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lundi 1 octobre 2018


Kaboul et autres souvenirs de la Troisième Guerre Mondiale
(Recueil de nouvelles) Uchronie
AUTEUR : Michael MOORCOCK (Royaume Uni)
EDITEUR : DENOËL-Graphic, 7/2018 — 223 p., 23 €
TRADUCTION : Jean-Luc Fromental
COUVERTURE & ILLUSTRATIONS : Miles Hyman
SOMMAIRE :  ● Danse à Rome ● Escale au Canada ● Rupture à Pasadena ● Kaboul ● Incursion au Cambodge ● Le retour d'Odysseus
→ Que ce soit à travers son cycle d'Oswald Bastable ou les romans ancrés dans le Multivers (Elric, Erekosë, etc…) le vénérable auteur britannique Michael Moorcock nous a habitué à flirter avec l'Uchronie. Dans ce nouveau recueil brillamment imagé par les illustrations couleurs pleine page de Miles Hyman, il s'inspire à nouveau de cette thématique chère aux auteurs natifs de la perfide Albion. C'est ainsi qu'il nous invite à partager tout au long de six nouvelles l'errance à travers un monde en décomposition de Tom Dubrowski, espion russe d'origine juive. Nous faisons d'abord sa connaissance alors, qu'infiltré à Londres sous l'identité d'un antiquaire polonais, il est envoyé à Rome par son chef afin, en tant qu'agent dormant, de surveiller ses homologues ainsi que les traîtres éventuels, tout en signalant quiconque pouvait s'avérer d'une quelconque utilité pour les rouages obscurs des services du FSB. Tandis que les troupes de l'OTAN débarquaient à Chypre et que l'alliance syrienne équilibrait à peine la coalition israélo-égyptienne, Tom, à peine arrivé dans la cité éternelle, développe assez vite une relation intime avec Suzie Yellowless, petite anglaise venue du monde de la pop-music, qui le faisait profiter de son cercle d'amis et qui lui présenta Peter Martin et John Fuller, un couple d'homosexuels américains que ses supérieurs soupçonnaient d'appartenir à la CIA. Cette Danse à Rome se termine par un avortement et une mutation express à Kaboul. L'étape suivante de cette lente promenade au bord du gouffre nous propose une Escale au Canada, dans laquelle le narrateur en profite pour nous en dire un peu plus sur son passé, tout en continuant de retracer, sur fond de signature de pacte russo-indien, une nouvelle rencontre avec ces femmes souvent ectoplasmiques et interchangeables qui meublent son existence de nomade désœuvré. La suite, après un bref intermède à Maracaibo, entraîne notre globe-trotter de l'Armageddon dans Une rupture à Pasadena où il retrouve Julia, une ancienne compagne en train de mourir, frappée comme tant d'autres par épidémies et radiations sur une Terre où l'Afrique et l'Australie ont déjà été rayés de la carte. Puis, d'agent infiltré évoluant au sein d'une bourgeoisie parfois aveugle aux errements de la civilisation, Tom se transforme en mercenaire sans âme membre d'une troupe hétéroclite composée de survivants des forces spéciales de l'Onu et de l'Otan, d'un détachement d'Ouzbeks, de quelques Sikhs, de pas mal de bandits ramassés en chemin et d'une majorité de cavaliers cosaques placés sous le commandement du colonel Savitsky et en route vers Kaboul, qui donne son titre à  la nouvelle, alors que des frappes nucléaires venaient de détruire Lahor et Amristar. Spectateur désabusé d'une débandade généralisée, Tom ne participe par aux massacres perpétrés sur des prisonniers ou des civils, à la torture systématique ou au viol collectif, même s'il tue parfois quelqu'un par inadvertance. Non, il se contente de revivre quelques heures d'un amour sans lendemain avec la séduisante Emmy dans les caves d'une capitale afghane devenue une pâle copie d'Hiroshima. Incursion au Cambodge, le cinquième récit du recueil porte en lui les accents d'un Apocalypse Now revisité avec un Stavisky devenu commandant de division et son lot d'embuscades, de destructions de villages, de charges folles à travers les rizières, tandis que des champignons rougeoyants montent dangereusement sur l'horizon. C'est donc sans surprise que dans le dernier texte du livre, Le retour d'Odysseus,  on épilogue sur un Tom mourant qui, tel l'Ulysse de l'Odyssée, retourne dans son Odessa Natale frappée  par la quarantaine occasionnée par le terrible virus VB, afin de rencontrer une dernière fois sa famille et de s'embarquer sur une vieux Léviathan des mers bourré de munitions avec des compagnons condamnés comme lui au sein d'une pathétique flotte des Vétérans. Rien donc de vraiment réjouissant dans ce livre qui résonne comme une sorte de testament écrit sous la plume d'un auteur qui avoue son impuissance face aux dérives de notre propre quotidien dans des phrases comme : "Nous sommes tous fautifs. Pas seulement Trump, Poutine ou Kim. Nous sommes entrés en somnambule dans une guerre qui a commencé furtivement et s'est achevée dans le silence." Mais, comme toujours, nous sommes pris dans le canevas de la narration mordante et intimiste d'un écrivain qui nous invite à partager toute les désillusions de son nouvel anti-héros qui, tel le Elric melnibonéen, marche sans conviction vers sa mort annoncée, le tout mis en lumière par les images géantes et captivantes de l'artiste Miles Hyman donnant à ce livre une sorte de développement cinématographique aidant le lecteur à s'approprier l'histoire comme un téléspectateur rivé aux épisodes de sa meilleure série dans  un récit convoquant tous les fantasmes moorcockiens parcourus par les soubresauts d'un féminisme n'arrivant pas à se déterminer, des fanatismes religieux, de la propension humaine à scier la branche sur laquelle il est assis et de sa mauvaise foi proverbiale concernant son implication directe, même quand il s'agit du propre suicide d'une espèce humaine si irresponsable qu'il mérité bien d'y appartenir.


mardi 9 septembre 2014

Elric Intégrale 2
(Recueil) Dark Fantasy
AUTEUR : Michael MOORCOCK (GB)
EDITEUR : POCKET-Fantasy 7139, 2/2014 — 554 p., 11,20 €
SERIE : Elric
COUVERTURE : Jean Bastide
SOMMAIRE :
Elric le nécromancien (Traduit par Michel Demuth et Franck Straschitz)
La sorcière dormante (Traduit par Michel Demuth)
La revanche de la Rose (Traduit par E.C.L. Meistermann)
→ Dans ce second tome de l'intégrale des aventures d'Elric qu'ont entrepris de rééditer les éditions Pocket en respectant l'ordre chronologique des récits (ce qui n'avait pas été le cas dans la première parution française au Club du Livre d'Anticipation des éditions Opta) nous retrouvons l'anti-héros charismatique par excellence, le prince Elric de Melniboné, dont nous sommes invités à partager les multiples pérégrinations. Le recueil débute par Elric le nécromancien, un modèle du genre, qui avait eu jadis les honneurs des illustrations de Philippe Druillet. Le récit ce structure en plusieurs parties. Dans la première, Le songe du Comte Aubec, le prince albinos n'est pas partie prenante, mais laisse la vedette à un héros de sa trempe, le valeureux Aubec de Malador, le champion de la Reine qui, dans ses songes épiques, partit conquérir de nouveaux territoires sur les domaines du Chaos, entraînant ainsi la création des Jeunes Royaumes où, plus tard, Elric banni de son Empire aima promener sa silhouette maladive en quête de cette fabuleuse impression de vie qu'avait perdue Melniboné à l'agonie. Puis, La cité qui rêve, magistralement illustrée par Druillet dans une précédente édition, nous dévoile tous les secrets d'une trahison qui allait poursuivre l'ancien Empereur de Melniboné et provoquer la perte de la flotte vorace qui lui avait imprudemment fait confiance. Tandis que rient les dieux nous permet de retrouver Elric engagé dans une nouvelle quête, celle d'un objet mythique, un livre perdu en l'occurrence, qui devrait assouvir sa soif intarissable de connaissance sur la destinée humaine et la véritable nature des dieux auxquels il a lié son sort et qu'il méprise, tout en faisant sans cesse appel à leur puissance. C'est au cours de ce récit qu'Elric rencontre Tristelune, son compagnon d'aventures et aussi d'infortune, car, comme tous ceux inscrits dans sa trajectoire, cet amitié ne pourra le conduire que vers une fin inéluctable. La longue nouvelle qui suit, La citadelle qui chante, introduit l'une personnages de méchant récurrent du cycle, le sorcier Theleb K'aarna, porté par le désir d'établir le Royaume de Paradoxe et que le prince albinos poursuivra tout au long des pages de sa haine inflexible, n'hésitant pas à braver toutes sortes de périls pour avoir enfin raison de lui. Durant toutes ces histoires, Elric croisera la route d'une multitude de personnages féminins qui voudront chaque fois se lier à lui, comme ici la reine Yishana, mais dont il s'écartera dans le but de ne pas provoquer leur perte. Le texte suivant, La sorcière dormante, est scindé en trois parties : Le tourment du dernier Seigneur, Piège pour un prince Pâle et Trois héros pour un seul dessein. Dans la première, Moorcock nous relate les aventures d'un Elric toujours à la recherche du sorcier Theleb K'aarna, liant pour temps son destin à celui de Myshella, l'Impératrice de l'Aube, aussi nommée la Dame Sombre de Kaneloon, dont les terres sont la proie de la convoitise du prince Umbda qui a unit ses forces à celles de l'ensorceleur que pourchasse Elric. Afin de les vaincre, le prince albinos lancera sur eux le terrible sortilège du Noeud Coulant de Chair dont nulle âme humaine n'est capable de réchapper. Dans la seconde, Theleb K'aarna, qui a réussi à sauver sa vie, trouve en Urish les Seot-Doigts, roi sanguinaire de Nadsokor, la Cité des Mendiants, un autre allié de poids pour tendre un piège au prince de Melniboné qui a jadis dérobé dans son trésor un parchemin contenant une incantation qui était censé tirer sa cousine et amante Cymoril sur sommeil magique où elle avait été plongée. Enfin, la troisième partie, intègre la trajectoire de cet anti-héros de base dans les mailles du multivers, plus précisément à Tanelorn, la cité qui, durant son existence sans fin, revêt maintes et maintes formes, puis au sein du Désert des Soupirs où il retrouve Mysehella, la troublante sorcière, avant de vivre des aventures qui lui permettront, sous l'invocation de Corum, de liguer pour un temps son destin à celui d'Erekosë, autre émanation de la ménagerie héroïque morcockienne, afin de délivrer Jhary-a-Conel, autre incarnation du Champion Eternel dans l'île-monde de Melniboné. La revanche de la rose, le long récit qui conclut ce recueil, se présente en définitive comme une histoire annexe où Elric n'endosse pas vraiment son costume de serviteur du Chaos poursuivi par un fatum tragique. Tout commence par sa communion avec Mufle-Balafré, la dragonne qui vient lui rappeler le lien original entretenu par l'Empire de Melniboné et les terribles monstres ailés. Puis, toujours hanté par les fantômes de son passé, Elric part à la recherche d'un globe où l'on pourrait voir la Terre du futur, et continue sa quête lancinante afin de tenter d'échapper aux cortèges de malheurs qu'il traîne avec lui avec, pour but essentiel, de retrouver l'âme de son père. Un récit qui lui fera découvrir un nouvel allié en la personne de la Rose, seule survivante d'un peuple disparu uniquement animée par la soif de vengeance, et où se déploiera l'interminable procession d'une société tzigane qui parcours inlassablement le monde sur une route unique jalonnée sur ses bas côtés par les déchets et les détritus que leurs caravanes ont laissé lors de leurs précédents passages. Une sorte d'éternel recommencement qui flirte avec le conte philosophique et qui fournira l'occasion à Elric de faire la connaissance de personnages hauts en couleur, tels que le Prince Gaynor le Damné, ou Ernest Wheldrake, tout droit sortis de l'univers de Gloriana, sans oublier ses habituels démêlés avec les Seigneurs du Chaos toujours avides de conquêtes et particulièrement agressifs. Un recueil qui nous invite, une fois de plus, à emprunter les chemins du rêve afin de visiter des territoires magiques emportés dans un tourbillon de sang et de guerres, avec, disséminés aux coins des pages de spièges diaboliques qui se déclenchent au passage d'un Elric de melniboné toujours fidèle à lui-même dans son rôle de héros maudit promis à une fin tragique qu'il sait inévitable. Un épais volume qui se termine par quelques planches en noir et blanc extraites de l'album en couleur Le trône de rubis, premier tome de l'adaptation en bande dessinée de la saga d'Elric par Julien Blondel, Didier Poli et Roobin Recht.

samedi 7 septembre 2013

Elric – Intégrale 1
(Recueil) Dark Fantasy
AUTEUR : Michael MOORCOCK (GB)
EDITEUR : Pocket-Fantasy 7137, 5/2013 — 601 p., 12,80 €
COUVERTURE : Jean Bastide
SOMMAIRE :
« Prince blanc, épée noire », préface de Jean-Luc Fromental
Elric des dragons (Elric of Melnibone, 1972 Traduction : Daphné Halin)
La forteresse de la perle (The fortress of the pearl, 1989 — Traduction : Gérard Lebec)
Le navigateur sur les mers du destin (The sailor of the seas of fate, 1976 — Traduction : Georges W. Barlow)
Les autres titres de la série :
4.Elric le nécromancien
5.la sorcière dormante
6.La revanche de la Rose
7.L'Epée Noire
8.Stormbringer
9.Elric à la fin des temps
Comme il l'a fait récemment avec la Romance de Ténébreuse de Marion Zimmer Bradley, cet éditeur nous propose aujourd'hui de redécouvrir dans un agréable format semi poche facilitant la lecture l'un des plus célèbres cycles de l'heroic fantasy, celui d'Elric, le prince albinos du fabuleux empire de Melniboné. Dans sa passionnante préface Jean-Luc Fromental nous explique comment Michael Moorcock en vint à donner vie à ce premier véritable anti-héros d'un genre qui était encore balbutiante en France où les rivages littéraires à peine baignés par les vagues de la SF n'avaient reçu que quelques embruns du Conan de Robert Howard et n'étaient pas encore submergés par la déferlante Tolkien sévissant depuis de nombreuses années de l'autre côté de l'Atlantique. Pour ceux qui, comme moi, avaient découvert Elric à travers le somptueux ouvrage illustré par Philippe Druillet du CLA Aventures Fantastiques des éditions Opta, L'Elric des Dragons repris comme premier tome de cette intégrale qui suit enfin le rythme chronologique de l'histoire, faisait un peu office de séance de rattrapage pour un auteur qui avait eu la maladresse de tuer la poule aux oeufs d'or en faisant mourir trop tôt un héros appelé à devenir mythique au sein du paysage de la Fantasy. Cependant, Michael Moorcock n'est pas n'importe quel écrivain, et il a su donner à ce récit toute l'intensité nécessaire afin de rendre palpitante cette sorte de préquelle qui s'avère dés lors indispensable à la compréhension de l'ensemble du cycle. En effet, à travers Elric des dragons, nous sommes invités à appréhender l'origine du mal être profond qui gangrène Elric, cet empereur maladif siégeant sur le trône de rubis nourris de drogues et d’élixirs qui le maintiennent tout juste en vie au sein de l'Empire de Melniboné sur son déclin. Nous partageons sa passion pour sa cousine Cymoril et nous assistons au combat magique l'opposant à son cousin Yyrkoon, tenant de l'ancienne orthodoxie des princes melnibonéens. Une lutte qui le conduira à devenir l'un des Serviteurs du Chaos et à lier son sort à Stormbringer, l'épée ensorcelée grande buveuse d'âmes, l'entraînant sur la pente d'un destin aussi inéluctable que funeste. A ses côtés nous suivrons les efforts de l'Empire moribond pour repousser les assaut d'une puissante flotte venue des Jeunes Royaumes dans le but de piller ses inestimables trésors et nous pénètrerons pour la première fois dans le fabuleux multivers imaginé par un Moorcock en plein délire de merveilleux. Un multivers qui prend encore plus consistance dans le second roman de l'anthologie, La Forteresse de la perle où nous retrouvons un prince albinos qui s'est volontairement condamné à l'exil et qui erre désormais dans les étendues désertiques des Jeunes Royaumes, poussant ses pérégrinations jusqu'à la mythique cité de Quarzhasaat qui, après un règne glorieux, s'était évanouie au sein d'une vaste mer de sable pour avoir impunément défié la puissance melnibonéenne. Se faisant passer pour un maître voleur, Elric, sur le point de succomber par manque de drogues, est forcé d'entrer au service du seigneur Gho Fhazzi, puissant personnage de Quarzhasaat qui rêve de s'emparer de la Perle au Coeur du monde, un joyau enfermé dans la Forteresse de la Perle située sur un autre plan d'univers, qui lui permettrait d'obtenir une place au sein du Conseil des Six, l'organisme dirigeant la cité d'une main de fer. Au cour de sa périlleuse mission Elric rencontre Alnac Kreb, le voleur de songes, puis Raik Na Seem, le vénérable chef du clan Baraudim de l'oasis de la Fleur d'Argent, qui lui demande de briser le sortilège lancé sur Varada, la sainte Fille du clan, symbole de tous leurs idéaux et sa propre enfant. Une entreprise délicate que Elric mènera à bien avec l'aide de Oone, une autre voleuse de songes avec qui il se rendra à la Forteresse de la perle afin de dérober le Rêve qui retient la Sainte Fille prisonnière. Après avoir survécu à ce voyage au milieu des Rêves et avoir déchaîné le courroux de Stormbinger sur Quarzhasaat et son Conseil des Six, le prince albinos se réveille sur un rivage perdu prélude au troisième et dernier récit de ce volume, Le navigateur sur les mers du destin. Là, Elric est sauvé de la mort par un navire surgit de nulle part et commandé par un capitaine aveugle. A son bord, il fait la connaissance de trois autres incarnations du Champion Eternel, Erekosë, Corum et Hawkmoon, convoqués comme lui par les Seigneurs de l'Ordre et du Chaos afin d'affronter Agak et Gagak, deux sorciers libérés lors des récentes ébranlements dans la structure des mondes, qui ont la capacité de s'emparer de toute la puissance contenue dans l'univers et contre lesquels ils sont les seuls à pouvoir combattre et surtout, à espérer triompher. Autant dire que cette nouvelle aventure nous propulsera un peu plus dans les méandres vertigineux de l'imaginaire moorcockien, développant une intrigue emplie d'une magie sombre et épique qui reste la marque de fabrique de ce génial romancier britannique ayant envoûté toute une génération de lecteurs au rythme de sa prose poétique ouvrant toute grande les portes qui conduisent vers les territoires inexplorés du merveilleux.

dimanche 1 février 2009

MOORCOCK Michael (Gb)
Ecrivain britannique né en décembre 1039 à Mitcham, prés de Londres. Très tôt tenté par l’écriture, il devient en 1957 rédacteur en chef de la revue Tarzan Adventures, qui correspond parfaitement à son admiration pour Edgar Rice Burroughs, puis de New Wolrds qui servit de tremplin à l’expression littéraire d’une nouvelle forme de SF. Parallèlement, il collabore à plusieurs groupes de rock tels que Hawkind et Blue Öyster Cult, tout en ne négligeant une écriture « dite » plus populaire et la Fantasy en particulier avec le fameux cycle d’Elric le nécromancien. C’est à travers cet anti-héros par excellence que Michael Moorcock exprime le mieux l’une des thématiques essentielles de son œuvre, à savoir le combat entre l’ordre et le chaos. Il y initie également sa théorie du Multivers, vaste réseau de mondes parallèles où évoluent ses multiples incarnations du champion éternel comme Elric, Hawkmoon, Corum ou Erekosë. Auteur multi facettes, il manie également avec brio la SF (« Les aventures de Jerry Cornelius » et « Les danseurs de la fin des temps ») et l’uchronie (le cycle du « Nomade du temps »)
◊ Le cycle du guerrier de Mars (Recueil) Heroic Fantasy
Omnibus, 2/2008 — 704 p., 22,50 € — Couv. : Bridgman Art Library (photo) — Sommaire :
● Avant-propos de Michael Moorcock
La cité de la BêteWarrior of Mars/The city of the Beast, Compact, 1965 — Tr. : C. Wall-Romana & J.-F. Amsel
Précédente publication : Albin Michel-Epées et Dragons 1, 7/1989 — 190 p., 5.80 € — Ser. : Le cycle du guerrier de Mars 1 — Couv. : Philippe Druillet
Le seigneur des araignéesBlades of Mars/Lord of the spiders, Compact, 1965 — Tr. : C. Wall-Romana & J.-F. Amsel
Précédente publication : Albin Michel-Epées et Dragons 2, 7/1989 — 190 p. 5.80 € — Ser. : Le cycle du guerrier de Mars 2 — Couv. : Philippe Druillet
Les maîtres de la FosseBarbarians of Mars/Master of the pit, Compact, 1965 — Tr. : Anne Guillaume
Précédente publication : Albin Michel-Epées et Dragons 7, 12/1989 — 189 p. 5.80 € — Ser. : Le cycle du guerrier de Mars 3 — Couv. : Donald Grant
SojanSojan the swordsman, in Tarzan Adventure, 1957-1958 — Tr. : Patrick Dusoulier
La sorcière perdueLost sorcerer of the silent citadel, in Mars Probes, antho. De Peter Crowther, Daw 2002 — Tr. : J.-F. Amsel
Critiques : Galaxie 1/Bis 43 (Denis Labbé) ; Le Monde des Livres du 11/04/2008 (Jacques Baudou-Michael Moorcock : retour sur Mars) ;
http://www.phenixweb.net/ (Bruno Peeters) ; http://www.yozone.fr/ (Stéphane Pons)
→ « Pendant plusieurs années, Edgar Rice Burroughs fut mon plus grand héros en littérature. Je lui suis redevable e la simplicité et de l’efficacité de sa structure narrative, et je pense que j’ai appris mon métier de conteur en suivant ses leçons », cette confession de Michael Moorcock dans l’introduction de ce livre explique en partie son attachement à la Fantasy populaire qui se traduisit par de nombreux textes se rattachant à ce domaine avant la parution plus élaborée du cycle d’Elric le nécromancien. C’est juste après le succès rencontré par cet anti-héros ténébreux que Moorcock eut l’idée d’écrire la série martienne en hommage au créateur des personnages de Tarzan et de John Carter, et sur la demande de l’éditeur de la revue New World, dont il était lui-même le rédacteur en chef. Cette revue s’efforçant de briser les conventions du genre, Moorcock jugea utile de publier la série martienne, par trop conventionnelle, sous le pseudonyme de Edward Powys Bradbury, un auteur mystérieux né en 1924, et sous les titres de : Les guerriers de Mars, Les épées de Mars et Les barbares de Mars. Depuis, ce cycle qu’il mit juste une semaine à écrire, a été souvent réimprimé, avec de nouveaux titres et sous son vrai nom, mais sans qu’il en changeât une ligne. Dans le roman d’ouverture, La cité de la Bête, le physicien américain Michael Kane, à la suite d’un dysfonctionnement du transmetteur de matière qu’il a inventé, se retrouve projeté sur la planète Mars, mais des millions d’années dans le passé, comme ce sera aussi le cas du héros de L’épée de Rhiannon, le fascinant roman de Leigh Bracket. Cette réplique du monde Barsoomien de Burroughs qui répond au non de Vashu est un monde en pleine effervescence où l’on peut rencontrer toutes sortes de créatures partageant des mœurs à peu prés identiques à celle de notre Moyen Age. Kane y fait la connaissance de la belle Shizala. Pour sauver cette princesse du royaume de Varnal dont il est tombé amoureux, notre héros se lancera dans une suite d’aventures mouvementées qui le conduira à affronter de terribles géants bleus, à combattre des tyrans sanguinaires, ainsi qu’à triompher d’une monstrueuse Bête qu’il défiera en combat singulier. Et au moment où il croit enfin toucher au but, voilà que le fichu transmetteur fait de nouveau des siennes et que, comme son émule John Carter de la Barsoom de Burroughs, il le renvoie sur Terre, loin de sa dulcinée. Le second volet du cycle, Le seigneur des araignées, permet à Kane, grâce aux subsides du généreux mécène à qui il raconte son histoire, de réparer son transmetteur afin de retourner sur Vashu et de retrouver la belle princesse Shizala. Mais, il devra surmonter de nombreuses épreuves avant que le destin les réunisse à nouveau, parmi lesquelles animaux monstrueux, barbares assoiffés de sang et tyrans sanguinaires auront la part belle. Enfin dans le troisième et dernier épisode du cycle, Les maîtres de la Fosse, nous présente un Kane devenu un redoutable bretteur sur son monde d’adoption. Désormais prince de Varnal, la plus puissante cité de Mars, il pense pouvoir couler des jours paisibles auprès de sa femme, la belle princesse Shizala. Mais c’est sans compter avec l’épidémie de Peste Verte qui décime la population martienne. Une nouvelle occasion pour Kane, aidé par son compagnon, le géant bleu Hool Haji, de démontrer une nouvelle fois qu’il est l’homme de la situation, le seul capable, grâce à son épée et à son intelligence, de sauver son bonheur et la fabuleuse planète guerrière où il est bien décidé à passer le reste de son existence. Après la fin de ce cycle martien, le livre enchaîne sur un inédit, Sojan, un texte écrit par Moorcock à 15 ans et qui fut sa première nouvelle publiée dans la revue Tarzan Adventure de Ted Carnell dont il était le rédacteur en chef, venant en feuilleton juste à la suite du John Carter de Burroughs. On y suit les aventures du bouillant Soja, un mercenaire engagé dans de farouches combats sur l’étrange planète Zylor située aux confins de l’univers. Enfin, pour conclure en beauté ce remarquable recueil, nous avons droit à un deuxième inédit, La sorcière perdue, une longe nouvelle plus récente (2002) inspirée de l’œuvre de Leigh Bracket, avec l’allusion à son héros Nortwest Smith, mais aussi l’enfance du héros, John MacShard, qui se déroule sur la pesante planète Mercure où il était appelé Tan-Arz, comme celle de Eric John Stark, le personnage principal du cycle de Skaith chez Brackett. Arrivé sur Mars il devra y combattre une déesse sanguinaire qui rêve de reconquérir son pouvoir perdu, avec un clin d’œil final au fameux multivers qui servira de trait d’union à l’ensemble de l’œuvre moorcockienne dans le domaine de la Fantasy, mais aussi de la SF. Après Le cycle d’Elric et celui de Hawkmoon, les éditions des Presses de la Cité nous permettent ainsi de découvrir ou de découvrir un large éventail de l’œuvre de Michael Moorcock, un maître dans le domaine de la fantasy épique.
Les autres titres de la série :
1.La cité de la Bête
2.Le seigneur des araignées
3.Les maîtres de la Fosse