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jeudi 12 décembre 2019


Les griffes et les crocs (Roman) Civilisation Dragon
AUTEUR : Jo WALTON (Gb)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 643, 9/2019 — 480 p., 8.40 €
TO : Tooth and claw, Tor Books, 2003
TRADUCTION : Florence Dolisi
COUVERTURE : Alex Tuis
Précédente publication : Denoël-Lunes d’Encre, 8/2017 — 412 p., 21.90 €/Couverture de Aurélien Police
→ Ce nouveau roman de l’auteur galloise du cycle de Morwenna débute par l’agonie de Bon Agornin, un énorme dragon, assisté dans son trépas par Penn, un prêtre dragon, qui s’empresse de lui dévorer les yeux dés qu’il a recueilli ses dernières paroles. Un entrée en matière plutôt déroutante pour un lecteur lambda qui ne sait pas encore qu’il va vivre dans prés de 400 pages au sein d’une société de dragons très anthropomorphe. Celle-ci se caractérise par deux points principaux. D’abord, son obédience victorienne car, pour écrire se lire, Jo Walton aurait pris pour modèle le récit du célèbre auteur britannique Anthony Trollope, Framley Parsonnage. Dés lors on ne s’étonnera guère de voir nos chers dragons évoluer selon un strict code de convenance débouchant sur des catégories sociales bien définies où les nobles occupent le haut du pavé. Gros et imposants, ils peuvent voler, sont à la tête d’un fief et de richesses considérables en rapport avec leur statut social (Illustre, Respecté, Digne Eminent) et dominent tout un peuple de serfs aux ailes attachées. Bien entendu l’ensemble de ce monde est avant tout patriarcal et les femmes, qui ne peuvent tomber amoureuses qu’une fois, émoi trahi par le subit rosissement de leurs écailles, ne pensent qu’à trouver l’élu de leur cœur qui leur assurera protection et longue descendance. Cette dernière d’ailleurs nous permet de rebondir sur l’autre originalité de ce roman : nos dragons sont des cannibales. En effet, à la mort de Bon Agornin, sa famille s’est empressée de se partager sa carcasse, car les dragons ne peuvent grossir, et dés lors acquérir plus de puissance, qu’en mangeant de la viande d’autres dragons. Un repas de fête qui, comme de juste, est réservé aux nobles, ne dédaignant pas, à l’occasion, à ingurgiter leurs propres enfants si ceux-ci présentent des faiblesses qui pourraient nuire à l’épanouissement de leur lignée. Ces agapes ne sont pas toutefois sans conséquences, car, frustrés par la part de roi que l’Illustre Daverak, l’époux de Beren, l’une des filles de Bon Agornin a prélevé dans la dépouille du défunt, ses autres enfants, l’ambitieux Avan en tête, lui intentent un procès pour spoliation de bien. La suite du roman va se construire à cheval sur le déroulement de cette procédure judiciaire et sur les péripéties amoureuses de Haner et Selendra, sœurs de couvées et autres filles de Bon Agornin. Au fil de demandes en mariages successives, de séquestrations et de manigances en tous genres, nous allons être invités à partager les préoccupations, souvent bien terre à terre, d’une société refermée sur elle-même qui permet à Jo Walton de parfaire sa critique de moeurs victoriennes empreintes de sauvagerie et de cruauté sous des atours poudrés et des apparences de bonnes manières. Le lecteur français friand de romantisme anglais y retrouvera des accents à la Jane Austen, plus connue que Trollope de ce côté-ci de la Manche, et ne pourra que se plonger avec une surprise mêlée d’une certaine admiration dans cette façon souvent drôle et originale d’aborder ce qui fut une période clé de la vie de nos chers voisins britanniques sans omettre les rapports avec le religieux et l’importance du joug de la servitude, certains fidèles valets allant jusqu’à finir dans l’estomac de leurs maîtres. Un roman surfant avec brio sur le mélange des genres, sans oublier une nette connotation féministe nous présentant des dragonnelles qui compensent leur absence de griffes, avec le déficit physique que cela représente pour affronter les mâles, par la présence de mains qui leurs permettent d’écrire et ainsi de se prévaloir d’une indéniable supériorité intellectuelle sur leurs pères, leurs frères et leurs époux. Un livre donc à découvrir pour tous ceux qui ont déjà apprécié le talent de cet écrivain, auteur notamment de la trilogie uchronique du Subtil changement, également parue chez Folio SF.
Autre couverture :

jeudi 22 août 2019


Pierre-de-vie
(Roman) Fantasy
AUTEUR : Jo WALTON (Grande-Bretagne)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d'Encre, 5/2019 — 329 p., 21.90 €
TO : Lifelode, Framingham, Massassuchets, 2009
TRADUCTION : Florence Dolisi
COUVERTURE : Aurélien Police
→ Lire un roman de Jo Walton s'est comme descendre les eaux calmes du Mississipi accompagné de Tom Sawyer en prenant le temps de s'arrêter pour flâner sur les berges et de s'intéresser à l'insignifiance des choses. Le temps, justement, dans ce nouveau roman que nous propose de découvrir les éditions Denoël et leur remarquable collection Lunes d'Encre est une entité protéiforme qui s'écoule différemment selon l'endroit où l'on se trouve, plus rapidement quand on se dirige vers l'Est, plus doucement quand on va vers l'Ouest, et cela, bien entendu, entraînera une imprégnation différente de la réalité selon l'endroit où résident les personnages du livre, les chapitres des événements s'imbriquant les uns dans les autres d'une manière non chronologique, comme d'ailleurs la narration de l'auteur qui parvient cependant, remarquable réussite, à ne pas égarer ses lecteurs dans les méandres de son imaginaire. Une narration qui se focalise sur un point nodal : le petit village d'Applekirk et son manoir et qui se trouve dans les Marches, territoire à mi-chemin entre l'Est patrie des dieux avec qui les humains communiquent grâce à la magie, et l'Ouest, déserté par les divinités et soumis à un quotidien routinier qui fait parfois ressembler ses habitants à d'imperturbables statues. Ne cherchez pas de fougueuses batailles et de déchirements à la Game of Thrones dans ce roman, où tout est placé sous le domaine du subtil et des interrelations entre les êtres. Focalisée sur l'existence médiévale que mènent les villageois d'Applekirk, l'intrigue nous est essentiellement racontée par Taveth, la compagne de Ferrand, le seigneur d'Applekirk, en charge de la gestion du domaine, préoccupation dont elle à fait sa "pierre de vie", entendez plus ou moins la raison d'être de son existence et de son épanouissement. Aidée par sa yeya, source magique d'où l'on peut tirer des pouvoirs particuliers (celui de voir les ombres des personnes à tous les âges de leur vie pour Taveth), elle va voir la tranquillité ambiante des lieux mise à mal par l'arrivé de trois personnages autour desquels va se concentrer le fil de l'histoire. D'abord le beau Jankin, un érudit voyageur venu de l'Est à la recherche des traces d'une antique civilisation dont les vestiges resurgissent aux quatre coins du village et qui sème le trouble auprès de la communauté féminine des lieux sans que cela ne cause vraiment de problème dans une société plutôt adepte de l'amour libre à la mode hippie où les couples sont libres de vagabonder au gré de leurs envies. Mais surtout Hanethe, l'ancienne maîtresse d'Applekirk, partie à l'Est pour appréhender la magie et qui revient âgée d'une cinquantaine année alors que, du fait de l'écoulement temporel différencié, une génération s'est écoulée dans son village et qu'elle est devenue l'aïeule de Ferrand. D'autant plus que cette dernière est poursuivie par la vindicte de d'Agdisdis, la déesse du mariage, qui a envoyé à ses trousses le troisième élément de l'intrigue, la prêtresse Dolkis qui exige des villageois qu'ils leur livrent la prétendue sacrilège. Abordant des thèmes aussi divers et contemporains que l'éclatement de la famille ou la place désormais centrale des femmes dans la société, Jo  Walton nous propose une fantasy campagnarde ou la liberté de chacun exige avant tout le respect de l'autre et continue de nous délivrer une œuvre atypique que nous avons déjà eu l'immense plaisir de découvrir au catalogue des éditions Denoël grâce à la trilogie du Subtil changement, uchronie décrivant une Angleterre nazie, le fascinant Morwenna, narrant l'apprentissage d'une jeune magicienne (Hugo 2012), l'improbable Mes vrais enfants retraçant les deux vie de Patricia Cowan, et la fabuleuses civilisation dragons de Les griffes et les crocs. A noter que Pierre-de-vie a obtenu le Mythopoeic 2010, un prix décerné exclusivement par des auteurs de Fantasy.

lundi 4 décembre 2017

Hamlet au paradis
(Roman) Uchronie
AUTEUR : Jo WALTON (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 582, 8/2016 — 406 p., 16.90 €
SERIE : Le subtil changement 2
TO : Ha’penny, 2007
TRADUCTION : Florence Dolisi
COUVERTURE : Sam Van Olffen
Précédente publication : Denoël-Lunes d’Encre, 9/2015 — 352 p., 21.50 € — Couverture de Sylvain Deleu
→ La collection Folio continue avec bonheur de plonger dans le catalogue Lunes d’Encre pour ses rééditions en poche et, en attendant la reprise du 3ème titre du cycle du Subtil changement intitulé Une demi-couronne, nous propose de plonger dans le second opus de cette remarquable uchronie où l’Angleterre de 1949 n’a pas perdu la guerre, mais a signé en 1941 une paix dans l’honneur (le déshonneur pour certains) avec les nazis qui dominent désormais la totalité de l’Europe, tandis que l’Amérique, où Lindbergh est devenu président d’un pays profondément hostile aux juifs, entretien un farouche isolationnisme, et que seul demeure face au Troisième Reich le bloc communiste symbolisé par l’URSS et Staline. C’est dans cette Angleterre où les juifs font désormais l’objet d’un traitement à part, qu’évolue Viola Lark, jeune comédienne qui a rompu avec sa famille pour brûler les planches des théâtres Londoniens. Une artiste qui vient de se voir proposer le rôle de sa vie en incarnant Hamlet devenu non pas héritier, mais héritière de la couronne du Danemark dans une pièce shakespearienne s’intégrant désormais dans la mode de l’inversion de sexes qui se réapproprie les classiques du répertoire théâtral. Mais voilà qu’en même temps sa sœur Siddy, convertie aux sirènes du communisme, lui demande d’endosser une personnalité bien plus dangereuse, celle d’une poseuse de bombe. Car le terrorisme continue de travailler la perfide Albion, permettant ainsi à l’inspecteur Anthony Carmichael de Scotland Yard de revenir sur le devant de la scène en enquêtant sur une explosion qui a causé la mort de l’artiste Lauria Gilmore et d’un mystérieux inconnu. Sur fond de complot destiné à déstabiliser la statu quo ambiant dans lequel s’englue la nation britannique, de fuite de domestiques juifs et d’attentat contre Hitler, Jo Walton déroule deux intrigues en parallèle, celle de l’inconstante Viola, tombé amoureuse d’un ténébreux aventurier irlandais et confrontée au retour au pays de sa sœur Pip devenue l’épouse du puissant Himmler, et d’un inspecteur Carmichael conduisant avec minutie une enquête qui risque de mettre en cause d’éminentes personnalités de cette Angleterre passée sous la botte du fascisme, et craignant de plus en plus que son homosexualité soit révélée au grand jour. La suite d’une série qui démontre, une fois de plus, tout le talent de créatrice d’univers d’un auteur dont les amoureux de dragons ont pu récemment découvrir dans la collection Lunes d’Encre de Denoël le surprenant Les griffes et les crocs.
Autre couverture :

mardi 31 octobre 2017


AUTEUR : Jo WALTON (Gb)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 8/2017 — 412 p., 21.90 €
TO : Tooth and claw, Tor Books, 2003
TRADUCTION : Florence Dolisi
COUVERTURE : Aurélien Police
Critiques : www.elbakin.net (Siriane)
→ Ce nouveau roman de l’auteur galloise du cycle de Morwenna débute par l’agonie de Bon Agornin, un énorme dragon, assisté dans son trépas par Penn, un prêtre dragon, qui s’empresse de lui dévorer les yeux dés qu’il a recueilli ses dernières paroles. Un entrée en matière plutôt déroutante pour un lecteur lambda qui ne sait pas encore qu’il va vivre dans prés de 400 pages au sein d’une société de dragons très anthropomorphe. Celle-ci se caractérise par deux points principaux. D’abord, son obédience victorienne car, pour écrire se lire, Jo Walton aurait pris pour modèle le récit du célèbre auteur britannique Anthony Trollope, Framley Parsonnage. Dés lors on ne s’étonnera guère de voir nos chers dragons évoluer selon un strict code de convenance débouchant sur des catégories sociales bien définies où les nobles occupent le haut du pavé. Gros et imposants, ils peuvent voler, sont à la tête d’un fief et de richesses considérables en rapport avec leur statut social (Illustre, Respecté, Digne Eminent) et dominent tout un peuple de serfs aux ailes attachées. Bien entendu l’ensemble de ce monde est avant tout patriarcal et les femmes, qui ne peuvent tomber amoureuses qu’une fois, émoi trahi par le subit rosissement de leurs écailles, ne pensent qu’à trouver l’élu de leur cœur qui leur assurera protection et longue descendance. Cette dernière d’ailleurs nous permet de rebondir sur l’autre originalité de ce roman : nos dragons sont des cannibales. En effet, à la mort de Bon Agornin, sa famille s’est empressée de se partager sa carcasse, car les dragons ne peuvent grossir, et dés lors acquérir plus de puissance, qu’en mangeant de la viande d’autres dragons. Un repas de fête qui, comme de juste, est réservé aux nobles, ne dédaignant pas, à l’occasion, à ingurgiter leurs propres enfants si ceux-ci présentent des faiblesses qui pourraient nuire à l’épanouissement de leur lignée. Ces agapes ne sont pas toutefois sans conséquences, car, frustrés par la part de roi que l’Illustre Daverak, l’époux de Beren, l’une des filles de Bon Agornin a prélevé dans la dépouille du défunt, ses autres enfants, l’ambitieux Avan en tête, lui intentent un procès pour spoliation de bien. La suite du roman va se construire à cheval sur le déroulement de cette procédure judiciaire et sur les péripéties amoureuses de Haner et Selendra, sœurs de couvées et autres filles de Bon Agornin. Au fil de demandes en mariages successives, de séquestrations et de manigances en tous genres, nous allons être invités à partager les préoccupations, souvent bien terre à terre, d’une société refermée sur elle-même qui permet à Jo Walton de parfaire sa critique de moeurs victoriennes empreintes de sauvagerie et de cruauté sous des atours poudrés et des apparences de bonnes manières. Le lecteur français friand de romantisme anglais y retrouvera des accents à la Jane Austen, plus connue que Trollope de ce côté-ci de la Manche, et ne pourra que se plonger avec une surprise mêlée d’une certaine admiration dans cette façon souvent drôle et originale d’aborder ce qui fut une période clé de la vie de nos chers voisins britanniques sans omettre les rapports avec le religieux et l’importance du joug de la servitude, certains fidèles valets allant jusqu’à finir dans l’estomac de leurs maîtres. Un roman surfant avec brio sur le mélange des genres, sans oublier une nette connotation féministe nous présentant des dragonnelles qui compensent leur absence de griffes, avec le déficit physique que cela représente pour affronter les mâles, par la présence de mains qui leurs permettent d’écrire et ainsi de se prévaloir d’une indéniable supériorité intellectuelle sur leurs pères, leurs frères et leurs époux. Un livre donc à découvrir pour tous ceux qui ont déjà apprécié le talent de cet écrivain, auteur notamment de la trilogie uchronique du Subtil changement, également parue chez Lunes d’Encre.

jeudi 6 juillet 2017


Le cercle de Farthing
(Roman) Unchronie
AUTEUR : Jo WALTON (Royaume-Uni)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 572, 2/2017 — 411 p., 8,80 €
SERIE : Le subtil changement 1
TO : Farthing, 2006
TRADUCTION : Luc Carissimo
COUVERTURE : Sam Van Olffen
Précédente publication : Denoël-Lunes D’Encre, 1/2015 — 352 p., 21.50 € 
Récemment, les éditions Denoël nous avaient permis de redécouvrir le fameux SS-GB de Len Deighton, uchronie où l’on voyait l’Angleterre envahie par le Reich et ployant l’échine sous la dictature des officines à la Croix Gammée. Dans ce roman du même catalogue Denoël, que les éditions Folio reprennent aujourd’hui en poche, l’Angleterre n’a pas perdu la guerre, mais a signé une « paix dans l’honneur » fin 1941, après l’éviction du pouvoir de Winston Churchill (fusillé dans SS-GB). Cependant, la trajectoire dans laquelle s’inscrit désormais l’Empire Britannique, n’a rien de reluisante, car, dans le sillage du traité signé sous les auspices du très pro-germanique Sir James Thirkie, la défiance envers le peuple hébreux est devenue monnaie courant au sein de la  pas très vertueuse Albion. Comme dans le roman de Deighton, ce récit nous propose,  à travers la trajectoire protagonistes bien définis, de découvrir comment l’Angleterre a su, ou non, résister à l’influence envahissante du fascisme ambiant, alors qu’En Amérique, Lindbergh élu président à fait interdire l’entrée du territoire aux juifs. L’intrigue, telle celle d’un roman policier d’Agatha Christie, nous entraîne dans un huis clos oppressant au sein d’un Royaume Uni de l’année 1949 où trouvent refuge les Juifs persécutés en Europe, car les anglais n’ont pas encore promulgué le port de l’étoile jaune, bien que les relents antisémites, anti-communistes et homophobes soient désormais monnaie courante dans le pays depuis que le Cercle de Farthing, groupe de jeunes politiciens aux dents longues, a facilité le rapprochement avec Adolf Hitler et son victorieux Troisième Reich. Le Cercle, justement a choisi de se réunir dans la luxueuse demeure de la famille Eversley, propriétaire  du fameux manoir de Farthing qui a donné son nom à leur congrégation. Bien entendu, Lucy, la fille des châtelains, est de la partie, bien que son mariage avec David Khan, juif de son état, l’ai mise depuis peu au banc de la famille. Bientôt cependant les choses vont se compliquer pour elle avec l’assassinat Sir James Thirkie qui briguait le poste de Premier Ministre avant de se retrouver mort avec une dague planté dans la poitrine au milieu d’une étoile jaune ensanglantée. Comme de juste, les soupçons convergent vers David Kahn, le bouc-émissaire idéal.  Cependant outre, Lucy, qui est convaincue de l’innocence de son époux, l’inspecteur Anthony Carmichael envoyé par Scotland Yard pour mener l’enquête n’est pas loin de partager son avis et n’entends pas se laisser abuser par des preuves bien trop flagrantes pour être plausibles. Dès lors nous allons suivre le fil de l’enquête au rythme de chapitres qui alternent les points de vue à la première personne de Lucy, engluée dans les méandres d’une aristocratie britanniques de plus en plus réactionnaires, malgré les tendances homosexuelles de la plupart des acteurs de ce livre, et celui à la troisième de l’inspecteur Carmichael adepte de la vérité, comme son émule le commissaire principale Archer, surnommé l’Archer du Yard, dans le déjà nommé SS-GB. Peinture sans concession d’’une aristocratie anglaise ultra-conservatrice prête à toutes les bassesses pour conserver ses prérogatives où va bientôt sévir Mark Norman-by, meilleur ami de Sir Thirkie, désigné Premier Ministre et adeptes de la manière fort pour faire régner l’ordre, ce roman joue sur la tension provoquée par l’avancée de l’enquête policière au fur et à mesure des révélations qui alternent au fil des chapitres centrés sur Lucy et l’inspecteur Charmichael. Ménageant ainsi brillamment le suspens,  il vient s’inscrire avec brio dans cette thématique uchronique d’un Angleterre subversive et guère enthousiasmante mise en valeur par des romans tels que La séparation de Christopher Priest (Fleuve Noir) ou Fatherland de Rober Harris (Fayard, puis Pocket).
Autre couverture :