mercredi 13 avril 2016

Martiens go home !
(Roman) Science Fiction Humoristique
AUTEUR : Fredric BROWN (Usa)
EDITEUR : gallimard6Folio SF 6, 2/2016 — 219 p., 8.80 €
TO : Martians go home !, Dutton, 1955
TRADUCTION : Alain Dorémieux
COUVERTURE : Frédérik Peeters
Précédente publication :
● Denoël-Présence du Futur 17, 2/1957 — 192 p., 7.50 € — Couverture non illustrée (comète stylisée orange)
● Editions Rencontre-Les Chefs d’œuvre de la science-fiction, 4/1970 — 272 p., 12 € — Couverture non illustrée (relié cuir)
● Denoël-Présence du Futur 17, 2/1957 — 192 p., 7.50 € — Couverture non illustrée (comète stylisée verte)
● CAL-Les Chefs d’œuvre de la science-fiction, 5/1973 — 256 p., 15 € — Couverture non illustrée cartonné (comprend également : Les Myeups, Entité piège & Cauchemar)
● CAL-Les Chefs d’œuvre de la science-fiction, 5/1973 — 256 p., 15 € — Couverture & illustration de Boghossian, cartonné (comprend également : Les Myeups, Entité piège & Cauchemar)
● Denoël-Présence du Futur 17, 2/1979 — 192 p., 7.50 € — Couverture Stéphane Dumont
● France Loisirs, 10/1982 — 192 p. 9.50 € — Couverture Young Arstits VLOO
● Denoël-Présence du Futur 17, 4/1994 — 192 p., 7.50 € — Couverture Joëlle Coulombeau
● Gallimard-Folio SF 6, 9/2000 — 224 p, 6.50 € — Couverture Frank Kelly Freas
« Salut Toto, c'est bien la Terre ici ? ». Il faut attendre la page 21 de cette réédition Folio de l'inénarable chef d'oeuvre de Fredric Brown pour réaliser que l'on ne va pas s'ennuyer dans ce court roman qui s'intègre parfaitement dans l'atmosphère de guerre froide où il a été écrit, Il est vrai que voir débouler sur notre planète déjà empétrée dans ses problèmes de crimes, d'injustice, de paranoïa militaire et de relations hommes femmes pour le moins orageuses, de petits hommes verts capables de « couiner » c'est à dire de se téléporter n'importe où dans une fraction de seconde, et de voir à travers tout ce qui est opaque a de quoi bouleverser le train train quotidien de l'américan way of life, Plus d'intimé désormais possible face à ces êtres venus d'ailleurs qui se montrent à la fois exaspérants, exécrables, bourrus, corrosifs, grossier, injurieux, impudents, korriganesques, malhonnêtes, perfides, pernicieux, railleurs, truculents, vexatoires et... wisigothiques, pour ne citer que quelques uns des qualificatifs qui leur vont comme un gant. Racontée à travers le point de vue de Luke Devereaux, un écrivain en panne d'inspiration, mais pas de bouteilles d'alcool, la rencontre nous propose une sorte d'effet miroir sur les défauts de notre propre humanité (contrairement à nous, les martiens ne savent pas mentir) mis en exergue par les excentricités de ces bonshommes sans gêne qui rendent dorénavant dérisoires toutes les manifestations de l'excès de pouvoir (disparition de la stratégie du secret et de toutes les implications belliqueuses qui en découlaient), Heureusement, l'arrivée, digne de La guerre des mondes de Wells dans le prologue introductif, de ces êtres sans foi ni loi servira à notre héros de circonstances à reconquérir l'élue de son cœur, zappée un peu trop vite de sa vie. Sans oublier un inévitable retournement de situation qui lui permettra de s'inscrire en figure de proue parmi les tentatives désespérées de luttes contre cet ennemi extérieur devenu en quelques secondes le pire des ennemis intérieurs. Bien entendu, pour les cinéphiles avertis, on conseillera de se tourner vers le Mars attack de Tim Burton pour trouver une version plus guerrière mais tout aussi dégantée de cette invasion que nous avons bien méritée. Notons que l'illustration de couverture de Frederik Peeters exprime à merveille toute la drôlerie de ce livre qui, en dépit du temps qui passe, reste une valeur sure de la littérature de SF made in USA portée par des écrivains parfois prophétiques lorsque, par exemple le Martien go home de cette histoire sera replis plus tard à travers le célèbre  Us go home de la la guerre du Vietnam.

jeudi 17 mars 2016

La Longue Terre ◊
AUTEUR :  Terry PRATCHETT & Stephen BAXTER (Royaume Uni)
EDITEUR : Pocket SF 7211, 2/2016 — 475 p., 8.40 €
SERIE : La Longue Terre 1/
TO : The Long Earth, Transworld Publishers, 2012
TRADUCTION : Michael Cabon
COUVERTURE : Marc Simonetti
Précédente publication : L’Atalante-La dentelle du Signe, 5/2013 — 384 p., 23 € — Couverture de Leraf
→ Dans Quand Terrry Pratchett,  le maître de la Light Fantasy, auteur de l’inénarrable série du Disque-Monde, associe son talent d’écrivain à celui de Stephen Baxter, un chantre de la hard SF, on pourrait penser s’attendre à faire un grand écart de lecture qui accoucherait d’une souris. Et pourtant, ce n’est pas le cas. Du côté de la tendance scientifique, il y a l’ouverture sur la thématique des univers parallèles, et de celui du loufoque, le moyen d’y parvenir, un boîtier abritant un fil de cuivre, un commutateur, et une… pomme de terre, l’objet à la portée de tous les apprentis bricoleurs qui permet de glisser d’un univers à l’autre. Parmi ces slidders (pas ceux de la fameuse série) il y en a un cependant qui tire mieux que les autres sont épingle du jeu. Josué Valienti, en effet, n’à même pas besoin de cet étrange appareil pour sauter d’un monde à l’autre et explorer ces infinités de monde vide de toute présence humaine. Dés lors, il ne tarde pas à être contacté par TransTerre, filiale d’une mystérieuse entreprise  nommée Black Corporation pour entreprendre un fantastique qui voyage qui doit l’emmener aux frontières de la fameuse Longue Terre. Trouvant ainsi l’opportunité d’échapper à quelques démêlés avec les autorités de la Prime Terre, Josué s’engage dans cette aventure qui se déroulera à bord d’un dirigeable, en compagnie de Losbang, une intelligence artificielle qui se présente sous la forme d’un distributeur de boissons et qui se prétend la réincarnation d’un réparateur de motocyclettes tibétain. Evidemment la découverte des ces infinités de monde leur réservera pas mal de surprises, tandis que le lecteur, de flash back en multiples digressions sera amenés à suivre la trajectoire d’autres personnages au passé digne des meilleurs sujets de romans. Jamais ennuyeuse, l’exploration de ces terres vierges débouchera sur de multiples pistes exploitées par une humanité révolutionnée par cette découverte qui bouleverse l’équilibre des gouvernements. Peuples colonisés à la recherche de terres ancestrales non encore conquises, pionniers désireux de se lancer dans une sorte de nouvelle conquête de l’Ouest, individus cupides friands de ruées vers l’or, simple quidam en quête d’espace vital et désireux d’abandonner la réalité engoncée de la Terre d’Origine, toutes les destinées peuvent désormais se réaliser au sein de ces univers multiples pavés d’une myriade de possibilités. C’est donc un merveilleux voyage que nous sommes invités à partager dans le premier tome de cette fantastique série, préalablement publiée chez l’Atalante et qui compte déjà trois autres titres parus bientôt repris chez Pocket : La Longue Guerre – La Longue Mars – La Longue Utopie nous plongeant dans un délicieux délire digne du multivers de Michael Morcock ou du Monde du Fleuve de Philip Jose Farmer.
Autre couverture :

mercredi 17 février 2016

La chute de Londres
(Essai) Reportage
AUTEUR :  China MIEVILLE (Royaume-Uni)
EDITEUR : Pocket Agora 377, 10/2015 — 93 p., 7.70 €
TRADUCTION : Frabn9ois Laurent
COUVERTURE : Marion Tigréat
Critiques : www.yozpne.fr (Hilaire Alrune)
Le marketing étouffe Londres tout aussi vigoureusement que la flore martienne de la fin du monde chez Wells. Presque un quart des jeunes londoniens sont sans emploi. Sur la ligne grise Jubilee, plus on s'enfonce vers l'Est, station après station, de Westminster jusqu'à Cannin Town, à chaque arrêt l'espérance de vie locale raccourcit d'un an, tandis que comme Smaug, les statues des dragons veillent jalousement sur l'or de la City. Aux confins de Londres s'étendent des zones négligées et irrésistibles envahies par les commerces de proximité où les laveries automatiques bon marché ressemblent à des portails spatio-temporels tant leur nombre est exponentiel. Là où vivent les pauvres, de plus en plus nombreux, croissent les magasins suceurs de sang, ceux des prêteurs sur gages et les « money shop » qui délivrent des prêt à court terme. On peu analyser les différences sociales de Londres à parti des éclairages de Noël, avec une surcharge de couleur pour les habitations les plus modestes et des sapins éclairés en blanc très kitch pour les demeures les plus aisées. Depuis la défaite du gouvernement Travailliste, les Conservateurs au pouvoir alliés aux démocrates Libéraux ont instauré les toilettes de l'économie. Le prix augment pendant l'hécatombe des services publics (bibliothèques fermés, prestations sociales réduites) ouvriers et salariés placés sous la coupe d'un nouveau et redoutable contrat de travail. Outre les répression musclées des émeutes et manifestation, avec un nombre de morts alarmants inexpliqués et surtout impunis, depuis 1998 sévissent les OCAN (Ordonnance sur le Comportement Social) de Tony Blair des lois adaptés à une société qui, comme Chronos, dévorent ses enfants, en pénalisant un comportement individuel légal (juron proféré à voix haute, football sur la voie publique, musique un peu trop forte dans un bus) en un délit sur mesure susceptible de condamnation et donnant ainsi du grain à moudre à l'étiquette de « jeunesse sauvage » qui fait les beaux jours des médias et dés débats politiques et dont pourtant la formulation n'est pas un diagnostic, mais un symptôme. Partout les hauts mur sont hérissés comme les tignasses loupo-garous en tessons de bouteilles, fragments de poteries, éclats de miroir, comme si pour défendre la propriété la ville se défaisait de sa peau de brique pour révéler l'animal qui sommeille en dessous, le reste des façades dégoulinant sous les ravages du guano verts des perruches de la même teinte désormais maîtresses du ciel londonien. Un peu partout les squats se développent anarchiquement bien loin de la notion originale destiné à créer un espace où d'autre types de relations étaient possibles fondées sur la confiance le partage, la liberté. Gonflé par une population qui s'est grossie de l'addition de générations d'immigrés dont les diverses diasporas ont littéralement nourris la cité, Londres est en proie à un racisme en perpétuelle augmentation,  l'islamophobie ayant remplacé l'antisémitisme originel Un constat sans concession que dresse cet auteur qui a grandi avec sa sœur Jémina dans une maison du nord-ouest de la cite londonienne, dans le quartier de Willesden, élevé par sa mère, une ancienne hippie Marxiste convaincu, China Mieville s’est efforcé d’écrire des romans dans chaque genre littéraire (western, roman maritime, roman policier) mais surtout des récits basés sur l’imaginaire qui s’articulent principalement autour de la cité-état de la Nouvelle-Crobuzon qui lui fit en partie inspirée par le chaos urbain du Caire. Il est à noter que des extraits de ce roman, précédé ici d’une nouvelle introduction, ont été publiés en mars  dans le New York Times Magazine. De nombreuse photos en couleur prises par l'auteur accompagnent avec bonheur les pages de ce livre.

lundi 11 janvier 2016



 
◊ Fondation 1 & 2
(Recueil de romand) Science-Fiction / Space Opera
AUTEUR :  Isaac ASIMOV (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 528 & 529, 10/2015 — 832 & 992  p., 14.90 € & 15.50 €
SERIE : Fondation Trilogy, 1963
TRADUCTION : Pierre Billon & Jean Rosenthal
COUVERTURE : Johann Goutard
Sommaire :
Fondation 1
Fondation
Fondation et Empire
Seconde Fondation
Fondation 2
Fondation foudroyée
Terre et Fondation
→ Chef d'œuvre incontesté de la SF, au même titre que des ouvrages tels que la série du Non A de Van Vogt ou les romans de Philip K. Dick, le cycle de Fondation bénéficie à présent d'une réédition dans l'agréable collection de semi poche des éditions Folio. C'est dans les pages du magazine Astounding Science Fiction de John W. Campbell que fut publiée la première nouvelle du cycle de Fondation. Mais ce n'est seulement qu'en 1961 lorsque Doubleday fit paraître l'ensemble des récits écrits dans Astounding par Asimov en un seul volume, que le succès se profila pour son auteur. Quelques années plus tard la prestigieuses collection Le Club du Livre de Science-Fiction des éditions Opta débuta avec sa publication et rencontra aussitôt l'adhésion du lectorat français. Ne sachant pas, au début, qu'il se lançait dans une véritable Histoire Asimov, Isaac Asimov, scientifique de formation, a construit l'ensemble de son cycle à partir d'un postulat stipulant que tout corps organisé détient en germe les sources de sa propre destruction, et a développé ce sujet en multiples ramifications à travers ce qui pourrait s'apparenter à 3 recueils de nouvelle (Fondation, Fondation et Empire et Seconde Fondation) et deux romans (Fondation foudroyée et Terre et Fondation).
Fondation regroupe 5 nouvelles qui mettent en scène Hari Seldon, savant universitaire et sorte de visionnaire du futur qui a développé une nouvelle science, la pyschohistoire, capable de prédire l’avenir au moyen de tout un réseau de statistiques. Hari Seldon vit quelque 22 000 ans dans le futur. La Terre a disparu des radars. Qu’à cela ne tienne, les hommes ont formé un Empire Galactique tout autour de la Voie Lactée avec pour capitale Trantor. Cependant, d’après la psychohistoire, cet Empire va sur son déclin. Une période de désagrégation devrait ouvrir sur 30 000 ans de barbarie, avant qu’un nouvel Empire ne jaillisse des cendres du premier. L’Humanité, c’est bien connu, est impatiente. Elle n’entend pas végéter si longtemps dans les Ténèbres. Or, Hari Seldon propose de raccourcir cette période à… 1 000 ans. Comment, en créant une Fondation, vaste réunion de scientifiques triés sur le volet chargé de créer une Encyclopédie Galactique regroupant tout le savoir de l’Humanité afin de  guider les hommes durant l’ère de la barbarie. L’Empire, qui ne voit pas d’un bon œil la création de cette Fondation, l’exile sur la lointaine planète Terminus. Guidés par l’hologramme de Hari Seldon, qui apparaît lors des périodes de crise, les membres de la Fondation finiront par s’émanciper et passeront par divers stades de luttes, d’intrigues et de complots incluant la création d’une nouvelle religion, et dont les principales étapes seront résumés en cinq grandes parties dominées, tour à tour par les Pyschohistoriens, les Encyclopédistes, les Maires, Les Marchand et les Princes Marchands
Fondation et Empire, second volet de la série repris dans ce 1er tome, comme la plupart des romans du cycle, se compose de plusieurs récits, trois en l'occurrence : Le Général, Le Mulet et Le Clown. Dans le premier nous suivons la trajectoire houleuse de Bel Riose, général plutôt entreprenant de l'Empire humain qui s'est mis en tête d'annexer une Fondation dont l'influence, pour lui, s'avère grandissante. Tout au fil des pages alternant intrigues et complots dans une ambiance de space opera, nous assisterons aux efforts de la Fondation pour discréditer le Général auprès de l'Empereur. Le second met en scène le futur personnage central du troisième tome du cycle (Seconde Fondation), le Mulet. Ce mutant à l'origine mystérieuse doté de pouvoirs psychiques impressionnants qui lui assurent la domination mentale des êtres qu'il côtoie et qui règne en despote sur la planète Kalgan mène pour ainsi dire une campagne à la Bonaparte lui procurant victoire après victoire dans le conflit qui l'oppose à la Fondation et à ses nouveaux alliés les Marchands Indépendants. L'enlèvement par la capitaine Pritcher, secondé par Toran Dralle et sa femme Bayla, membres des Marchands Indépendants,  de Magnifico, le clown du Mulet, dont les ravisseurs espèrent tirer des renseignements sur son maître énigmatique, donne un prétexte rêvé au Mulet pour fondre sur Terminus, le siège de la Fondation. Enfin, pour le troisième et dernier volet du roman, nous retrouvons justement le Clown qui fait cause commune avec les époux Dralle qui se sont rendus sur Trantor, siège d'une empereur devenu sénile, afin de retrouver la trace de la mystérieuse Seconde Fondation invoqué par Hari Seldon, dont les rangs comprendraient les seuls psychohoistoriens capables de s'opposer aux pouvoirs psychiques du Mulet. Un ennemi public déclaré de la Fondation qui dans les dernières pages du récit va se dévoiler et montrer qu'il peut faire preuve de sentiments humains tels que l'amour.
Seconde Fondation est essentiellement basé sur le personnage du Mulet, un mutant capable de contrôler et d'orienter les pensées des autres, voire de masses toutes entières. Grâce à ses pouvoirs il est parvenu à s'emparer du royaume militaire de Kalgan en influençant les pensées de son roi, puis à  conquérir la Fondation dont la capitale est située sur Terminus qu'il transforme en Empire baptisé l'Union des Mondes. Dés lors il peut se consacrer à sa principale motivation : traquer les membres de la Seconde Fondation. Cette organisation secrète basée à l'autre bout de la galaxie dans un lieu non identifié nommé Star's End est composée de psychohistoriens  dotés de pouvoirs psychiques semblables au Mulet qui ont été chargés par Hari Sheldon de réparer les éventuelles déviations affectant la première Fondation. La première partie du roman, La Quête du Mulet, nous montre comment ce dernier, cherchant à démasque les traitres convertis à la cause de la Seconde Fondation,  organise la traque des non convertis tels que Bail Chanis, et finit par anéantir la planète Tazenda où il pensait que se situait le siège des conspirateurs avant d'être à son tour influencé de manière à penser que la Seconde Fondation est un mythe. La seconde partie, La quête de Fondation, nous ramène sur Terminus où, parmi un certains groupe de personnage influents, la méfiance est aussi de mise au sujet des pouvoirs dérangeants de la Seconde Fondation conçue en secret par Hari Seldon. Le Dr Darell en est l'un des principaux activistes. Ces derniers décident de s'intéresser de prés au Mulet qui semble en avoir appris beaucoup sur l'existence de cette autre Fondation. Arkady, la fille de Darell, se rend au palais du Mulet sur la planète Kalgan afin de mener une délicate mission d'espionnage. Nous la suivrons dans son parcours tourmenté qui finira par nous ramener vers la planète Trantor.
Fondation Foudroyée, qui ouvre le second tome de cette intégrale, marque la reprise par Asimov, sollicité par ses fans et ses éditeurs, du cycle qui l'a fait connaître du grand public. On y découvre le personnage de Golan Trevize, un habitant de Terminus, qui pense que la Seconde Fondation n'a pas disparue comme elle voulait le faire croire. Exilé de Terminus, il est désormais chargé de trouver la Terre des Origines accompagné par le chercheur Janov Pelorat,  pour lui un moyen détourné de partir en quête de la Seconde Fondation. Pendant ce temps sur Trantor, le siège de cette dernière le jeune Orateur Stor Gendiba, porté par ses ambitions politiques, se fait le porte-parole d'une théorie mettant en lumière les défauts du plan Seldon et la présence d'une micro-psychohistoire composé d'anti-Mulets qui travaillent en secret pour prendre le pouvoir. Golan Trevize, de son côté a fait la connaissance de Joie, une sorte de robot anthropomorphe, fragment de Gaïa, surperorganisme avec qui elle communique de manière télépathique. Lorsque se conclut ce quatrième roman trois voies s'ouvre pour l'avenir de l’Humanité : la reconstitution de l'Empire matérialiste de la Première Fondation, l'Empire mentaliste de la Seconde, ou Galaxia, super-organisme à l'échelle galactique qui bouleverserait les plans de Hari Seldon. C'est vers  cette troisième option que se tourne Trevize.
Nous le retrouvons dans Terre et Fondation,  dernier roman du cycle écrit en 1986. Plus indécis que jamais, il commence à regretter le choix de Galaxia, qui prive les individus de leur indépendance. Persuadé qu'en poursuivant sa quête de la Terre originelle il trouvera les réponses à ses questionnements, il repart avec Janov Pelovat, fortement opposé à l'option Gaïa et Joie, totalement acquise à l'option super-organisme, d'où les inévitables frictions dans le groupe. Leur enquête les conduit d'abord sur Comporellon, une vieille planète où ils rencontreront le chercheur Vasil Deniador qui les mettra sur la piste des spatiens, vague de premiers colons à avoir quitté la Terre. Tour à tour, ils visitent trois mondes que ces derniers ont colonisés : Aurora, Solaria et Melpomenia. Après avoir récupéré Fallom, l'enfant de l'hermaphrodite Sarton Ksander capable de canaliser l'énergie de toute une planète, et échappé à toutes sortes d'attaques, ils finissent par trouver enfin la Terre. Mais celle-ci est radioactive. Avides de réponses, ils explorent la lune où ils rencontrent le robot humaniforme R. Daneelk Olivaw, qui est à l'origine de la création de Gaïa composée en fait d'habitants qui obéissent aux fameuses Trois Lois de la robotique chère à Asimov dans son autre cycle phare des Robots. Avec lui ils doivent opter pour l'avenir de l'Humanité : celui du Plan Seldon ou celui de Galaxia, La prise en compte d'un nouvel élément leur fait envisager la solution sur un autre angle, celui de la spécificité de l'espèce humaine, seule occupante de la Galaxie, et de sa vulnérabilité face à un agresseur extraterrestre surgie d'une autre galaxie à travers l'hyperespace. Un danger que seule l'union totale prôné par Galaxia serait à même d'endiguer. Mais, le ver n'est-il pas déjà dans le fruit en la personne de Fallom, assez différent des êtres humains pour s'apparenter à l'avant-garde d'envahisseurs venus d'au-delà les étoiles connus…

Une fin qui pourraient être en vérité un recommencement et qui a permis à Asimov, à travers ce dernier tome, de faire allusion à l'ensemble de son œuvre. Dans La petite histoire de Fondation qui fut rédigé après la parution du dernier tome, il explique que si le cycle lui a pris quarante années de sa vie environ, sa longévité est essentiellement due à la pugnacité de ses lecteurs et de ses éditeurs, qui l'ont poussé à poursuivre l'aventure plus avant. Asimov ajoutera plus tard deux préquelles à la série : Prélude à Fondation et L'aube de Fondation. On peut noter également qu’après la mort de l'auteur, certains romanciers s'approprièrent et firent office continuateurs avec, Fondation en péril de Gregory Benford, puis Fondation et Chaos  de Greg Bear et Le triomphe de Fondation de David Brin. Des auteurs efficaces et déjà reconnus qui apportèrent un second souffle à cette œuvre gigantesque

samedi 2 janvier 2016

La forêt de cristal
(Roman) Science-Fiction / Apocalypse
AUTEUR :  James Graham BALLARD (Royaume Uni)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 530, 10/2015 — 272 p., 8.40 €
TO : The crystal world, 1966
TRADUCTION : Michel Pagel
COUVERTURE : Johann Bodin
Précédentes publications :
● Denoël-Présence du Futur 98, 2/1967 — Traduction de Claude Saunier (plusieurs fois réédité avec des couvertures légèrement différentes)
● J’Ai Lu-Science-Fiction 2652, 8/1989 — Traduction de Claude Saunier
● Denoël-Lunes d’Encre, 10/2008 — Traduction de Michel Pagel
→ Développé à partir d'un texte publié dans le Magazine of Fantasy and Science Fiction (The illumainted Man) ce roman appartient àla veine catastrophique de J.-G. Ballard mise en lumière par des textes comme Le monde englouti, La vent de nulle part et Sécheresse, qui s'inscrivaient dans le cadre apocalyptique des écrivains britanniques tels que John Wyndham et John Christopher. Toutefois, il s'en démarque totalement par la puissance évocatrice des images qu'il véhicule. L'intrigue, assez banale, nous entraîne sur la piste du Dr Edward Sanders, directeur adjoint d'une léproserie, qui part à la recherche de son confrère Max Clair, et de son épouse, Suzanne, accessoirement son ancienne maîtresse, disparu au sein de la mystérieuse forêt qui borde la ville camerounaise de Port Matarre. Entouré d'une faune humaine digne des romans d'Hemingway, avec le singulier Père Balthus, la séduisante journaliste française Louise Péret, Ventress, l'image parfaite du dandy décadent, ou Thorensen, le directeur de la mine de diamant, le Dr Sanders va faire une découverte fascinante en se trouvant confronté à un forêt en train de lentement se cristalliser. Une envoûtante apocalypse qui se propage aussi bien à travers la faune et la flore, donnant naissance à d'étranges bibelots de cristal vendus sur les marchés des villages environnants, mais qui peut aussi affecter les humains. Cependant, ces derniers, tels des brebis expiatrices en transit au purgatoire, ne semblent pas profondément affectés par l'imminence de la menace qui se répand dans d'autres parties du monde, Russie, Californie, présageant un engloutissement global. Mieux, comme le Dr Sanders, parcouru par des pulsions de repos éternel et de repli foecal (le livre a été écrit alm)ors que l'auteur venait de perdre sa femme atteinte d'une pneumonie) ils pariassent se désintéresser du sort qui les attends, cherchant même à atteindre cette cristallisation qui ne tue pas, mais qui fige, et qu'ils admirent d'un regard extatique. Face aux pitoyables agissements de groupes d'individus guère préoccupés par le destin d'un Humanité sans avenir, mais obéissant à leurs aspirations égoïstes, le roman nous laisse progressivement oublier l'intrigue pour nous  rediriger vers le véritable sujet du livre : le paysage de la forêt cristallisée qui nbrille de mille feux à travers une atmosphère crépusculaire au temps délicieusement fuyant qui assoupi les âmes autant que les douleurs. Dés lors, les simples explications, science-fictives (ce mal étrange serait causé par une sorte de fuite temporelle issue du fin fond de l'espace) ou calquées sur les délires du père Balthus, qui considère cette cristallisation comme la forme finale de l'eucharistie, liassent la place au désir fou du Dr Sanders cherchant à rejoindre dans ce paysange hors du temps façonné par le cristal l'icône immortelle de Suzanne dans une ultime transfiguration. C'est ainsi qu'au fil des pages et des deux principaux chapitres, Equinoxe et L'homme illuminé, ce livre nous offre un voyage loin du bruit et de la fureur du monde du dehors, le notre, pour une plongée au sein d'un univers de miroirs qui emprunte aux paysages de L'île des morts de Böcklin, aussi bien qu'aux débordements visuels de Max Ernst, concrétisant la première vraie oeuvre picturale de J.-G. Ballard à travers la description d'un monde devenant peu à peu un chatoyant joyau, ou plutôt "un véritable domaine de pierres précieuses", comme l'exprime si bien Suzanne dans la lettre qui a décidé Sanders à  partir à sa recherche. Un réédition que les éditions Folio nous proposent dans la nouvelle et plus fidèle traduction de Michel pagel lors de la reprise du titre dans la collection Lunes d'Encre des éditions Denoël.

vendredi 1 janvier 2016

Adamas Maître du jeu
AUTEUR :  Laurent LADOUARI (France)
EDITEUR : Pocket 16035, 1/2016 — 622 p., 8.40 €
SERIE : Volution 1
COUVERTURE : Christophe Evans
Précédente publication : HC Editions, 1/2014 sous le titre Cosplay — 408 p., 22 € — Couverture de Lorenze Petrantoni
→ Dans leur texte de présentation de l’auteur les éditions Pocket qui viennent de reprendre en poche le premier tome de la série Volution nous parle de Laurent Ladouari comme d’un écrivain prometteur né à Marseille et vivant à Paris, familier des milieux des grands groupes de médias et des cabinets ministériels où il a travaillé après ses brillantes études de diplômé de l’école Polytechnique et de l’école des Mines, qui a voulu transposer sa passion de la culture pop, de la peinture et de la Méditerranée en proposant une histoire écrite à la manière d’Alexandre Dumas et Jules Verne, mais remise au goût du jour pour les lecteurs de la saga Harry Potter. Personnellement, après avoir refermé ce livre captivant, j’y ajouterai des références science-fictives en rapprochant le récit de la série du Monde du Fleuve de Philip José Farmer. Le roman nous projette dans un proche futur où après la terrible Guerre du Pacifique,  la peau de chagrin du monde s’est rétrécie sur un seul continent coupé en deux par un Mur gigantesque qui sépare une capitale dominé par des oligarques sans pitié d’un monde extérieur à la misère croissante. L’histoire raconte l’OPA dévastatrice conduite par le Mystérieux Adamas, milliardaire objet de l’opprobre de la plupart de ses contemporains surnommé le gitan, qui a bâti un immense empire financier à l’origine notamment de la singulière école où sont formés les Nonpareils, des coupeurs de têtes puissance mille, choisis pour leurs capacités exceptionnelles et entraînés à développer des capacités psychiques hors du commun telle que l’art subtil de la suggestion. L’opa vise la société 1T, ancienne gloire de la fabrication de microprocesseurs, acculé à la faillite par des concurrents dynamiques tels que la redoutable Sinind installée en plein désert. L’intriguant dans tout cela c’est que le but avoué d’Adamas dans le rachat de 1T consiste à la détruire de l’intérieur. Pour cela il a décidé de faire participer l’ensemble de son personnel à un jeu obligatoire, le Cosplay. Et c’est là qu’intervient mon parallèle avec la série de Philip Jose Farmer racontant la résurrection dans une sorte d’univers parallèle de personnages historiques ou connus tels que Mark Twain, Richard Burton ou Herman Göring, amenés à y survivre de toutes les manières possibles. Or, dans le Cosplay, les joueurs sont invités à porter masques dissimulant leur véritable identité et empruntant celles de personnages célèbres et hétéroclites comme Madonna, Périclès, Jules César, Karl Max, etc… et même celui du fondateur de 1T, le mythique Nikola Protéus, ancien professeur de physique à l’école des Nonpareils. Dans la peau de ces sortes d’avatars les joueurs de Cosplay, où tous les coups sont bien sûr permis, utilisations d’armes comprises, dévoileront leurs véritables visages et leurs profondes rancœurs sur un fond de conflits de complots et de trahisons en tous genres précipitant l’entreprise dans le chaos, ce qui est justement le but du jeu. Mais parmi ces joueurs, Katie Dûma, pupille de la fondation Phénix créée par Adamas, toute jeune embauché de 1T, va utiliser toutes les ressources de son jeune talent pour s’opposer à la destruction programmée de la société de Proteus. A cet effet, elle remettre au goût du jour avec d’autres l’idée de conception d’une intelligence artificielle qui permettrait de modifier la donne en présence. Alternant les chapitres de narration pure et ceux nous introduisant au cœur même du jeu sous formes de dialogues entre joueurs, Laurent Ladouari nous concocte une galerie de personnages  tout a fait représentatifs d’un océan de  démocratie en décomposition dans lequel nagent des requins bien décidés à à se tailler la part du lion au sein du monde nouveau qui pourrait bien émerger de ces restes de civilisation allant droit dans le mur. Tancrède Malatesta devenu le bras droit d’Adamas après avoir hérité du fabuleux empire mafieux de son père, alors que son frère Julien a refusé ce legs nauséabond et vit en parfait anonyme dans la maison du père de Kathy Dûma. Franz Cabral, président de la Financière Ca’d’Oro, et meilleur ami d’Adamas. Ayako Miyazaki, maître de jeu experte dans le domaine du Cosplay ou Natacha Bolkonkskaïa, nonpareille devenue une tueuse accomplie, sans oublier Morad Aftani, simple voiturier de 1T aux capacités insoupçonnables ou Tycko Tartessov, directeur de l’information de la même 1T et génial inventeur qui a participé à l’essor de cette société aux côté du génial Protéus. Le tout débouche sur un roman protéiforme à la fois récit d’aventure et d’anticipation nous plongeant en pleine ambiance culture geeks avec des zestes de références orientales pour un voyage en eaux troubles au sein d’un univers rongés par les soubresauts d’un capitalisme débridé qui, par certains côtés peut nous rappeler quelques péripéties de notre propre quotidien et dont nous suivrons les prochains développement dans L’or des Malastesta, 2ème épisode de la série prévu aux éditions HC en mas 2016.
Autre couverture :

mercredi 11 novembre 2015

Le prince déchu
(Roman) Heroic Fantasy
Auteur : Bernard SIMONAY (France)
Editeur : GALLIMARD-Folio SF 527, 9/2015 — 448 p., 8 €
Série : Les enfants de l’Atlantide
Auteur : Alain Brion
Précédentes publications :
● Rocher-Mondes Virtuels, 5/1994 — 336 p., 120 FF — Couverture de Jean-François Pénichoux
● In Les enfants de l’Atlantide, Rocher, 9/2005 — 470 p., 22.50 € — Couverture de Mark Harrison
● Points-Fantasy 1440, 3/2006 — 384 p., 6.50 € — Couverture de Guillaume Sorel
Les autres titres de la série :
2.L’archipel du soleil
3.Le crépuscule des géants
4.La Terre des morts
→ A l'époque où l'heroic fantasy commençait à pointer le bout de son nez en France, la mode était à l'influence anglo-saxonne avec les traductions des Conan de Howard, des Elric de Moorcock, du Sourcier de Leiber et, bien sûr… du Seigneur des Anneaux. Et pour cause, les auteurs hexagonaux étaient plutôt denrée rare, si l'on excepte le Halaguen de Jean-Pierre Fontana, la saga de Synge et de Brennan de Daniel Walther, ou des titres épisodiques tels que Sous l'araignée du sud de Charles Nightingale et Dominique Roche. Mais il y avait Bernard Simonay… S'inspirant de diverses périodes de l'Histoire de l'Humanité, cet auteur prolifique les à réécrites en les plongeant dans le bain de la Fantasy. Puisant son inspiration auprès de divers thématiques, tant mythologiques que assimilées à la théorie des Grands Anciens, puissante civilisation au niveau technologique avancé ayant jadis régné sur notre planète, il a développé une œuvre considérable qui a séduit tout un aréopage de lecteurs à travers des cycles tels que Phénix ou Les enfants de l'Atlantide C'est d'ailleurs au second nommé qu'appartient Le Prince déchu, dont il représente le tome d'ouverture. On y découvre Jehn, fils d'Aalthus, le chef du clan des Loups évoluant dans un monde du mégalithique, l'âge de l'érection des pierres levées de Carnac, il y a environ 6500 ans dans le golfe du Morbihan. Etre part parmi ses congénères, à la fois par son physique hors normes que par ses talents psychiques exceptionnels qui lui permettent de se transporter dans le corps d'un animal, le jeune homme est hanté par des rêves situés dans un décor apocalyptique où une ravissante femme aux yeux verts semble l'appeler à l'aide. Cependant sa quête de ses véritables origines devra être mise en suspens face à l'hostilité que lui témoigne Dravvyd, le kheung, entendez le chef, des tribus de la Petite Mer. Celui-ci, voyant en lui un dangereux rival, après avoir d'abord tenté de l'assassiner, pactise avec les Khress, ennemis héréditaires des hommes quasiment invincibles grâce à leurs armes de fer, pratiquant des razzias sanguinaires qui déciment périodiquement les populations de ces rivages. Ayant trouvé sont village dévasté, après avoir pleuré la mort de son père, Jehn règle ses comptes avec Dravyyd, puis accompagné d'un loup et d'une pouliche, part sur la piste de ceux qui ont enlevé Myria, sa jeune épouse. Pénétrant sur le territoire des Khress, il rencontrera la dangereuse princesse Ashdahyat, fille de Gordlonn, roi d'Ysthia, l'antique cité protégé de la mer par une immense digue, Incarnant malgré lui la Prophétie de l'Homme Rouge censé déclencher la fin de la civilisation Khress, Jehn sera également confronté à la haine de Brendaan, le frère de la princesse, mais aussi à l'étrange magnétisme que dégage Callisto, la prophétesse dont le destin paraît intimement lié au sien. Tirant habilement les ficelles de ses divers personnages, Bernard Simonay utilise à merveille son talent de conteur pour nous entraîner au sein d'un récit captivant où se bousculent les réminiscences d'anciennes légendes, telles que la submersion de la ville d'Ys, la Cavale de la Nuit ou de l'incontournable mythe de l'Atlantide, le tout sur fond de civilisation naissante où les passions humaines s'exacerbent et se dévoilent au fin de multiples péripéties empreintes de magie, de perversité et de cruauté, mais aussi de sentiments d'entraide et de prémices d'apprentissage de la gouvernance et d'un certain code de l'honneur.

dimanche 18 octobre 2015


Belle
(Roman) Merveilleux
AUTEUR : Robin McKINLLEY (Usa)
EDITEUR : POCKET-SF-Fantasy 7199, 6/2015 ─ 256 p., 7.30 €
To : Beauty, 1978
TRADUCTION : Sophie Dalle
Précédentes publications :
● Pocket-Science-Fiction/Fantasy 5489, 1/2013 — 192 p., 7.50 € — Couverture de Siudmak
● Mnémos-Dédales, 4/2011 — 240 p., 17 € — Couverture de Alain Brion
→ Depuis le chef d'œuvre de Jean Cocteau immortalisé par la prestation de Jean Marais au sommet de son art et de son ambiguïté, l'histoire imaginée par Mme d'Aulnoy de la rencontre de la beauté avec l'extrême laideur sublimée par le dépassement de l'amour n'a pas cessé d'enflammer l'imaginaire des romantiques de tous âges, allant même jusqu'à s'épingler au catalogue des productions Disney et des séries télévisées. S'inscrivant quelque peu en retrait de ses productions commerciales, l'adaptation que nous offre ici la romancière américaine Robin McKinley, déjà créditée chez nous du remarquable Casque de feu au Livre de poche Jeunesse (1987) et de Dragonhaven chez Mnémos, qui sort également en ce mois de juin 2015, nous propose une adaptation bien plus proche des domaines de la Fantasy que les précédentes productions plutôt centrées sur le domaine du merveilleux et, disons-le, pour certaines, du soap opera version infantile. Somme toute, l'histoire débute comme dans le conte. Belle est loin d’égaler la beauté de ses sœurs et se complait plus dans la lecture et sa passion des chevaux que dans l'ambiance des mondanités dont raffolent les jeunes filles de sa condition. Une condition revue à la baisse lorsqu’à la suite des revers de fortune de son père, toute la famille déménage pour une petite maison nichée au fond des bois. Là, le bonheur aurait put s'installer sous la forme d'une tranquille existence campagnarde si, un jour, leur père n'était pas revenu au foyer avec dans ses bagages l'histoire d'un château magique et de la promesse qu'il avait du faire à la terrible Bête pour l'occuper pour avoir la vie sauve. Dés lors, pleine d'abnégation, Belle devance les intentions de son père et s'auto-désigne pour partir affronter le monstre. C'est ainsi que commence son aventure. Ayant judicieusement choisi de nous narrer l'histoire à la première personne à travers le regard de Belle, l'auteur nous permet ainsi de mieux entrer dans l'intimité des personnages ainsi que dans la complexité des rapports émotionnels qui les font réagir. L'ensemble est donc rendu plus crédible, d'autant plus que la jeune héroïne est dépeinte d'une manière bien plus réaliste, sans clichés et mièvrerie particulières. S'attardant volontairement sur la vie érudite et parfaitement réaliste de Belle lors de son séjour à la ferme,  l'intrigue met encore mieux en valeur son existence au château de la Bête avec toute la magie qui l'entoure. Véritable roman initiatique centré sur le passage de l'adolescence à l'âge grâce à la découverte par l'héroïne d'une séduction personnelle qu'elle était loin de soupçonner, le récit suit les traces du conte, tout en s'échappant (pas trop cependant) des contraintes morales de l'époque où il a été écrit. Certains sont changements sont flagrants, comme la description des deux sœurs de Belle qui, contrairement à celles de Mme de Baumont, désagréables style celle de Cendrillon, sont deux créatures remarquables en beaucoup de points. Après la parution en grand format chez Mnémos, voici une relecture d’un conte qui méritait le détours.
Autres couvertures :







Kraken
(Roman) Cryptozoologie / Esotérisme
AUTEUR : China MIEVIELLE (Royaume-Uni)
EDITEUR : POCKET-Science-Fiction/Fantasy 7150, 10/2015 — 766 p., 9,80 €
TO : Kraken : An anatomy, 2010
TRADUCTION de Nathalie Mège
COUVERTURE de Galapagos Conservation Trust
Précédente publication : Fleuve Noir, 6/2013 — 564 p., 20,90 € — Couverture de Galapagos Conservation Trust
→ On a volé le kraken, un calmar géant qui trônait dans une salle du Musée d'Histoire Naturelle. Billy Harrow, guide-animateur au Musée et spécialiste des céphalopodes ne manque pas d'être interrogé par le commissaire Baron, le policier de la section antisecte londonienne chargé de l'enquête. D'autant plus que la disparition du kraken s'est doublée de celle de Dane Parnell, un gardien de la vénérable institution. Les soupçons pèsent sur les adorateurs du dieu Kraken dont le guide spirituel est un certain Teuthex. C'est cependant de la bande du Tatoué que vient le principal danger. Ce dernier est en fait un tatouage punk doté de la parole gravé sur le corps d'un certain Paul. Il a envoyé ses sbires, Gross et Subby, des êtres quasi immortels issus du passé, enlever Billy afin de lui faire avouer où se trouve le kraken. Heureusement, Dane Parnelle le délivre et l'emmène chez le Theutex qui le cache, tout en essayant de savoir quelle est la signification de ses rêves hantés par la présence du fameux kraken. Parti à la recherche du calmar géant avec Dane Parnell, Billy bénéficie des informations de Wati, un chaoubati (figurine égyptienne créée par les humains pour effectuer divers travaux), qui les conduit à Simon Shaw, un fan de Star Trek à l'origine du vol du kraken grâce à sa maîtrise des procédés de téléportation. Celui-ci agissait en vérité pour le compte de Fitch, le chef des londremanciens, des haruspices capables de prévoir l'avenir étroitement lié une prophétie sur l'apocalypse dont le céphalopode géant semble bien être l'une des pierres angulaires. Ajoutez à cela le gang de Grisamentum, un sorcier présumé mort, qui se nourrit d'encre et qui aussi s'emparer du kraken afin de fusionner avec lui, et vous aurez un plan large du background où se déroule cette histoire, mélange de polar ésotérique mâtiné d'un zeste de science-fiction et de fantastique. Les familiers du mythe de Cthulhu y découvriront quelques similitudes avec le panthéon lovecraftien et les adeptes de théorie du complot et de sociétés secrètes ne seront pas en reste dans ce gros livre, publié une première fois en France au Fleuve Noir, qui nous permet de retrouver un Chris Miéville toujours aussi habile à imbriquer les phrases et les mots et laissant ici libre cours à son imaginaire débridé dont les lecteurs français ont déjà eu un brillant aperçu à travers des titres du cycle de la Nouvelle-Crobuzon (Perdido Street Station T.1 & 2, Le concile de fer, Les scarifiés) ou d'autres dont Londres est le lieu d'action privilégié, tels que Le roi des rats et le remarquable Lombres
Autre couverture : 
Journal de nuit
AUTEUR : Jack WOMACK (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 524, 9/2015 — 392 p., 8 €
TO : Random act of senseless violence, 1993
TRADUCTION : Emmanuel Jouanne
COUVERTURE : Sam Van Offen
Précédente publication : Denoël-Présences du Futur 562, 10/1995 — 336 p., 9.50 € — Couverture de Gauckler
Publié en Angleterre, ce roman de l'auteur américain Jack Womack (Terraplane, L'Elvissée) n'avait pas su intéresser les éditeurs de son propre pays, et pour cause. Le sujet déjà sentait le souffre. Pensez, l'histoire d'une préadolescente bon chic bon genre qui tourne à la junkie lesbienne, voilà de quoi faire dresser les cheveux de l'Amérique bien pensante sans aller jusqu'aux membres du réactionnaire Tea Party. Et quand vous y ajoutez le background d'une civilisation du salut au drapeau et du hamburger roi sombrant lentement dans la déliquescence, vous comprenez pourquoi il a fallu que ces pages s'exilent tout d'abord chez la moins conventionnelle verte Albion avant d'arriver en France où, avouons-le, certains aiment bien les récits qui parlent du déclin de l'Empire Etasuniens. Et en plus, c'est un très bon roman. Mieux, c'est presque une tranche d'Histoire rendue très réaliste par le point de vue narratif utilisé par l'auteur, à savoir le journal intime. Ce dernier a été baptisé Anna (on fera un rapprochement facile avec celui d'une petite juive hollandaise) a été offert à Lola Hart lorsqu'elle a eu douze ans par des parents plutôt à l'aise avec une mère universitaire et un père scénariste. Mais ce que confie Lola aux pages de son ami intime, ce ne sont pas seulement les pérégrinations de sa vie quotidienne à l'école de fille où elle étudie, mais aussi par allusion à des comptes rendus de presse ou à des émissions télévisées, la lente agonie d'une société en perdition. Minée par des émeutes de plus en plus sanglantes et de plus en plus réprimées, par l'assassinat successif des Présidents en exercice, les Etats-Unis meurent de l'intérieur, sans qu'aucun ennemi, anciens russes ou nouveaux terroristes islamiste ne viennent apporter sa pierre à l'édifice. Tandis que sa mère perd son emploi, que son père essuie refus après refus pour placer ses manuscrits, Lola croise de plus en plus fréquemment sur sa route des SFD qui finissent en barbecue, voit sa meilleure copine internée dans un camp dont elle ressort lobotomisée et s'enfonce sans le savoir dans chaos ambiant qui rythme les chapitres de ce livre sans concession. Réduits au chômage les parents de Lola doivent déménager à Harlem, un quartier désormais en pointe au sein de la crise économique qui a déclenché le soulèvement progressif de la population. Mais, loin d'être dérangé par ce brusque changement de standing, Lola nous décrit avec une acuité mordante les transformations presque naturelles qui affecte sa vie d'adolescente, ses ennuis avec Boo, sa sœur cadette, qui en vient à la craindre, sa conclusion avec de nouvelles copines, black et hispano, bande des rues à elles seule chez qui n'existent plus les tabous tels que le sexe et la drogue. Prenant peu à peu conscience de son homosexualité, Lola découvrira aussi son goût pour la violence qui finira par s'exacerber sur M Mossbacher, ancien employeur esclavagiste de son père. Et tel un voyeur qui ne parvient pas à détacher son regard de cette vie à livre ouvert, le lecteur se trouve entraîne dans cette sorte de descente aux enfers qui résonne de pernicieux écho au sein de notre réalité quotidienne rythmée par les soubresauts du conflit israélo-palestiniens, la menace terroriste, et la déferlante de Daesh. Ecrit en 1993 ce roman recèle un avant-goût de prémonitoire qui fait froid dans le dos et qui le déplace du réducteur contexte de l'ouvrage de SF vers la palette bien plus représentative de l'ouvrage socio-culturel, miroir d'un monde qui est loin d'être encore parvenu à ses dernières convulsions.
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