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vendredi 27 avril 2018




♦ Le sortilège de minuit ♦(Roman) Jeunesse / Fantastique
AUTEUR : Irena BRIGNULL (Angleterre)
EDITEUR : GALLIMARD JEUNESSE-Pôle Fiction, 3/2018 — 448 p., 8.15 €
SERIE : Les sorcières du Cland du Nord 1
TO : The hawkweed prophecy Book 1, 2016
TRADUCTION : Emmanuelle Casse-Castric
COUVERTURE : Antonin Faure
Précédente publication : Gallimard Jeunesse-Hors Collection, 4/2017 —  368 p., 17.50 € — Couverture de Antonin Faure
→ Tout commence comme dans le célèbre La vie est une long fleuve tranquille, par un échange de bébé. Mais voilà, ce dernier n’est pas du à une simple erreur humaine, mais découle du plan savamment mûri de la sorcière Crécelle. Figure dominante du clan des Sorcières du Nord, elle compte bien anticiper la prophétie qui désignera la future reine des sorcières en éliminant la fille de sa sœur. Et c’est ainsi que Poppy se retrouve exilée chez les humains, tandis que l’innocente Clarée prend sa place au sein de la communauté des ensorceleuses vivant cachées dans les profondeurs de la forêt. Comme de juste, au fur et à mesure qu’elles grandissent, les deux jeunes filles ne se sentent pas à leur place au sein de l’univers qui leur a été imposé. Poppy, évoluant dans un couple formé par un père la plupart du temps absent et une mère internée dans un centre psychiatrique, affiche toutes les caractéristiques d’une adolescente pommée incapable de rester dans les divers lycées qu’elle fréquente et perturbée par les phénomènes étranges dont elle semble être depuis toujours involontairement à l’origine. De son côté, Clarée n’est guère mieux lotie. Privée de magie, incapable de jeter le moindre sort, elle a très vite été traitée comme une paria chez ses supposées consœurs et obligée de vivre recluse à l’intérieur d’une roulotte. Or voilà que l’impossible se produit. Alors qu’elles vivent chacune aux antipodes du pays, le déménagement de Poppy va provoquer la rencontre fortuite entre ces deux adolescentes. Et, bien qu’elles soient profondément différentes, autant sur le plan physique que mental, le courant passe entre les deux jeunes filles qui vont tout de suite s’apprivoiser en s’improvisant comme guides pour partir à la découverte de leurs univers respectifs. C’est ainsi que pendant que Poppy tentera de s’initier aux potions de sorcières, Clarée fera l’apprentissage des multiples plaisirs qui accompagnent les journées d’une jeune fille moderne. C’est donc un véritable plaidoyer à la gloire de l’acceptation des différence qui est tranquillement distillé entre les pages de ce roman dont les tranches de vies nous entraînent sur les traces de deux personnages auxquels les jeunes lectrices auront aucun mal à s’identifier. Le livre prend une nouvelle tournure avec l’apparition de Léo, jeune et séduisant vagabond et seul véritable mâle du récit dans cet environnement essentiellement féminin où, en particulier chez les sorcières dont la communauté est dominée par l’exigence de leur Art, ils ne servent qu’en tant que reproducteurs. Bien entendu, dés son entrée en scène on pourrait penser qu’il va semer la discorde chez les deux nouvelles amies. Mais il en est rien car, tout de suite, le narrateur omniscient qui nous guide dans ce roman prend le soin d’indiquer que son attirance est toute entière tournée vers Poppy qui, malheureusement pour lui, gangrenée par la solitude qui a émaillé son enfance,  ne croit pas qu’elle est faite pour rencontrer le bonheur et l’amour en particulier. Et pendant ce temps, car n’oublions pas que nous somme dans un roman d’essence fantastique, la menace se rapproche du Clan du Nord sous la forme d’une prophétie qui risque bien de se réaliser  et de leur procurer bien des désagréments à travers le conflit qui les opposera au redoutable Clan de l’Est. Un premier roman qui s’apparente à une véritable réussite dans le sens  où le côté surnaturel s’harmonise à merveille avec les contingences des rapports compliqués de l’adolescence avec le background ambiant, premiers émois, difficulté d’immersion et d’acceptation dans un milieu qui parait à la fois déplacé et incompréhensible et où l’auteur, diplômé de littérature de l’université d’Oxford parvient à utiliser à fond son talent de scénariste confirmées (dont l’adaptation du Petit prince réalisé par Mark Osborne) pour nous offrir une œuvre dont le perpétuel réalisme et la densité émotionnelle permet à chaque page de rester accroché aux développements de l’intrigue.
Autre couverture :


Libération
(Roman) Fantastique
AUTEUR : Adrian TCHAIKOVSKY (Angleterre)
EDITEUR : GALLIMARD JEUNESSE-Hors Collection, 2/2018 — 288 p., 14.90 €
TRADUCTION : Bruno Krebs
COUVERTURE : Levente Szabo
→ Dans la tragédie classique l’unité de temps et de lieu était primordiale. Patrick Ness, l’auteur de la trilogie Le chaos en marche (Gallimard Jeunesse) ne l’a pas oublié. Il nous propose donc de suivre une journée d’Adam Thorn habitant la petite ville de banlieue de Frome, dans l’état de Washington. Rien à priori ne différencie Adam d’autres lycéens de son époque mal dans leur peau, sinon son homosexualité. Bien que patente depuis sa plus tendre enfance, elle n’a jamais pu être assumée. La faute à l’entourage catho évangélique dans lequel il évolue. Son père est un prêcheur rigoriste auprès duquel la notion de pêché que signifie l’attrait pour un autre sexe implique aucune compromission et sa mère, désespérément absente, au lieu de l’épauler, est sur la même longueur d’onde. Pourtant, dans l’espace d’une journée Adam va faire exploser le carcan qui asphyxie son existence placé sous l’ombre castratrice de Marty, le frère aîné parfait en toutes choses. Une journée assombrie par l’ombre amère de la fête donnée par Enzo son ex-petit ami, à qui il est encore profondément attaché en dépit des attentions de Linus, son nouvel amant. Tout le long de ces 24 heures primordiales Patrick Ness nous invite avec l’œil d’un voyeur à épouser  les pérégrinations de cet adolescent ballotté telle une boule de flipper par une vie à laquelle il s’accroche sans savoir comment réellement l’appréhender. Nous le suivons durant les courses faites pour sa mère, son jogging matinal, puis son arrivée au travail où il est en butte au chantage sexuel de son patron, avant le tête à tête oppressant avec son père qu’il doit aider à l’église, véritable mur d’incompréhension qu’il ne sait pas par quel bout aborder, pour finir par le rendez-vous avec sa sœur Angela, sa confidente, avec qui il doit mettre au point les derniers préparatifs de la fête d’Enzo. Vous me direz, à ce moment du résumé, rien de fantastique dans tout cela, sinon un simple roman de mœurs attachant et troublant de part le caractère intimisme de la relation que l’auteur parvient à nous faire nouer avec ce jeune garçon pommé. Mais c’est sans compter avec le talent de Patrick Ness qui, dés le début, a installé une deuxième intrigue dans son livre. Un récit alternatif qui se lit en parallèle et où nous sommes invités à suivre la trajectoire tourmentée de Katherine Van Leuwen, jeune fille assassinée, dont le fantôme ressurgi et remonte les rives de la rivière où elle a péri noyée afin d’exercer une cruelle vengeance sur le petit ami drogué dont elle a été la victime. Derrière elle la suit un étrange faune lié à la Reine d’un royaume fantastique qui pourrait bien déclencher tous les malheurs du monde si la vengeresse ne revient pas dans les limbes dont elle est issue. A travers les parcours de ces deux êtres que rien ne semble rapprocher, sinon la rivière sépulcre également proche du lieu de la fête d’Enzo, nous allons partager les émotions, les angoisses et les appréhensions d’une jeunesse qui sent inconsciemment se refermer sur elle les parois de murailles qui l’empêchent de vivre, mais qui n’a pas le courage de briser les briques construisant sa prison. Peur des sorties de routes et des conséquences du vol en éclat des vitrines de la routine encadré par la sécurisante quotidienneté d’une société sans saveur et sans avenir, exposition perpétuelle sous le regard intolérant de l’entourage et de la proche famille, impression d’être incapable de susciter l’amour et tout au contraire d’être exposé au rejet des siens, inquiétudes symbolisées par deux quêtes fondamentalement dissemblables, l’une bien terre-à-terre, et l’autre tout à fait surnaturelle, mais cependant tellement proches car portée vers une identique acceptation de soi. Pour Adam, elle consiste à ruer enfin dans les brancards, à exposer au monde ce qu’il est vraiment, et à s’accepter lui-même tout en se faisant accepter par les autres. Pour Kathie, elle se résume à un retour en arrière afin, avant de pouvoir exercer sa vengeance, d’analyser et d’intérioriser la suite d’événements qui l’ont conduits vers son destin tragique. Tout cela nous allons le comprendre au fur et à mesure que se tourneront les pages de ce livre, comme, si de matière subtile et diffuse, l’auteur nous tenait par la main et nous guidait vers les sentiers de l’émotion indispensables à découvrir et les territoires de l’empathie où le lecteur finit par confondre la mise en questionnement des deux principaux protagonistes avec le propre fatum qui influe sur son existence. Un grand livre donc servi par une couverture où le regard prend un malin plaisir à s’abîmer à la recherche d’un un monde tout à fois imprégné de mystères et pourtant viscéralement proche.

dimanche 26 mars 2017

La Panse
(Roman) Fantastique
AUTEUR : Léo HENRY (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 569, 2/2017 — 304 p., 8.20 €
COUVERTURE : Aurélien Police
→ Directement paru en poche, comme avant lui La case des continuums (également Folio SF) ce roman est un récit d’engloutissement, ou plutôt de lente ingurgitation, celle du héros Bastien Regnault par une société secrète, La Panse, qui tient ses mystérieux quartiers sous la dalle de La Défense. Musicien au chômage promenant dans les ruelles de l’Est Parisien son spleen et son éternelle solitude émaillée par les assauts de Sandra, son ex femme, qui voudrait lui confier la garde de leur fille Noéline, Bastien Régnault, à la suite d’un nouvel an bien arrosé, découvre un nouveau but à sa vie : retrouver Diane, sa sœur jumelle, dont le portable ne répond plus. Piratant son compte gmail, il finit par apprendre qu’elle a démissionné de la brigade des sapeurs pompiers de Nanterre qu’elle avait intégrée après son séjour dans l’armée. Ses investigations le mettent bientôt sur la trace de la Panse, société secrète millénaire dont les tentacules souterrains se déploient sous le bitume du quartier le plus high-tech de Paris. Invité au CNIT pour un symposium placé sous l’égide de Ptah et d’Enki, entité mythologique jusque là oubliée, il finit par intégrer les rangs de Neo Clean, une entreprise aux activités plutôt floue dirigée par Mariam Zacharie et son père. Le voilà donc fermement invité à participer aux séances de méditation journalières conduites par la fascinante Parvadhi étroitement liée au docteur Scheffner, spécialise des énergies, qui progresse à pas de géant au sein de l’organigramme occulte de La Panse. Désormais engoncé dans la peau d’un banal employé de nettoyage, il va entraîner le lecteur sur les traces de Diane, dorénavant accompagnée d’un homme plus âgé qu’elle se faufilant tel un fantôme à travers les rouages de cet univers en pointillé tortillant ses méandres au-dessous des tours un temps menacée par la folie des avions d’Alcaïda. L’intrigue, menée sans véritable digression, ne laisse pas au lecteur de le temps de reprendre son souffle et de s’appesantir sur les horreurs qui se dévoilent au fil des pages, lui susurrant une désagréable envie de fuir cette atmosphère pesante de complot et de surnaturel, sans pouvoir refermer le livre avant d’en avoir parcouru les ultimes soubresauts. Lovecraftienne, par certains côté, comme le revendique le quatrième de couverture, l’ambiance de ce récit est cependant d’une bien plus criante réalité que les écrits du solitaire de Providence et n’a pas besoin de convoquer un quelconque Cthulhu pour insuffler dans nos veines cette délicieuse sensation de frisson mélangée à une sorte de syndrome de Stockholm ressenti par une victime qui semble trouver du plaisir à contempler les liens qui la ligotent. Véritable tour de passe-passe mental servi par l’écriture fluide et désespérante de Léo Henry, ce roman imprime toute sa noirceur à la manière d’un puzzle frappé par la malédiction de la pièce manquante et s’acharne à mettre en exergue cette impression dérangeante des regards croisés sur les quais du métro ou le long des escalators racines plantés prés des buildings qui répètent comme un angoissant leitmotiv :  « Nous savons tous et nous fermons les yeux, nous avons plongés les recoins de nos âmes dans cette connaissance maudite  et il nous faut pourtant continuer d’avancer au rythme de nos petites existences dévorées par les mâchoires d’une modernité sans cesse en manque de proies expiatoires ».

vendredi 14 octobre 2016

Un autre
(Roman) Fantastique
AUTEUR : Christophe NICOLAS (France)
EDITEUR : POCKET-Science-Fiction Fantasy 7193, 4/2016 — 416 p., 8 €
COUVERTURE : Jamel Ben Mahammed
Précédente publication : Riez-Sentiers obscurs, 9/2010 — 420 p., 21.90 € — Couverture de B.
→ Basé sur le dédoublement de personnalité, thème cinématographique s’il en est, le premier roman de Christophe Nicolas publié aux éditions du Riez est aujourd’hui repris en édition de poche chez Pocket, et nous ne bouderons pas notre plaisir. En effet la trajectoire mouvementée de Samuel Marx, Sam pour les lecteurs plus intimes, qui le deviendront en suivant les péripéties émaillant ses trois jours de course effrénée où il tentera de s’accrocher à un quotidien qui le dépasse et d’en décortiquer les nébuleux contours. Tout commence par une séquestration plutôt musclé, quand Sam, enlevé est jeté sur la banquette arrière d’une voiture, puis enfermé dans un placard,  avant d’être convié avec un douloureux empressement à rembourser l’une des multiples dettes qu’il a contracté et qui a été racheté par Joseph Bosso, dit le Pendu, un redoutable mafieux. Sam parvient à s’échapper, se payant même le luxe d’emprunter la voiture du boss en personne, et le voilà qui débarque dans une petite bourgade paumée où il n’a jamais mis les pieds et où, pourtant, tout le monde semble le connaître. C’est d’abord le pompiste du coin, puis Franck, un policier municipal. Le hic c’est qu’ils l’appellent tous Vince. Normal puisque dans cet endroit il est Vincent Favale, un individu pas tout à fait recommandable, en qui il serait en quelque sorte incarné comme semble l’attester Ana qui le considère sans ambiguïté comme son époux. Episode de la quatrième dimension, trip après consommation exagéré de substances interdites, cauchemar ou simple accès de folie, Sam ne sait vraiment pas quelle option privilégier tandis qu’il s’enfonce à chaque instant un peu plus dans la fange d’une réalité autre qui le dépasse. Parti en quête de vérité il ne va pas tarder à croiser la piste du mystérieux inspecteur Kolowsky  chargé d’enquêter sur des meurtres de femmes après d’abominables tortures. Traqué par Mario et Paul, les sbires de Joseph Bosso qui ont tout intérêt à le retrouver s’ils veulent conserver leur intégrité physique, Sam n’aura aucune aide à espérer de Frank, le flic local, qui ne rêve que de le remplacer dans le lit et le cœur de sa femme. Servie par une narration à la troisième personne qui joue astucieusement sur l’alternance des points du vue, l’intrigue met peu à peu en place les éléments d’un puzzle qui chaque fois que l’on pense arriver à le terminer, se dissocient soudain pour nous inviter à le recommencer du début. Jamais, jusqu’à la fin du livre, le lecteur est en mesure de cerner les véritables relations liant le duo Sam/Vince, pouvant tour à tour être associés aux appellations de frères, jumeaux, sosies, sans qu’aucune ne lui colle radicalement à la peau. Thriller efficace flirtant avec le fantastique et la virée schizophrénique ce livre, savoureuse mise en bouche avant le scincefictif Le Camp à paraître bientôt chez Pocket, provoque une dérangeante sensation de malaise associé à l’impression de s’engluer avec son héros dans l’horreur d’une situation dont ils ne saisit aucun des tenants et aboutissements et pourtant à la quelle il est étroitement mêlée. Et c’est avec un sentiment pervers de voyeur que nous assistons à ses mouvements désespérées pour tenter d’échapper à la noyade de son esprit à travers le tourbillon d’une existence lancée sur les rails d’une folle aventure dont le concepteur a pris soin de supprimer toutes les options d’arrêt.
Autre couverture : 

samedi 27 août 2016

Talulla
(Roman) Fantastique / Vampire
AUTEUR : Glen DUNCAN (Angleterre)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 544 — 368 p., 10.50 €
SERIE : Le dernier loup-garou 2
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédentes publications : Denoël-Lunes d’Encre, 1/2014 — 480 p., 23.50 € — Couverture de Clément Chassagnard
→ Avec ce second de la série Le dernier loup-garou Glen Duncan continue sa narration à la première personne mais varie astucieusement les points de vue en nous proposant de suivre la trajectoire de Talulla, l’ancienne compagne de Jake Marlow, le loup-garou héros du premier tome et désormais disparu. Leurs ennemis communs, les vampires, sont bien sûr de la partie et ils interviennent très tôt dan l’histoire en surgissant dans la cachette située en Alaska où s’est réfugiée Talulla afin d’accoucher en toute tranquillité. En dépit de la protection de son favori Cloquet et de ses efforts éperdus, nous assisterons impuissants à l’enlèvement par les diaboliques suceurs de sang de son enfant à peine né. De nouveau sur pied, elle ne tarde pas à se lancer sur la piste des ravisseurs, les disciples de Remshi, un secte vampirique attendant la venue d’une sorte de messie qui serait le plus vieux et le plus puissant vampire du monde. Dans sa traque éffreinée Talulla va, non seulement devoir affronter les diaboliques êtres de la nuit, mais aussi se trouver confronté aux troupes de l’OMPO, l’Organisation Mondiale pour la Prédation des Phénomènes Occultes. Cependant, elle trouvera aussi de nouveaux alliés, comme Madeline, une ancienne amante de Jake transformée en loup-garou sans jamais avoir été mordue, et bien sûr Walker, de qui elle allait tendrement se rapprocher. Tendrement, c’est beaucoup dire avec des loups-garous dont les besoins en chair humaine ne sont en rien dissimulés. Jalonnant son parcours de citations empruntées au journal intime de Jake, dont l’ombre pernicieuse continue de planer sur le roman, Talulla nous entraîne dans une aventure mouvementée fertile en rebondissements dont le rythme infernal se baigne langoureusement dans le sexe et l’hémoglobine sans que pour cela l’ensemble donne une impression de trash ou de vulgaire série B. Revisitant la mythologie du loup-garou comme il l’avait fait dans le précédent tome du cycle, Glen Duncan nous propose d’observer avec la méticulosité du chercheur rivé à son microscope, un membre à part entière de cette espèce d’exception qui n’a pas pour autant oublié son humanité, réagissant par moment comme une jeune femme contemporaine immergée dans la modernité envahissante qui nous entoure. Une femme portée par les pulsions de son instinct maternel dont la trajectoire chaotique débouchera sur des révélations fascinantes sur le vampire qu’elle pourchasse. Un second tome qui continue de nous ouvrir le regard sur d’autres aspects de la monstruosité, ne cachant rien de son côté horrible et des cruels besoins qu’elle véhicule, tout en nous la rendant néanmoins, si ce n’est attachante, tout au moins pathétique et indéniablement captatrice d’intérêt. Un roman que l’on pourrait rapprocher de celui de S .G. Browne (Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère…et, retrouvé l’amour !) qui renouvelait pour sa part le mythe du zombie, paru également chez Folio SF en 2014.
Autre couverture :

jeudi 5 mai 2016

Le jardin des silences
(Recueil) Fantastique
AUTEUR : Mélanie FAZI (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 537, 1/2016 — 336 p., 7.70 €
COUVERTURE : Bastien Lecouffe-Deharme
Précédente publication : Bragelonne-L’Autre, 10/2014 — 256 p., 15 € — Couverture de Fabrice Borio
Après Notre-Dame aux écailles et Serpentine voici le troisième recueil de nouvelles de Mélanie Fazi, que les lecteurs de Fantasy et de Fantastique on appris à connaître, tant à travers ses textes empreints d'une pernicieuse mélancolie que par ses remarquables traductions notamment celle de la trilogie des Iles glorieuses de Glenda Larke. Dans Swan le bien nommé, nouvelle qui ouvre ce recueil on retrouve tout le talent de l'auteur capable de nous transporter derrière le miroir sans tain de l'histoire pour nous inviter à suivre les mésaventures d'une narratrice confrontée aux talents maléfiques de Marie-Anne, sa belle-mère envahissante, une femme qui ne tolérait pas les échecs et qui, après l'avoir fait fuir de sa propre maison, était parvenu à transformer son frère en un délicat mais pitoyable cygne. Heureusement l'autre Ole Ferme l'Oeil, pas le bonhomme au parapluie qui lui racontait des histoires le soir dans sa chambre, mais le grand prince noir dont l'ombre est synonyme de mort, saura lui trouver un moyen d'exprimer sa vengeance L'arbre aux corneilles est un conte de Noël dans lequel on entre sur la pointe des pieds pour écouter les confessions de la narratrice qui retrouve les émois de ses Noëls d'enfance à travers les présents qu'apportent d'étranges Corneille, le tout se confondant avec les fascinantes impressions provoquées par un début de grossesse. Miroir de porcelaine est un récit sur la création artistique, sorte de mythe de Frankenstein revisité avec une créatrice quelque peu dépassée face à l'automate qu'elle a conçu, le tout saupoudré d'une délicate et perverse sensualité. L'autre route débouche sur le fantastique à l'état pur quand un père ramenant sa fille  chez sa mère emprunte par mégarde une route qui conduit vers un univers parallèle hanté par des créatures inquiétante et dans lequel il aura le plus grand mal à ne pas se laisser sombrer,  Les sœurs de la Tarasque marque la première apparition du personnage du Dragon dans ce recueil. Ici, il s'incarne sous la forme de L'Avatar, un cracheur de feu capable de prendre forme humaine à qui sont destinées des élues, des jeunes filles élevés dans un couvent isolée, Rachel en fait partie, un grand honneur pour sa famille, mais pas pour elle, symbole de révolte emplie d'interrogations et bien décidée à ne pas se laisser corseter par les règles qui régissent ce monde de sacrifiées consentantes. Le pollen de minuit débute par une phrase choc qui, tout de suite capte l'intérêt du lecteur : « Chaque fois qu'un humain s'endort, une de mes sœurs s'éveille » et nous invite à découvrir l'existence de créatures fascinantes nées de la symbiose entre le monde du merveilleux et un cerveau humain enfin capable de rêver avec, à nouveau, de subtiles approches vers la naissance et la transmission. L'été dans la vallée raconte l'histoire d'un don, celui d'une jeune fille dotée d'une voix envoûtante dont sa vallée de naissance ne voudrait pour rien au monde se passer. Pourtant elle a décidé de quitter ce lieu, en dépit du désespoir de Noé, son copain de toujours, et parce qu'elle sent bine en elle les ravages vers lesquels le pouvoir qu'elle détient peut conduire. Le jardin des silences, qui donne son titre au recueil, nous entraîne dans ces petits recoins oubliés du monde que recèle la capitale parisienne ainsi qu'à l'intérieur des pensées d'une narratrice tourmentée comme aime si souvent nous les décrire Mélanie Fazi. Ici, le surnaturel se mélange au polar, tout en poésie et en tensions exacerbées à travers les apparitions d'un étrange bonnet et les tribulations d'une vie de couple dansant sur le fil du rasoir. Née du givre est avant tout une histoire de possession. Basée sur la thématique de miroirs elle nous narre avec un fatalisme rédhibitoire la trajectoire d'une sorte d'Alice qui, progressivement, se laisse engloutir par son propre reflet la dépouillant peu à peu de tout ce qui faisait sa personnalité dans un récit marqué par le sceau d'un horreur psychologique qui prend lentement aux tripes. Dragon caché, seconde intervention de la thématique des cracheurs de feu dans ce recueil, focalise l'intrigue sur Abel, un petit garçon mi-humain mi-végétal fruit des mutations engendrée par l'histoire d'une nature contaminée. On y découvre comment il va devoir faire face à la méchanceté de ceux qui ont décidé d'éradiquer tout ce qui semble bizarre ou simplement quelque peu différent de leur sacro-sainte banalité. Grâce au dragon caché, minuscule organisme intégré au sien dont le cœur battait à l'unisson, dont les chairs et le système nerveux s'entremêlaient étroitement et qui lui permettait, qu'il soit dragon d'eau ou de terre, d'air ou de feu, d'apprivoiser la nature et de la plier à sa volonté, il av parvenir à gravir peu à peu les étapes conduisant à l'âge adulte synonyme de force et de libre arbitre. Avec, au bout du chemin, les retrouvailles avec Providence, le dragon de terre de la pauvre Amalia victime de la folie des hommes et de leurs détestables préjugés. Un bal d'hiver revient sur la blessure de la perte, celle que causse la disparition d'un être cher. Pour la jeune Oriane, c'est sa mère, dont Judith, nouvelle compagne de son père, tente d'usurper la place. Mais, contrairement à Marie-Anne, la belle-mère sorcière de Swan le bien nommé qui ouvrait ce recueil, Judith est placé sous le signe de la bienveillance comme le prouveront les fantômes qui l'accompagnent et le son d'une flûte qui aidera Oriane à surmonter sa difficulté de continuer à vivre. Enfin Trois renards sous le prétexte de la fable fantastique campant les traits d'une violoniste capable de donner vie par son seul talents à trois renards qui transcendent son œuvre, Mélanie Fazi nous plonge en plein drame conjugal et offre un vibrant plaidoyer sur l'intolérable malaise de la violence entre êtres qui se sont aimés ou qui, pire s'aiment encore, avec pour phrase marteau, personne ne vous fait aussi mal que ceux qui vous connaissent le mieux, mais cependant une lueur d'espoir pour terminer ce remarquable recueil qui, comme l'auteur le précise dans une interview, alors que ses premiers textes étaient assez sombre, ouvre la voie vers de choses plus lumineuse.
Autre couverture :

lundi 12 janvier 2015

Les créatures de l’ombre
(Recueil) Fantastique
AUTEUR : Sheridan LE FANU (Irlande)
EDITEUR : PRESSES DE LA CITE-Omnibus, 2014 — 928 p., 29 €
TRADUCTION : Patrick Reumaux, Michel Arnaud & Elisabeth Gille
SOMMAIRE :
Préface : Le prince invisible de Dublin, de Alain Puzzuoli
Introduction :
L’oncle Silas (Tr. : Patrick Reumaux)
Dans un miroir piqué :
Thé vert (Tr. : Elisabeth Gille)
Le guetteur (Tr. : Patrick Reumaux)
M. le juge Harbottle (Tr. : Elisabeth Gille)
La chambre de l’auberge du Dragon Volant (Tr.: Michel Arnaud)
Carmilla
D’une fenêtre, à mi-voix (poême) (Tr. : Patrick Reumaux)
Paru en 1864, L’oncle Silas demeure un modèle de la littérature gothique avec ses grandes maisons sombres et mystérieuses, ses crimes inexpliqués, ses jeunes demoiselles en détresse. Toutefois, le surnaturel n’y apparaît que sur la pointe des pieds puisque la jeune héroïne, à la suite du décès de son père, riche gentilhomme campagnard anglais, se trouve confrontée à la menace d’un mariage forcé et doit lutter contre l’emprise de son tuteur légal, le maléfique oncle Silas, ainsi qu’à celle de la non moins inquiétant Madame, gouvernante française dont il préférable de ne jamais croiser la route. C’est donc plus un thriller qu’un véritable récit fantastique, celui-ci n’étant qu’épisodiquement suggéré au fil des pages, que nous sommes invités à lire dans la nouvelle traduction de Patrick Reumaux pour ce récit que la grande romancière britannique Elisabeth Bowen a qualifié de roman de terreur. Dans les textes qui suivent nous avons l’occasion de nous plonger dans les méandres de l’esprit tourmenté de ce romancier irlandais dont le nom de Le Fanu provient de l’ancien terme désignant les huguenots français fuyant les persécutions des guerres de religions. Le guetteur est la première mouture de The Watcher, parue en 1847 dans le Dublin University Magazine, qui fera l'objet d'une nouvelle traduction pour devenir deviendra The Familiar (Le Familier) en rejoignant, dans une version légèrement remaniée, le recueil A Glass Darkly (Les créatures du miroir), publié en1872. Thé vert nous dépeint les angoisses du révèrent Jennings hanté par un mauvais esprit ayant adopté la forme d’un singe noir qu’il est le seul à voir au point que son ami, le docteur Hesselius, à qui il confie sa hantise pensera qu’il a abusé du thé noir, seule explication rationnelle pour lui des manifestations qui perturbent le révèrent. La chambre de l’auberge du dragon volant est un parfait exemple du récit d’épouvante narrant les aventures d’un jeune anglais témoin de meurtres sauvages dans une auberge de campagne. Un récit adapté au cinéma par le réalisateur Calvin Floyd en 1981 sous le titre The sleep of death et dont le sujet aura été également traité, mais de manière plus humoristique, dans la célèbre Auberge rouge de Claude Autan-Lara. Mr le juge Harbottle avec son inquiétant plaignant qui assigne Monsieur Justice devant la haute Cour, est pour sa part un récit que l’on peut classer dans la thématique du double. Mais c’est surtout Carmilla, repris en fin de volume, qui a marqué son temps. En effet, l’histoire de Laura, petite fille d’un gentilhomme anglais installée en Styrie, qui va peu à peu succomber à l’envoûtante emprise de Carmilla , une jeune inconnue ayant croisé sa route, exprime à merveille tout le talent de le Fanu pour décrire les émotions troubles pouvant s’emparer de ses personnages mystérieux et fragiles, sans cesse en équilibre entre le réel et le fantastique. Tandis que dans la campagne environnante les indices dénotant une présence vampirique s’accumulent, le lecteur assiste à l’inexorable fuite en avant de Laura, captivé par l’amour que lui prodigue cet être mi-femme mi-vampire chez qui Bram Stoker a pu puiser son inspiration pour son immortel Dracula, tandis que Roger Vadim sut en tirer son mémorable film Et mourir de plaisir qui faisait la part belle à la dimension saphique de l’histoire. Conclu par le poème D’une fenêtre, à mi-voix, ce recueil s’inscrit une nouvelle fois comme une réussite dans le catalogue des Omnibus des Presses de la Cité qui a déjà su nous offrir dans la même thématique de véritables petites merveilles avec ses collectif Vampires. Dracula et les siens et Les chefs d’œuvre du fantastique ou le Dracula et autres chefs d’œuvre de Bram Stoker.

dimanche 24 août 2014

Les lois de l’été  
(Livre illustré)
AUTEUR : Shaun TAN (Australie)
EDITEUR : GALLIMARD JEUNESSE-Albums juniors, 5/2014 — 52 p., 19.90 €
TO : Rules of Summer, Lothian Children’s Book, Australie & Nouvelle-Zélande 2013
TRADUCTION : Anne Krief
COUVERTURE & ILLUSTRATIONS : Shaun Tan
→ Les lois de l’été sont un ravissement. Non seulement car l’auteur, Shaun Tan est un maître reconnu de l’illustration récompensé mondialement par de nombreux prix (Angoulême, Astrid Lindgren, Cristal d’Annecy, etc…) mais aussi parce que la présentation à l’italienne de l’album proposé par les éditions Gallimard (format 300 x 280) met singulièrement en valeur les pages sorties de l’imagination débridé de ce dessinateur hors normes. Dés l’ouverture du livre, la première phrase, « Voilà ce que j’ai appris l’été dernier », résonne à nos yeux pareille au célèbre « Dans un trou vivait un hobbit » du Bilbo de Tolkien. L’amorce est une invitation au rêve que la lapin géant rouge des toutes premières planches nous invite à suivre à la manière d’une Alice au merveille version hard de Lewis Carroll. La suite n’est qu’une plongée dans l’absurde, le surréel et l’étrange où se croisent décors de fin de monde à la Thomas Disch, ménagerie kafkaienne, images brussoliennes (celui des Crache-béton ou des Mangeurs de muraille) tout en empruntant aux paysages de Bosch, et même aux impressionnistes avec des natures mortes saisissantes de vérité. Et puis il y a la couleur qui éclaire en contraste ce monde déshérité, une couleur qui explose en taches rouges, jaunes, bleues, vertes, dynamisant l’incongruité de certains personnages issus d’une ménagerie carnavalesque. Enfin, n’oublions pas le texte. Des phrases simples, souvent astucieusement décalées par rapport au support iconographique, qui ouvre l’esprit vers des chemins empruntant les thématiques de la liberté, de la quête des origines, de l’appréhension envers les dangers de notre quotidienneté le tout imbibé dans le cocon vorace de notre société urbaine et remuant dans nos entrailles cervicales des axiomes comme l’amitié, la fraternité, la solitude, la rivalité. En résumé, la description d’un univers basé sur la relation avec l’autre, qu’il soit caché derrière une porte énigmatique ou à ses côtés, l’ensemble fonctionnant sous forme d’énigmes à tiroirs que le lecteur est invité à déchiffrer. Confronté à la présence fascinante de chacune de ces pages, ce dernier, un peu comme face à un tableau invitant à une relation sensorielle envahissante, se trouve à la fois embarqué dans une approche de l’image toute personnelle, mais qui ne demande qu’à être réinventée au rythme des relectures et de la découverte de détails ou d’une atmosphère insoupçonnés qui se dégagent en perspective face à l’interprétation de notre propre imaginaire mise en relation avec la palette d’impressions tout, azimut que nous offre l’auteur. Un seul conseil pour en finir : ouvrez ce livre avant de vous endormir et, je vous le promets, rêves ou… cauchemars seront au rendez-vous lorsque vous fermerez les yeux.

mercredi 5 février 2014

Moi, Lucifer
(Roman) Fantastique / Diable / Religion
AUTEUR : Glen DUNCAN (Gb)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 468, 12/2013 – 350 p., 7,90 €
TO : I, Lucifer, Scribdner, 2002
TRADUCTION : Michelle Charrier
COUVERTURE : Bastien Lecouffe Deharme
Précédente publication : Denoël-Lunes d'Encre, 9/2011 – 304 p., 21 € - Couv. : Tom Ridley
Critiques : www.actusf.com (Jérôme Vincent) – Brifrost 65, 1/2012 (Olivier Girard) – www.noosfere.com (Bruno Para) – www.phenixweb.net (Georges Bormand) – www.scifi-universe.com (Manu B.)
→ Comme d'autres lecteur avant moi, avant de me plonger dans ce livre j'ai pensé au Hal Duncan dont les éditions Denoël nous avaient déjà fait connaître le passionnant dyptique Encre/Vélum, avant de réaliser que bien, que la thématique Enfer/Paradis soit proche du fameux Livres des heures de l'auteur écossais, Glen l'Anglais oeuvre lui dans le cadre, non de la fresque apocalyptique, mais plutôt dans ce lui de la confession intime digne du divan des psychanalystes. Et pour cela il nous propose comme sujet d'étude un patient dont ce cher Freud aurait sûrement rêvé : le Diable en personne. Un Lucifer à qui Dieu, toujours magnanime, propose en guise de Rédemption, d'aller occuper pendant 30 jours (n'y-a-t-il pas des relents de Sodome dans tout ça?) le corps de Declan Gunn, un écrivain dépressif récemment suicidé. Une occasion que le Prince des ténèbres, inventeur entre autres choses du rock'n'roll, de la fumette, de l'astrologie et du fric, ne peut pas refuser. Non qu'il soit particulièrement travaillé par les remords et par l'envie d'aller écouter les joueurs de harpes du Paradis, mais plutôt parce que sa petite queue de Mâlin (entendez l'appendice caudal qu'on lui attribue dans certaines représentations fourchues) frétille à l'avance à l'idée expérimenter dans un corps humain tous les plaisirs (entendez les perversions dans son optique) qu'il a depuis des millénaire susurré à l'oreille des hommes. Le problème dans tout ça c'est que le Declan en question a tout du looser. Paumé professionnellement, affublé d'un physique que l'on ne remarque pas, il est en plus possesseur d'une petite bite, un comble pour un Prince des Ténèbres qui raffole des plaisirs de la chair. Alors, le Père du Mensonge, engluée dans cette existence minable, finit par s'ennuyer, ce qui le pousse, lui, le bouillant par essence, à nous raconter sa vie, ou plutôt à revisiter les grandes lignes de l'Histoire Biblique en n'omettant aucun détail, ni sur la prétendue tranquillité du Jardin d'Eden, ni sur sa brouille avec le Père Tout Puissant. Et, emporté par son élan, l'Ange Déchu le plus célèbre du monde, s'envole dans une suite de confessions où il prend à son compte et assume sans faux fuyant toutes les horreurs de l'Humanité. Pédophilie, des prêtres en particuliers, nazisme, meurtres d'enfants, tout y passe à travers un ensemble de digressions où l'on se rend vite compte que, même s'il commence à mieux comprendre la nature de la condition humaine à travers ce séjour dans le corps de Declan, le Diable sera toujours le Diable. Ecrit sans ménagement et à la première personne ce livre dont l'humour noir se hisse au niveau du Blasphémateur Suprême, se lit comme si on était emporté par les flots d'un fleuve de paroles les unes les plus dérangeantes que les autres qui viendraient se jeter dans une Mer d'immondices, de sadisme et autres cruautés délicates plus imprégnée d'autosatisfaction que de besoin de justification. De quoi envoyer les adversaire du mariage pour tous et de la loi de la Famille non pas seulement dans la rue, mais prendre la Bastille des préjugés cette fois pas seulement bafoués mais écrasés sous le talon d'un dandy décadent qui site Heinrich avec complaisance et qui flatte l'égo de certains membres du show business en leur faisant miroiter le projet d'un film sur la Création. Donc, attention, de roman qui a réellement attiré l'attention du cinéma, avant que le projet d'adaptation avec Ewan Mcgregor, Daniel Craig et Jude Law, n'échoue, est une véritable petit boulet rouge envers la religion qui, si l'on parcourt l'abondant matériel critique qu'il a suscité lors de sa première publication chez Lunes d'Encre, ne laisse pas indifférent, et après tout... n'est-ce pas le but ultime d'un livre.
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dimanche 2 février 2014


Le retour des morts
(Roman) Fantastique / Morts-Vivants
AUTEUR : John Ajvide LINDQVIST (Suède)
EDITEUR : POCKET-Science-Fiction, 7158, 1/2014 – 410 p., 8,10 €
TO : Hanteringen av ododa,
TRADUCTION : Carine Bruy
COUVERTURE : Axel Mahé
Précédente publication : Editions Télémaque, 6/2012 – 368 p., 22 €
Critiques : www.actusf.com (Stéphanie Giard) - Bifrost 68, 10/2012 (Olivier Girard)
Véritable Ovni de la littérature suédoise, John Ajvide Lindqvist né à Stockholm en 1968, exerça le métier de prestidigitateur et de comédien de stand up pendant 12 ans avant de faire paraître son premier roman, Laissez-moi entrer, best-seller international adapté deux fois au cinéma, dont l'une sous le ,titre de Morse. Il nous revient ici avec un second livre qui fera le bonheur des habitués de Canal plus qui ont pu découvrir l'année dernière la série franco-suisse Les Revenants. Car le thème de ce livre part d'un postulat identique ; le retour à la vie de trépassés qui, normalement, n'avaient plus rien à faire sur Terre. L'histoire débute en août 2012, alors qu'une chaleur accablante s'abat sur la capitale suédoise dont les habitants souffrent d'une migraine généralisée aussi tenace qu'inexpliquée. Survient alors un terrible orage électrique et les céphalées disparaissent, laissant la grande cité nordique a sa morosité quotidienne, sauf qu'elle compte deux mille habitants environ en plus, des morts des deux derniers mois cicronscris dans le périmètre de Stockolme, et mystérieusement revenus à la vie. Pas d'ambiance à la Romero ou à la Walking Dead dans les pages qui suivent. On est bien loin de l'image stéréotypée du zombie mangeur de chair qui a fait la fortune des films de série B. Non, par l'intermédaire de ces personnages pas du tout agressifs, c'est à une véritable enquête socio-culturelle menée sous un angle journalistique que le lecteur est convié. Très vite en prises avec le réel par le prisme d'observateurs ordinaire, comme un ivrogne cuvant son vin qui assiste aux premières manifestations du phénomène, nous allons être invités à pénétrer tout autant dans l'intimité de ces « revivants » que dans celle de leur famille surprises en plein deuil. Quatre jours durant nous suivrons l'évolution de cette épidémie hors normes traitée avec la rigueur d'une véritable enquête journalistique riche en pièces jointes numérotées (témoignages, articles, communiqués de presse, etc..) tandis que l'auteur nous guide, heure après heure, lieu après lieu, famille après famille, par narration alternée sur la trace de ces étranges « épargnés de mort ». C'est une étude approfondie sur la mort qui nous est proposée tout au long de ces pages par le biais de cet élément fantastique. Une étude où, à travers les réactions des personnages en première ligne, tout autant les« revivants » que ceux qui les ont perdus, puis subitement retrouvés, nous allons être poussés à nous poser la question : Qu'aurions-nous fait à leur place ? A la fois rendu terriblement réaliste par l''aspect reportage incluant la réaction des autorités dépassées par l'événement, le récit nous oblige à une réflexion sur la thématique de la mort proprement dite ici abordée sans concession par le prisme d'une 'horreur qui ne porte pas de masque, mais avec une indéniable poésie et des moments d'intenses émotions qui ne peuvent pas laisser insensibles. Si avec son premier roman Lindqvist avait voulu revisiter les poncifs de la littérature vampirique, il démontre avec ce second livre tout son talent pour remettre au goût du jour un autre archétype de la veine fantastique que l'on aurait pu croire exploité jusqu'à l'épuisement et que son style narratif bien particulier dépoussière avec un brio et une ardiesse qui nous laisse attendre avec impatience quel sera le nouvel angle d'approche de son prochain roman.
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mardi 15 octobre 2013

Le vaisseau ardent
(Roman) Fantastique / Pirates
AUTEUR : Jean-Claude MARGUERITE (Fr)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 453, 4/2013 — 1562 p., 14,50 €
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Denoël, 5/2010 — 1294 p., 30 € — Couv. : Valsecchi, Alinari, Roger-Viollet
Critiques : www.actusf.com (Chloé) - Bifrost 60, 23/1/13 (Olivier Legendre) – www.cafardcosmique.com (Ubik) - www.noosfere.com (Gaëtan Driessen & René-Marc Dolhen)
Né d’un conte destiné à être lu à son fils, puis comme une nouvelle à paraître dans une revue italienne sur la navigation de plaisance, l’histoire du Vaisseau ardent s’est imposé à Jean-Claude Marguerite, comme un récit interminable dans lequel il a fallu tailler et resserrer afin que le livre aboutisse, et que cette formidable aventure qui lui a pris de nombreuses années de sa vie soit enfin partagée. Tout commence par l’évocation des souvenirs du capitaine Petrack lorsque, au côté de son ami Jack, le jeune Anton, il rêve d’aventure et de piraterie sur les bords d’un petit port de la Yougoslavie de Tito. Un désir alimenté par l’histoire du Pirate sans Nom, un mystérieux flibustier dont personne n’a retenu les fabuleuses péripéties, que leur narre l’Ivrogne en échange de bouteilles de mauvais rhum. Disparu sans laisser de trace ce forban hors du commun aurait accumulé sur une île déserte le plus fabuleux trésor que la Terre ait jamais connu et laissé derrière lui l’énigmatique légende du Vaisseau Ardent, un navire qui ne cesse jamais de se consumer.. Mais l’Ivrogne meurt noyé avant de pouvoir leur en dire plus. Passé à l’âge adulte, Anton décide de donner corps à cette légende, et devient à son tour un pirate des temps modernes lancé dans une quête qui durera sa vie entière. Une quête qui le conduira à errer sur toutes les mers du mondes, à fouler le sol des cinq continents, à faire la connaissance de Nathalie Derenoy, une jeune fille dont la famille poursuit les mêmes recherches depuis des générations, pour finir par découvrir que l’énigme du Pirate Sans Nom en cachait une autre, bien plus vieille, celle du Vaisseau Ardent. Dés lors le lecteur est entraîné dans une intrigue composée de plusieurs récits étroitement imbriqués les uns dans les autres, comme les souvenirs de Petrack, les histoires de l’Ivrogne et la vie du fameux Pirate Sans Nom. Abordant le mythe de l’Arche de Noé et du Déluge, les légendes du Buisson Ardent qui jamais ne se consume et de la Fontaine de Jouvence que tant d’hommes ont recherché en vain, ce premier roman de Jean-Claude Marguerite nous propose également un détour par la mystérieuse Ile Eléphantine, cet oasis des temps premiers remontant à l’époque pharaonique, ainsi qu’une imitation du Neverland de Peter Pan et un voyage vers les utopies originelles à la Thomas More avec la légende de la colonie Libertalia, censément fondée par un pirate français nommé Mission au XVII° siècle. Véritable enquête à la Indiana Jones conduite par le « Sherlock Holmes des mers » qu’est devenu Anton Petrack, cette aventure parfumée par les embruns du large se perd dans les brouillards hantés par les étraves des vaisseaux fantômes et la légende du Hollandais Volant, tout en s’appuyant sur les épisodes bien plus concrets que, grâce à ses méticuleuses recherches, l’auteur a pu tirer des récits des flibustiers des caraïbes, de ceux des Frères de la Côte, des Pirates du Nord de l’Europe, de ceux de l’Adriatique ou du corsaire Jean Lafitte. L’ensemble s’article au rythme d’une technique de narration parfaitement élaborée qui emprunte à plusieurs styles littéraires : narration classique, récit de seconde main, journal intime, pièce de théâtre, correspondance, retranscription de légendes orales, comme si, à chaque pan de l’histoire le besoin s’était fait sentir de procéder à une transmission à travers des aventures vécues par procuration. Un texte volumineux porté par une soin particulier apportée au noms riches en symbole des protagonistes (Fureteuse, Pue-la-Mort, Mères des Anges, etc…) mais aussi par la complémentarité des oppositions (Feu-glace, jeunesse-vieillesse) donnant plus d’épaisseur à des personnages dont nous sommes invités à partager toutes le lourd passif émotionnel qui donne encore plus de sens à leurs destinés peu communes. Véritable jeu de piste où l’auteur s’amuse à déconstruire sa narration, à rebondir de digressions en digressions, pour mieux nous ramener vers le cœur de l’intrigue, ce roman imprégné d’influences littéraires puisées au cœur de l’histoire de la piraterie et des grands récits maritimes, tels que L’île au trésor de Stevenson ou le Monfleet de John Meade Falkner, nous invite également à une réflexion sur les rapports étroits que l’Histoire entretien avec les mythes et les légendes, proposant ainsi un inoubliable moment de lecture digne de figurer sur les rayonnages des bibliothèques des découvreurs de nulle part des arpenteurs d’imaginaire. Une autre perle à ajouter aux colliers des rééditions que nous offre la collection Folio SF des éditions Gallimard, comme le Déchronologue de Stéphane Beauverger ou, plus récemment, Le fleuve des dieux de Ian McDonald. Né en Normandie en 1955, Jean-Claude Marguerite habite en Ile-de-France, il enseigne la PAO à Paris III et travaille dans l'édition comme graphiste et responsable technique. Le vaisseau ardent, écrit sur une période de dix-huit ans, est son premier roman, un projet unique dans la littérature française contemporaine.
Autre couverture :

lundi 23 septembre 2013

Histoires terribles
(Recueil) Fantastique
AUTEUR : Edgar Allan POE (Usa)
EDITEUR : Flammarion Jeunesse, 8/2013 — 254 p., 6,10 €
COUVERTURE : Aurélien police
SOMMAIRE :
Avant-propos : Danielle Martinigol
Poe précurseur du roman fantastique : Metzengerstein – William Wilson – Le chat noir – Le coeur révélateur – Bérénice – Ligeia – Le corbeau – La chute de la maison usher
Poe précurseur du roman policier : Double assassinat dans la rue Morgue – Le mystère de Marie Roger
Poe précurseur du roman d'aventures : Les aventures d'Arthur Gordon Pym de Nantucket
Poe précurseur du roman de science-fiction : Aventures sans pareille d'un certain hans Pfaall – Le canard au ballon
Poe auteur satirique, un aspect méconnu de son oeuvre : La semaine des trois dimanches – Le mille et deuxième conte de Schéhérazade
Conclusion : La genèse d'un poème - Ombre
→ Admirable idée que celle de Danielle Martinigol d'offrir aux jeune lecteurs un aperçu de l’œuvre de celui qui restera l'une des plus grandes gloires littéraires des Etats-Unis, méconnu dans son propre pays, mais largement diffusé en France aux traductions enthousiastes de Charles Baudelaire, pour les textes en prose, et de Mallarmé, pour les poèmes. Dans sa passionnante préface notre chère professeur de français aujourd'hui à la retraite et auteur de nombreux récits pour la jeunesse, s'efforce de dépoussiérer le mythe Poe de tout l'attirail sulfureux (drogue, alcool, jeux, etc...). De même, si elle ne manque pas de rappeler son enfance marquée par la perte très jeune de sa mère et de son père, tuberculose pour la première à 24 ans, et alcoolisme pour le second à 26, elle réfute l'étiquette d'écrivain maudit que Charles Baudelaire contribua à alimenter sur sa nature profonde. Reprenant les principales étapes de sa vie, Danielle Martinigol nous aide à comprendre ce qui a fait toute l'originalité de son œuvre, par cela, elle a pris le partie de nous présenter des extraits, soigneusement choisis de ses principales réalisations. Poe étant, avant tout, un auteur éclectique que les passerelles entre les genres étaient loin de rebuter, elle nous propose une approche par thématique afin de mieux appréhender toute la spécificité de son parcours. C'est ainsi que nous allons découvrir tour à tour un Poe précurseur du roman fantastique avec des extraits de Metzengerstein – William Wilson – Le chat noir – Le coerce révélateur – Bérénice – Ligeia – Le corbeau – La chute de la maison usher ; un Poe précurseur du roman policier avec Double assassinat dans la rue Morgue – Le mystère de Marie Roger ; un Poe précurseur du roman d'aventures avec Les aventures d'Arthur Gordon Pym de Nantucket ; un Poe précurseur du roman de science-fiction avec Aventures sans pareille d'un certain hans Pfaall – Le canard au ballon ; un Poe auteur satirique, avec un aspect méconnu de son oeuvre : La semaine des trois dimanches – Le mille et deuxième conte de Schéhérazade. En conclusion Danielle Martinigol nous propose de laisser la parole à Poe en personne pour nous conter la genèse d'un poème et finir sur un court texte, Ombre, qui, en une seule page, exprime toute la densité de l'écriture d'un auteur que l'on aura pris un immense plaisir à découvrir ou à redécouvrir à travers ce remarquable petit livre à la couverture signée Aurélien Police, également grand arpenteur des territoires de l'imaginaire.