Unis. Tandis qu’il s’efforce de réparer le mal qu’il a engendré en débusquant toux ceux qui utilisent le Nexus à des fins malhonnêtes, Kade pourrait penser que Nexus 6, nouvelle version à l’accès strictement réglementée, serait susceptible d’endiguer la propagation malveillante de la nano-drogue. Mais celle-ci recèle déjà en son sein une menace encore plus terrible pour l’humanité. Thriller à l’intrigue endiablée surfant sur des thématiques parfois antinomiques comme la high-technologie, l’écologisme ou la méditation, ce roman dresse un tableau qui fait parfois froid dans le dos de ce que pourrait devenir notre proche futur sous l’impact d’un progrès pas pleinement maîtrisé ou plutôt, cyniquement exploité. Tandis que le premier volet, Nexus, va faire l’objet d’une adaptation cinématographique par la Paramount, le lectorat français pourra se précipiter sur le dernier, Apex (Presses de la Cité, avril 2017),  point d’orgue d’une trilogie qui a propulsé Ramez Naam, ingénieur informaticien né en Egypte ayant entre autres travaillé au développement d’Outlock et d’Internet Explorer, au sein du cercle très fermé des plus célèbres écrivains de SF américains contemporains.
Autre couverture :

dimanche 5 février 2017

L’éducation de Stony Mayhall
(Roman) Fantastique / Zombies
AUTEUR : Daryl GREGORY (Usa)
EDITEUR : POCKET-Science-Fiction/Fantasy 7107, 9/2016 — 507p., 8,20 €
TO : Raising Stony Mayhall, 2011
TRADUCTION : Laurent Philibert-Caillat
COUVERTURE : Nobografik
Précédente publication : Bélial, 8/2014 — 448 p., 23 € — Couverture de Aurélien Police
Dans toute histoire de zombie il y a un fait précurseur, un moment où tout allait bien dans le meilleur des mondes avant que le petit grain de poussière fasse basculer la réalité dans l’horreur. Les romanciers, aussi bien que les cinéastes l’’ont bien compris, pour preuve la série Fear The Walkind Deads, qui revient sur les premiers jours de l’épidémie ayant donné naissance au phénomène télévisuelle des épisodes de Walking Deads adaptés d’une BD éponyme. Tout l’art de Daryl Gregory consiste à éluder ce postulant de fait déclencheur. Pour les protagonistes de L’éducation de Stony Mayhal, les évènements ayant entraînés l’apparition, puis l’élimination des zombies dévoreurs de chairs demeurent volontairement dans le flou, aussi bien les raisons de la propagation de l’épidémie que son éradication. L’auteur préfère focaliser notre attention sur une petite maison isolé où l’infirmière Wanda Mayhall a récupéré un bébé trouvé mort auprès de sa mère sur la route enneigé qui conduit à se demeure isolée de tous. Un bébé qu’elle a ressuscité et qui se nomme désormais Stony (Pierre) en raison de son teint cireux. Acceptant cette arrivé comme un cadeau de jésus Christ Wanda élève Stony avec ses trois filles, Chealsea, Junie et Alice, toutes quatre liées par le secret. Car personne ne doit approcher de Stony, garçon apparemment normal, si ce n’est qu’il n’a pas besoin de se nourri et que rien en peut le blesser. De quoi inciter Kwang, le jeune garçon de la famille asiatique ayant aménagé prés de la maison de Wanda, et qui va grandir avec lui, à l’appeler l’Inexorable et à s’amuser à essayer de le tuer, avec son accord, comme s’il s’agissait d’un jeu, mais, bien entendu,  sans jamais y réussir. Persuadé d’être étroitement liés aux morts-vivants qui menacèrent l’équilibre de la civilisation US, et que la traque contre ses semblables n’étaient pas terminées, en attendant de pouvoir répondre à toutes les question qui l’obsède, Stony décide de s’inscrire à la l’Université où est partie étudier Alice et de permettre à cette dernière de l’étudier sous toutes ses coutures afin de comprendre pourquoi lui seul a grandi, pourquoi il n’est pas assoiffé de sang comme tous ses congénères, en résumé qu’est-ce qui fait sa surprenante singularité. Mais le cocon qu’il s’est soigneusement tissé au fil des années va se disloquer à la suite d’un stupide accident de voiture. Désormais les Fossoyeurs sont sur ses traces. Heureusement, grâce à Alice, il a pu être récupéré par les membres de l’AMV, une organisation clandestine qui, à l’aide de quelques souffleux (entendez les êtres normaux) s’efforce de mettre à l’abri la poigné de morts-vivants épargné par les forces spéciales chargés d’éradiquer l’épidémie ayant transformé pendant un certain temps, des gens à peine mort en dévoreur de leurs semblables. Toutefois, cette organisation est tiraillé par divers courants tous tournant autour de la morsure. Les Abstinents étaient ceux qui la bannissaient en tant que pêché. Les Perpétualistes , au contraire, estimaient que seule cette pratique permettrait de maintenir la population de Morts-Vivants à flot. Enfin, les Gros Mordeurs estimaient qu’il était temps d’arrêter de se planquer et rêvaient d’une attaque coordonnée sur tous les continents avec, pour but ultime, la prise de pouvoir des MV sur le reste de l’Humanité. Et c’était justement ces derniers qui avaient le vent en poupe…Et Stony va devoir se dépêtrer au sein de toutes ses ambigüités nous entraînant à sa suite dans une aventure pleine de rebondissements et de surprises. Dire que l’on aurait pu croire la thématique des MV éculées. Daryl Gregory, comme avant lui S.G. Browne avec Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère…et, retrouvé l’amour (Folio SF, critique dans ce blog), nous montre qu’il en est rien en inversant la théorie Romero inventé depuis la célèbre Nuit des morts vivants en noir et blanc. Ici, la proie ce n’est pas l’humain, mais le MV. Et cela change beaucoup de chose, croyez-moi… En tous cas cela nous donne un récit palpitant de bout en bout 
Autre couverture : 


vendredi 14 octobre 2016

Tarkin
(Roman) SF / Star Wars
AUTEUR : James LUCENO (Usa)
EDITEUR : POCKET-WStar Wars 136, 8/2016 — 384 p., 8.50 €
TO : Tarkin, 2014
TRADUCTION : Lucile Gaillot & Marie Antilogus
COUVERTURE : David Smit
→ Au sein de la vaste panoplie des armes et artefact qui peuplent l’univers multiforme de la série Star Wars, l’Etoile Noire représente un élément de choix qui joue d’ailleurs un rôle prépondérant dans le premier volet de cet événement cinématographique qui bouleversa irrémédiablement le monde des films de SF lors de sa sortie en 1982. Au cours de ce récit le spectateur allait assister à la destruction de L’Etoile Noire, cette planète artificielle destinée à éradiquer la Résistance et à promouvoir la suprématie impériale aux quatre coins de l’espace. Avec ce roman, nous retournons loin en arrière en l’An – 14 plus exactement afin d’assister à la construction de ce fabuleux destructeur de planète. Pour se faire, l’auteur, James Luceno, en fin connaisseur de la matière filmée nous propose d’abord un plan large sur le contexte historique de l’époque marquée par les proches soubresauts de la guerre des clones, avant de zoomer sur le fil conducteur de l’histoire, Wilhuff Tarkin, Grand Moff de l’Empire et bras droit de l’Empereur Palpatine chargé par ce dernier de superviser les gigantesques travaux qui aboutiront à la construction de l’Etoile Noire. Nous le découvrons sur la Base Sentinelle forcé de composer avec les exigences de son tailleur et les ruses d’un mystérieux ennemi lançant des fausses attaques contre Rempart le dépôt militaire chargé d’approvisionner les vaisseaux en partance pour Génosis où l’arme spatiale est en construction après avoir réussi à s’emparer d’un station relais de HoloNet qui lui permettait de transmettre des messages fallacieux. Puis, nous partons avec lui sur la planète Coruscant où il retrouve Dark Vador avec qui il compte bien venir à bout des ennemis de l’Empereur Palpatine auquel sont sort est étroitement lié. Une entrevu durant laquelle le seigneur Noir démontre une fois de plus la redoutable efficacité de ses pouvoirs sith incomparable pour se débarrasser des officiels compromis. Bientôt cependant Dark Sidious, le maître Sith de Dark Vador, l’envoie avec ce dernier sur la planète Murkhana, ancien bastion séparatiste, afin d’enquêter sur un prétendu dépôt secret de communication. Là ils tombent dans le piège qui leur était tendu, se faisant dérober le Pic de la Charogne, le vaisseau de Tarquin, une corvette capable de surpasser un destroyer stellaire. Mais, après avoir réquisitionné de force l’appareil d’un baron du crime sugi, Dark Vador et Tarkin s élancent sur les traces des voleurs. Un récit mené tambours battant qui nous entraînent au cœur même des plus hautes instances impériales tout en nous conviant à démêler l’écheveau compliqué de la personnalité de Tarkin marqué par son enfance sur la dure planète Eriadu ou il finira par revenir pour retrouver son oncle Jova et triompher une fois de plus de ses adversaires. Une escapade vers le Côté Obscur qui s’attarde sur l’humanité des êtres qui le composent tiraillés par des passions et des sentiments pas si éloignés de ceux du commun des mortels et rendus par ce prisme bien plus accessibles aux lecteurs attentifs aux moindres réminiscences de cette gigantesque saga interstellaire.
Un autre
(Roman) Fantastique
AUTEUR : Christophe NICOLAS (France)
EDITEUR : POCKET-Science-Fiction Fantasy 7193, 4/2016 — 416 p., 8 €
COUVERTURE : Jamel Ben Mahammed
Précédente publication : Riez-Sentiers obscurs, 9/2010 — 420 p., 21.90 € — Couverture de B.
→ Basé sur le dédoublement de personnalité, thème cinématographique s’il en est, le premier roman de Christophe Nicolas publié aux éditions du Riez est aujourd’hui repris en édition de poche chez Pocket, et nous ne bouderons pas notre plaisir. En effet la trajectoire mouvementée de Samuel Marx, Sam pour les lecteurs plus intimes, qui le deviendront en suivant les péripéties émaillant ses trois jours de course effrénée où il tentera de s’accrocher à un quotidien qui le dépasse et d’en décortiquer les nébuleux contours. Tout commence par une séquestration plutôt musclé, quand Sam, enlevé est jeté sur la banquette arrière d’une voiture, puis enfermé dans un placard,  avant d’être convié avec un douloureux empressement à rembourser l’une des multiples dettes qu’il a contracté et qui a été racheté par Joseph Bosso, dit le Pendu, un redoutable mafieux. Sam parvient à s’échapper, se payant même le luxe d’emprunter la voiture du boss en personne, et le voilà qui débarque dans une petite bourgade paumée où il n’a jamais mis les pieds et où, pourtant, tout le monde semble le connaître. C’est d’abord le pompiste du coin, puis Franck, un policier municipal. Le hic c’est qu’ils l’appellent tous Vince. Normal puisque dans cet endroit il est Vincent Favale, un individu pas tout à fait recommandable, en qui il serait en quelque sorte incarné comme semble l’attester Ana qui le considère sans ambiguïté comme son époux. Episode de la quatrième dimension, trip après consommation exagéré de substances interdites, cauchemar ou simple accès de folie, Sam ne sait vraiment pas quelle option privilégier tandis qu’il s’enfonce à chaque instant un peu plus dans la fange d’une réalité autre qui le dépasse. Parti en quête de vérité il ne va pas tarder à croiser la piste du mystérieux inspecteur Kolowsky  chargé d’enquêter sur des meurtres de femmes après d’abominables tortures. Traqué par Mario et Paul, les sbires de Joseph Bosso qui ont tout intérêt à le retrouver s’ils veulent conserver leur intégrité physique, Sam n’aura aucune aide à espérer de Frank, le flic local, qui ne rêve que de le remplacer dans le lit et le cœur de sa femme. Servie par une narration à la troisième personne qui joue astucieusement sur l’alternance des points du vue, l’intrigue met peu à peu en place les éléments d’un puzzle qui chaque fois que l’on pense arriver à le terminer, se dissocient soudain pour nous inviter à le recommencer du début. Jamais, jusqu’à la fin du livre, le lecteur est en mesure de cerner les véritables relations liant le duo Sam/Vince, pouvant tour à tour être associés aux appellations de frères, jumeaux, sosies, sans qu’aucune ne lui colle radicalement à la peau. Thriller efficace flirtant avec le fantastique et la virée schizophrénique ce livre, savoureuse mise en bouche avant le scincefictif Le Camp à paraître bientôt chez Pocket, provoque une dérangeante sensation de malaise associé à l’impression de s’engluer avec son héros dans l’horreur d’une situation dont ils ne saisit aucun des tenants et aboutissements et pourtant à la quelle il est étroitement mêlée. Et c’est avec un sentiment pervers de voyeur que nous assistons à ses mouvements désespérées pour tenter d’échapper à la noyade de son esprit à travers le tourbillon d’une existence lancée sur les rails d’une folle aventure dont le concepteur a pris soin de supprimer toutes les options d’arrêt.
Autre couverture : 

samedi 13 août 2016

Dark Eden
(Roman) SF
AUTEUR : Chris BECKETT (Royaume Uni)
EDITEUR : POCKET SF 7212,  — 512 p., 8.50 €
SERIE : Dark Eden 1
TO : Dark Eden, 2012
TRADUCTION : Laurent Philibert-Caillat
COUVERTURE : Si Scott
Précédentes publications : Presses de la Cité, 3/2015 — 416 p., 22 €  — Couverture de Clément Chassagnard
Les autres titres de la série : 2.Les enfants d’Eden
Critiques : actusf.com (Sylvie Bonnet) - Bifrost 79 (Olivier Girard)
→ L’homme s’est répandu dans l’espace, avec plus ou moins de réussite. Du côté du passif, on notera les déboires d’un équipage mixte forcé de se poser sur une planète inexplorée, et qui a préféré y rester plutôt que de tenter avec les autres un hypothétique retour. Heureusement, étant donné leur sexe différent, Tommy et Angela ont pu refaire le coup d’Adam et Eve, et bientôt leurs descendants viendront peupler ce bout du ciel perdu au sein des immensités stellaires. Mais, même s’il n’y a pas de serpents inventoriés, l’endroit n’a rien du paradis biblique et porte bien son nom de Black Eden. Deux siècles plus tard nous atteignons la cinquième génération après les géniteurs et l’auteur nous immerge au sein de la nouvelle société créée à partir de leurs seuls gènes. Son nom : la Famille (du côté littérature on pense à des réminiscences vampiriques, mais rien à voir avec celles-ci). Strictement hiérarchisée, divisée en plusieurs clans (Picarbre, Lampionrouge…) ce groupe de colons malgré eux a  développé un univers en vase clos qui tend à revenir vers le mode primitif enfermé dans le cocon d’une vallée toute imprégnée d’une étrange faune et flore bioluminescente qui a banni la notion même de nuit, car cette planète sans soleil ne tire ses sources de lumière et de chaleur que des êtres vivants qui l’habitent. Sous la clarté tutélaire des arbres-lampions et la voûte constellée de Tourbillon-Etoilé, les hommes égarés en ces lieux suivent un lent cheminement vers la dégénérescence, frappé par la consanguinité et une démographie galopante, oublieux de toute technologie, victime d’un appauvrissement de la langue  et revivant l’époque des chasseurs-cueilleurs avec pour seul mythe celui d’une Terre rêvée et d’un espoir de sauvetage s’instaurant en sorte de religion avec un but de plus en plus lointain et inaccessible au fil du temps. Pourtant, cet univers de sous culture composé de cinq cent membres flirtant avec tous les poncifs de l’obscurantisme recèle néanmoins de bons côtés. En effet, chez eux, l’utopie des hippies soixante-huitards de San Francisco bannissant tabous sexuels et violence est devenue réalité. On pourrait donc penser que ce microcosme harmonieux a de l’espoir devant lui ou, comme John Lampionrouge, croire dur comme fer que tout cela ne mène qu’à une lente extinction de tout ce qui fait leur humanité. Lui se veut le grain de sable du rouage, celui qui ne se contente pas de l’univers clos de sa vallée étroite, celui qui veut aller de l’autre-côté franchir la limite improbable de Noirneige et s’enfoncer dans l’univers ténébreux qui terrorise ses semblables avec ancré au fond de lui-même la certitude d’y découvrir des terres vierges riches d’espace à conquérir. Or, les nouvelles idées ne font pas bon ménage avec une société qui se sclérose, pire, elles risquent de faire ressurgir des vieux démons que l’on croyait pourtant rangés au rayon des croquemitaines. John va donc se générer des ennemis et refaire découvrir à la Famille les tristes passions humaines qui ont pour nom le meurtre et la guerre. Narrant son histoire à la première personne du singulier, ce qui favorise l’empathie du lecteur, alternant les points de vue, tout en laissant au récit de John une prédominance naturelle, Chris Beckett, écrivain britannique né à Oxford en 1955,  nous concocte un roman qui se lit aussi facilement que l’eau coulant dans le lit d’une rivière et dont la suite, Les enfants d’Eden, paru chez les Presses de la Cité en 2016, ne devrait pas tarder à arriver en format de poche.
Autre couverture :

dimanche 23 août 2015

Accrétion
(Roman) Science-Fiction
AUTEUR : Stephen BAXTER (Usa)
EDITEUR : Pocket SF 7172 — 629 p., 8.80 €
SERIE : Xeelee 4
TRADUCTION : Laurent Philibert-Caillat
COUVERTURE : Victor Habbick (phtotographie)
Précédente publication : Le Bélial, 2/2013 — 528 p., 24 € — Couverture de Manchu
Dans le précédent opus de la série, Singularité, nous avions appris comment la Terre avait été conquise par les Xeelees, des extraterrestres venus du futur. Dés lors l’humanité a construit le Nord, un gigantesque vaisseau spatial destiné à voyager vers l’avenir afin de découvrir le futur de notre planète. A bord, les scientifiques de toutes obédiences semblent avoir tout prévu pour ce voyage qui durera mile ans. Mais ils se trompaient… Dans la partie du roman que l’on peut rapprocher de Croisière sans escales de Brian Aldiss ou du Navire étoile de E.C. Tubb, nous assistons aux divers changements affectant l’équipage, dont une partie a régressé jusqu’à l’état primitif, tandis que d’autres répètent des taches répétitives et que certains son devenus immortels. Cependant, parvenu à destination, le Nord découvrira que le Soleil est devenu une géante rouge avant la date fatidique annoncée par les astronomes et ce, à cause d’une mystérieuse manipulation orchestrée par une non moins énigmatique forme de vie. Or c’est justement ce qu’à découvert Lieserl, un enfant créé par les hommes avec une existence de vie de 90 jours, en fait une Intelligence artificielle révolutionnaire qui, après avoir été débarrassé de son enveloppe physique, plongera dans le soleil par l’intermédiaire d’un trou de ver. Une Lieserl néanmoins émerveillée par ce qu’elle découvre et dont le nom fut aussi le prénom d’une fille naturelle d’Einstein, enfant handicapée qui mourut prématurément. Pour éviter cette fin programmée l’équipage du Nord n’a plus qu’une solution : retrouver les Xeelees, cet ennemi sans visage responsable de la disparition de l’humanité. Tisse-les-Cordes, l’un des personnages phares du roman est parvenu à contrôler l’un de leur vaisseau et, grâce à lui, à atteindre l’un des mondes des Xeelees. Là, paradoxalement, il sera peut-être en mesure de trouver les solutions qui permettront de sauver ses semblables et ce, grâce à ceux qui pourtant les ont conduit à leur perte. Un roman qui mélange avec bonheur la thématique de la hard-science chère aux auteurs anglo-saxons avec, par exemple cette fameuse accrétion, qui désigne la capture de matière par un astre sous l’effet de la gravitation, à des problématiques bien plus humaines que véhiculent des personnages ciselés tout en émotivité et dont on partage sans longueur les divers états d’âmes, le tout sur un background de mystère savamment entretenu par ces extraterrestres insaisissables entourés d’une aura de mystère que le lecteur rêvera de percer chaque fois qu’il tournera l’une des pages de ce roman. Un livre qui peut se lire indépendamment des autres volumes du cycle et qui apparaît incontestablement comme une vrai réussite littéraire saluée unanimement par les critiques outre-Atlantique.
Autre couverture :

mercredi 6 mai 2015


Player One
(Roman) SF / Jeu Vidéo / Réalité Virtuelle
AUTEUR : Ernest CLINE (Usa)
EDITEUR : Pocket-Science-Fiction/Fantasy 15666, 3/2015 624 p., 9.80
TO : Ready Player One, 2015
TRADUCTION : Arnaud Regnauld
COUVERTURE : Marion Tigréat
Précédente publication : Michel Lafon, 1/2013 400 p., 17.95 Couverture de Gilles Legleye
Critiques : Ernest Cline, geek et nostalgique, par Chatal Guy (in www.lapresse.ca) Technophobes sabstenir, par Amélie Puzalat (in LExpress du 19/01/2013)
Wade Watts est un geek, mais un geek de 2044, c'est-à-dire un type qui ne passe pas que tout son temps dans son univers virtuel, mais un être qui a totalement décroché de la réalité, il est vrai peu attirante où une grande partie de l’Humanité victime d’une crise de l’énergie qui avait portant été annoncée végète dans des prairies de caravanes-bidonvilles . Seul échappatoire pour ces glandus de l’avenir, l’Oasis. Entendez une sorte de Second Life puissance cent créé par le génial James Halliday. Un gourou du net qui, avant de mourir, dans une ultime pied  de nez à la toile a annoncé sur le web qu’il lèguerait son immense fortune à celui qui serait capable d’accomplir une périlleuse mission truffé d’embûches en tous genres , d’énigmes, d’épreuves vidéoludiques, de tests cinématographiques, et j’en passe…Wayne, alias Parzifal, hacker orphelin rivé jours et nuits à son écran pense qu’il a les épaules assez solides pour tenter l’aventure. Dés lors commence pour lui une formidable chasse trésor dont le back-ground quelque peu nostalgique nous ramène aux bon vieux jeux vidéo des années 80, Pac man, Donkey Kong, Frogger, pour ne citer qu’eux, sans oublier des références cinématographiques marqués du sceau des Monthy Pythons et de Ladyhawke. Et Wayne connaît sur le bout des ongles les fameuses lubies de Halliday qui permettent de découvrir les clés qu’il a dissimulées dans chaque jeu culte. Après avoir trouvé la première, le voilà soudain propulsé sur le devant d’une scène qu’il aurait mieux fait de ne jamais fouler. Pour lui qui n’établissait de contacts avec le genre humain qu’à travers les avatars d’Oasis, la découverte des Sixters, ces sortes de mercenaires à la solde d’une entreprise prête à tout pour faire main basse sur le fabuleux héritage, le transformera en cible vivante susceptible de perdre plus que sa connexion, c'est-à-dire la vie. Heureusement, dans sa quête interactive, Wayne se fera quelques amis virtuels, et notamment l’envoûtante Art3 mis, une joueuse qui, pour la première fois, lui donnera envie de quitter ce monde parallèle afin de découvrir le véritable amour, charnel et tout en prime. Est-ce que les geeks français qui découvriront le livre deux ans après sa parution aux USA seront d’accord pour envisager cette possibilité de revanche du réel sur le virtuel ? En tous cas ils ne seront pas du tout dépaysés par la lecture de ce roman qui prend parfois des allures de scénario de jeu de rôle, chaque chapitre correspondant à de  niveaux à franchir, et qui les entraîne au sein d’un univers techno qu’ils pratiquent quotidiennement, tout en faisant jouer la fibre nostalgique chez des joueurs plus âgés retrouvant les premiers amours qui leur ont donné des cornes sous le bout des pouces. De quoi déclencher l’enthousiasme des futuristes de tous poils qui trembleront d’excitation en apprenant que la Warner Brothers a acheté les droits d’exploitation de ce livre et que Universal Pictures s’est positionné sur le prochain, Armada, un autre roman de science-fiction.
Autre couverture :


Tau Zero
(Roman) SF / Hard science
AUTEUR : Poul ANDERSON (Usa)
EDITEUR : Pocket-SF 7160, 1/2015 350 p., 7.90
To : Tau Zero, 1970
TRADUCTION : Jean-Daniel Brèque
COUVERTURE : Manchu
Précédente publication : Le Bélial, 5/2012  304 p., 20
Critiques : actufs.com (Marie Marquez) Bifrost 68, 10/2012 (Jean-Pierre Lion) noosfere.com (Bruno Para)
Publié pour la première fois au Bélial après 40 ans d'oubli, ce roman est aujourd'hui repris en poche chez Pocket. L'occasion pour un large public de découvrir ou de redécouvrir Poul Anderson, l'un des monstres sacrés de l'âge d'or de la SF américaine. Les vieux lecteurs de Fiction et de la collection SF des éditions Marabout verseront une larme nostalgique en se rappelant les fameuses pages de La patrouille du temps, véritable pierre angulaire des récits de divergences temporelles, ou de Opération Chaos, narrant les aventures rocambolesques d'un loup-garou et d'une sorcière, sans oublier dans le domaine de la Fantasy l'inoubliable Peuple du ciel, puis la saga de Hrolf Kraki chez Garancière et le dynamique Dominic Flandry, héros de space opera de la série Agent de l'Empire terrien aux éditions Opta. Liste loin d'être exhaustive, tant cet auteur avait pris l'habitude de cultiver le célèbre sens of wonder anglo-saxon sous ses meilleurs auspices. Ici, il nous revient dans un roman se revendiquant de la hard SF moderne dont la thématique s'inspire des voyages intergalactiques et des Navire étoile à la E.C. Tubb. Nous voici donc embarqués sur le Leonora Christina avec une équipe d'une cinquantaine de scientifiques et de membres d'équipage triés sur le volet afin de rejoindre la lointaine étoile Beta Virginis pour tenter de découvrir une planète où la vie humaine pourrait prospérer. Forcé d'avoisiner la vitesse de la lumière pour parcourir ces incommensurables distances, le navire doit constamment accélérer (d'où la variable Tau du titre). Tandis que l'auteur s'attache à nous décrire les rapports humains complexes qui s'établissent au sein de cette coquille d'humanité en miniature, une panne du système de freinage pousse l'astronef à accélérer à l'infini avec, pour conséquence, l'impossibilité d'atteindre la cible tant recherché par cette première expédition interstellaire. Flirtant sans vergogne avec les paradoxes (on peut aller plus vite que la vitesse de la lumière qui est en soit indépassable!!) Poul Anderson nous propose un cours de physique loin d'être rébarbatif que vient habilement compléter la passionnante postface de l'astrophysicien Roland Lehoucq. Bien entendu, outre l'aspect scientifique proprement dit, l'intérêt du roman porte également sur les rapports humains finement décrits entre des personnages confrontés à un voyage sans retour où, besoin de croisements génétiques oblige, ils devront apprendre à faire tomber pas mal de tabous, comme par exemple la pérennité du couple. Des péripéties bien marquantes des œuvres de la fin des années 60 qui me rappellent un film où les survivants mâles de l'Humanité réfugiés dans une base polaire après une catastrophe atomique devaient se passer tour à tour les rares femmes restants afin de perpétrer l'avenir de l'espèce et d'assurer l'équilibre psychologique du groupe. Cependant, il ne faut pas croire pour autant que le roman est mal vieilli. Ce serait mal connaître le talent d'écriture de cet auteur qui, mieux que quiconque a su insuffler à cette aventure supra-humaine un incontestable souffle poétique comblant les attentes d'un lecteur qui tout au long de ces 350 pages n'aura pas vu passer le temps, autre sujet fondamental du roman. A lire donc pour tous les amoureux de la SF qui ne pourront que se féliciter la découverte tardive de cette perle dont la mise en français a été assurée par le méticuleux Jean-Daniel Brèque, auteur également de la préface du livre.
Autre couverture :