vendredi 3 juin 2016

La maîtresse de guerre
(Roman) Aventures Fantasy
AUTEUR : Gabriel KATZ (France)
EDITEUR : POCKET-Fantasy 7203, 3/2016 — 480 p., 8.50 €
COUVERTURE : Alexandre Chaudret
Précédente publication : Scrinéo, 1/2014 — 416 p., 16.90 €
→ De Gabriel Katz, les éditions Pocket nous avaient déjà donné à lire la réédition en poche des 3 tomes de la série Le puits de mémoires (précédemment parus chez Scrinéo) qui nous avaient entraînés sur les traces de 3 aventuriers amnésiques à la recherche de leur passé. Si la trame principale aurait pu sembler familière aux adeptes des jeux de rôles avec le choix d’un triptyque de protagonistes à connotation quête héroïque (assassin-mage-guerrier) l’intrigue s’était avéré beaucoup plus approfondie qu’une simple campagne de D&D, avec des caractères ambivalents finement ciselés et une description par petites touches d’un background réaliste et convainquant. Ce sont ces atouts que l’on retrouve dans ce nouveau roman qui, cette fois, met en scène une héroïne féminine, Kaelyn, l’enfant unique d’un maître d’armes qui va s’efforcer de trouver sa place au sein d’un monde en guerre où les hommes se taillent la part du roi. Pour prouver son courage et sa détermination, elle prendra la route avec une troupe de vaillants combattants en direction du sultanat d’Azman peuplé de barbares et autres hordes de cannibales. Fraîchement débarquée sur le terrain avec Darian, son nouvel amoureux, elle est cependant faite prisonnière par Hadrian, le Maître de guerre des troupes ennemis, qui, après avoir massacré ses compagnons, l’emmène comme esclave à Damnas, la capitale du sultanat. Là, elle devra jouer serré pour ne pas être vendu au plus offrant comme le voudrait Fenia, l’épouse d’Hadrian et la nièce du sultan. Grâce à un coup d’éclat, elle parvient à attirer l’attention du redoutable guerrier qui accepte de l’entraîner, car son but secret est de devenir à son tour Maîtresse de Guerre. Dés lors débute une suite de péripéties où serons amenés à suivre la progression des rapports entre le maître et son élève englués dans une guerre où le camp des barbares n’est pas aussi clairement défini qu’il le paraît de prime abord et où les intrigues de palais peuvent détruire les réputations, mais aussi les vies. Poursuivi par Dikaon, un amoureux défiguré et éconduit devenu un Waegs, fer de lance des Rouges, l’armée des Libérateurs en marche sur Damnas, elle devra aussi se méfier de Sharid, le fils du général Gahar, commandant suprême des troupes du sultan qu’elle a humilié en combat singulier, mais pourra compter sur des alliés précieux tels que la vieille servante Ladrian ou la courtisane Anamen. Nullement engoncée dans un costume d’amazone asexuée, Kaelyn va devoir démontrer toutes ses qualités de combattantes tout en laissant parler les émotions qui bouillonnent au fond de son cœur. De quoi séduire les lecteurs qui se laisseront sans mal captiver par la trajectoire hors du commun de cette héroïne décidemment bien attachante.
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jeudi 5 mai 2016

Les petites fées de New York
(Roman) Merveilleux
AUTEUR : Martin MILLAR (Royaume Uni)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 536, 1/2016 — 354 p., 8,20 €
TO : The good fairies of New York, 1992
TRADUCTION : Marianne Groves
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Editions Intervalles, 4/2009  — 304 p., 19 € — Couverture non illustrée
Lorsque Neil Gaiman en personne prend la peine d'écrire la préface élogieuse d'un roman, en soit, cela représente déjà un gage de bonne lecture promise, Et le roman de l'écossais Martin Millar ne nous déçoit pas. Les fées à New York, tout au moins les créatures de l'imaginaire, on connaît, ne serait-ce qu'à travers la BD Ekhö de Arleston et Barbucci (ed. Soleil). Ais Millar, c'est autre chose… Oubliez les fées Clochette et consort de l'univers Disney et faites la connaissance avec Morag McPherson et Heather MacKintosh, deux petites fées écossaises qui, après un soir de bonne cuite, se retrouvent catapultées dans un New York tentaculaire bien différent de leur ancien environnement campagnard. Alcooliques, toujours emmêlé dans le conflit ancestral qui agite leurs clans respectifs, elles décident, travail de fée oblige de s'attacher à améliorer le quotidien des quelques humains égarés dans ce monde de brute qu'elles ont pris sous leur coupe car ils ont la capacité, et pour certains le malheur, de les voir. Dinnie, ennemi de l'humanité en surcharge pondéral et pire violoniste de New York fait parti des élus. Musiciennes hors pair, bien que l'idée de jouer les Ramonès sur leurs violons ait suscité un certain émoi parmi le peuple de la féerie, nos pétillantes écossaises s'attacheront à son cas avec un soin qui, pour lui, frisera la persécution. Il faut dire, à leur décharge, que Dinnie joue sans le savoir sur le plus légendaire violon d'Ecosse, un viatique qui, s'il le leur donnait, leur permettrait de lever la procédure de bannissement dont elles ont fait l'objet après une sombre histoire portant sur la détérioration de l'honorable bannière des McLeod. Mais elles s'occuperont également de la jolie Kerry, atteinte de la maladie de Crohn et qui passe son temps à mettre la dernière touche à son alphabet de fleurs, Magenta, la clocharde qui se prend pour Xénophon et rejoue l'Anabase en plein Manhattan, sans oublier le fantôme de Johnny Tender en quête de sa guitare fétiche et un mystérieux pavot à 3 têtes. N'oublions pas les écureuils de Central Park qui parlent comme vous et moi (mais qui ne croient pas aux fées, eux!) et les autres fées du coin, chinoises, italiennes et africaines, qui ne voient pas d'un bon œil l'arrivée de ses empêcheuses de tourner en rond blackboulant quelque peu leurs sacro-saintes règles de vie et empiétant sur leurs territoires respectifs. Parfait manieur d'intrigues, comme il a su si bien le faire avec la série de Thraxas dont les premiers volumes sont parus en France aux éditions Fleuve Noir, Martin Millar s'amuse également à nous délocaliser en nous ramenant dans l'Ecosse natale des fées soumise désormais au dictat d'une révolution industrielle imposée contre laquelle se dresse un certain Aelric qui se sert d'une ancien ouvrage du président Mao pour, du fin fond de son Cornouailles, semer la pagaille dans la nouvelle organisation plongeant le Petit Peuple dans le désespoir d'un travail de 12 heures par jours. Poursuivies par les fées vengeresses que le roi Tana, craignant pour sa couronne, a lancé à leur poursuite, nos deux comparses querelleuses vont semer la zizanie partout où elles passent entraînant dans le sillage de leurs catastrophes pavées de bonnes intentions tous ceux qui croiseront leur route de poudre et de paillettes, Et, après tout cela, vous pensez encore que vous allez vous ennuyer durant ses 354 pages… Que nenni ! Croyez-moi, vous en redemanderez, et ça tombe bien car vous pourrez retrouver martin Millar chez Intervalles avec ses deux romans du cycle de Kalix le loup-garou (Kalix le loup-garou solitaire et Kalix, la malédiction de la loup-garou) deux livres qui, comme pour Les petites fées de New York ont le mérite de faire pénétrer le merveilleux dans notre univers quotidien en faisant endosser aux créatures qui l'habitent des  costumes proches des nôtres avec leur lot de mensonges, de traîtrises, de perfidie, mais aussi de tendresse, d'humour et parfois de grivoiserie.
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Le jardin des silences
(Recueil) Fantastique
AUTEUR : Mélanie FAZI (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 537, 1/2016 — 336 p., 7.70 €
COUVERTURE : Bastien Lecouffe-Deharme
Précédente publication : Bragelonne-L’Autre, 10/2014 — 256 p., 15 € — Couverture de Fabrice Borio
Après Notre-Dame aux écailles et Serpentine voici le troisième recueil de nouvelles de Mélanie Fazi, que les lecteurs de Fantasy et de Fantastique on appris à connaître, tant à travers ses textes empreints d'une pernicieuse mélancolie que par ses remarquables traductions notamment celle de la trilogie des Iles glorieuses de Glenda Larke. Dans Swan le bien nommé, nouvelle qui ouvre ce recueil on retrouve tout le talent de l'auteur capable de nous transporter derrière le miroir sans tain de l'histoire pour nous inviter à suivre les mésaventures d'une narratrice confrontée aux talents maléfiques de Marie-Anne, sa belle-mère envahissante, une femme qui ne tolérait pas les échecs et qui, après l'avoir fait fuir de sa propre maison, était parvenu à transformer son frère en un délicat mais pitoyable cygne. Heureusement l'autre Ole Ferme l'Oeil, pas le bonhomme au parapluie qui lui racontait des histoires le soir dans sa chambre, mais le grand prince noir dont l'ombre est synonyme de mort, saura lui trouver un moyen d'exprimer sa vengeance L'arbre aux corneilles est un conte de Noël dans lequel on entre sur la pointe des pieds pour écouter les confessions de la narratrice qui retrouve les émois de ses Noëls d'enfance à travers les présents qu'apportent d'étranges Corneille, le tout se confondant avec les fascinantes impressions provoquées par un début de grossesse. Miroir de porcelaine est un récit sur la création artistique, sorte de mythe de Frankenstein revisité avec une créatrice quelque peu dépassée face à l'automate qu'elle a conçu, le tout saupoudré d'une délicate et perverse sensualité. L'autre route débouche sur le fantastique à l'état pur quand un père ramenant sa fille  chez sa mère emprunte par mégarde une route qui conduit vers un univers parallèle hanté par des créatures inquiétante et dans lequel il aura le plus grand mal à ne pas se laisser sombrer,  Les sœurs de la Tarasque marque la première apparition du personnage du Dragon dans ce recueil. Ici, il s'incarne sous la forme de L'Avatar, un cracheur de feu capable de prendre forme humaine à qui sont destinées des élues, des jeunes filles élevés dans un couvent isolée, Rachel en fait partie, un grand honneur pour sa famille, mais pas pour elle, symbole de révolte emplie d'interrogations et bien décidée à ne pas se laisser corseter par les règles qui régissent ce monde de sacrifiées consentantes. Le pollen de minuit débute par une phrase choc qui, tout de suite capte l'intérêt du lecteur : « Chaque fois qu'un humain s'endort, une de mes sœurs s'éveille » et nous invite à découvrir l'existence de créatures fascinantes nées de la symbiose entre le monde du merveilleux et un cerveau humain enfin capable de rêver avec, à nouveau, de subtiles approches vers la naissance et la transmission. L'été dans la vallée raconte l'histoire d'un don, celui d'une jeune fille dotée d'une voix envoûtante dont sa vallée de naissance ne voudrait pour rien au monde se passer. Pourtant elle a décidé de quitter ce lieu, en dépit du désespoir de Noé, son copain de toujours, et parce qu'elle sent bine en elle les ravages vers lesquels le pouvoir qu'elle détient peut conduire. Le jardin des silences, qui donne son titre au recueil, nous entraîne dans ces petits recoins oubliés du monde que recèle la capitale parisienne ainsi qu'à l'intérieur des pensées d'une narratrice tourmentée comme aime si souvent nous les décrire Mélanie Fazi. Ici, le surnaturel se mélange au polar, tout en poésie et en tensions exacerbées à travers les apparitions d'un étrange bonnet et les tribulations d'une vie de couple dansant sur le fil du rasoir. Née du givre est avant tout une histoire de possession. Basée sur la thématique de miroirs elle nous narre avec un fatalisme rédhibitoire la trajectoire d'une sorte d'Alice qui, progressivement, se laisse engloutir par son propre reflet la dépouillant peu à peu de tout ce qui faisait sa personnalité dans un récit marqué par le sceau d'un horreur psychologique qui prend lentement aux tripes. Dragon caché, seconde intervention de la thématique des cracheurs de feu dans ce recueil, focalise l'intrigue sur Abel, un petit garçon mi-humain mi-végétal fruit des mutations engendrée par l'histoire d'une nature contaminée. On y découvre comment il va devoir faire face à la méchanceté de ceux qui ont décidé d'éradiquer tout ce qui semble bizarre ou simplement quelque peu différent de leur sacro-sainte banalité. Grâce au dragon caché, minuscule organisme intégré au sien dont le cœur battait à l'unisson, dont les chairs et le système nerveux s'entremêlaient étroitement et qui lui permettait, qu'il soit dragon d'eau ou de terre, d'air ou de feu, d'apprivoiser la nature et de la plier à sa volonté, il av parvenir à gravir peu à peu les étapes conduisant à l'âge adulte synonyme de force et de libre arbitre. Avec, au bout du chemin, les retrouvailles avec Providence, le dragon de terre de la pauvre Amalia victime de la folie des hommes et de leurs détestables préjugés. Un bal d'hiver revient sur la blessure de la perte, celle que causse la disparition d'un être cher. Pour la jeune Oriane, c'est sa mère, dont Judith, nouvelle compagne de son père, tente d'usurper la place. Mais, contrairement à Marie-Anne, la belle-mère sorcière de Swan le bien nommé qui ouvrait ce recueil, Judith est placé sous le signe de la bienveillance comme le prouveront les fantômes qui l'accompagnent et le son d'une flûte qui aidera Oriane à surmonter sa difficulté de continuer à vivre. Enfin Trois renards sous le prétexte de la fable fantastique campant les traits d'une violoniste capable de donner vie par son seul talents à trois renards qui transcendent son œuvre, Mélanie Fazi nous plonge en plein drame conjugal et offre un vibrant plaidoyer sur l'intolérable malaise de la violence entre êtres qui se sont aimés ou qui, pire s'aiment encore, avec pour phrase marteau, personne ne vous fait aussi mal que ceux qui vous connaissent le mieux, mais cependant une lueur d'espoir pour terminer ce remarquable recueil qui, comme l'auteur le précise dans une interview, alors que ses premiers textes étaient assez sombre, ouvre la voie vers de choses plus lumineuse.
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samedi 16 avril 2016


Les terres de cristal
(Roman) Aventures Fantasy
AUTEUR : Gabriel KATZ (France)
EDITEUR : Pocket-SF/Fantasy 7165, 9/2015  478 p., 8,10 €
SERIE : Le puits des émoires 3
COUVERTURE : Miguel Coimbra
Précédente publication : Scrinéo, 3/2013 — 432 p., 16,90 € — Couverture de Miguel Coimbra
Les autres titres de la série :
1.La traque
2.Le Fils de la Lune
Avec ce troisième de la trilogie du Puits de mémoire les éditions Pocket concluent la réédition d'une série d'héroic fantasy française des plus réussie publiée préalablement en grand format chez Scrinéo. Porté par un remarquable pitch d'introduction (trajectoire d'un trio de personnages amnésiques) et les multiples rebondissements qui en découlent cette série s'appuie sur des anti-héros qui, même si leurs caractéristiques s'apparentent à un bon vieux Donjon & Dragons (le voleur, le guerrier, le mage), deviennent au fil des pages de plus en plus attachants, même pour les lecteurs les plus blasés du genre. On les retrouve ici, tandis que l'intrigue sur Olen, ayant retrouvé son statut de prince de la cour de Nowik, mais confronté à l'hostilité de son proche entourage cherchant à tirer profit de son amnésie révélée au grand jour pour faire régner à sa place son frère Ingvar obèse et craintif. Bien qu'il ait retrouvé la belle Oranie, son amour de toujours, les affaire ne s'arrangent guère pour lui, au point qu'ils doivent trouver refuge dans la forteresse de Westerwald devenue le repaire de son ami Kharab, le Doyen des Mages et de Nils, le Fils de la Lune, désormais porteur d'une épée enchanté habitée par le feu et la glace et capable de vider un homme de son sang à la première estafilade. Tandis que Njorad, le fils du redoutable seigneur Edkharen, le maître des Terres de Cristal, s'efforce de mettre la main sur Enseth l'albinos grâce à ses cavaliers de cristal qui sèment la terreur dans toute la région, ce dernier est soustrait à leur convoitise par la mystérieuse Norah qui emmène au Doyen des Mages, à Nils et à Olsen celui qui leur avait jadis causé tant de tourments à travers la poursuite impitoyable qu'il avait engagé contre eux. Grâce à lui les trois compagnons en apprennent un peu plus sur le complot dont ils ont été victimes ourdi à la fois par le haut seigneur Edkharen, par Odéric le roi de Woltan et princesse Irenia responsable de la mort de son père le roi Harald qui siégeait sur le trône d'Oster. Profitant de son influence, Karib force le roi Oderic a engager la guerre contre Edkharen et les Terres de Cristal. Désormais, c'est une immense armée qui part vers les redoutables territoires du Nord. Là-bas, end épit des leurres et des ruses qui seront mis en place, les soldats woltaniens auront du mal à triompher des ennemis surgissant à travers les tempêtes de neiges, tandis que, tapis au sein des neiges éternelles, une terrible secret n'attend plus  que la venu des trois compagnons toujours plongés en plein cœur des aventures pour se révéler au grand jour et conclure une trilogie éminemment sympathique.
Autre couverture :

mercredi 13 avril 2016

Martiens go home !
(Roman) Science Fiction Humoristique
AUTEUR : Fredric BROWN (Usa)
EDITEUR : gallimard6Folio SF 6, 2/2016 — 219 p., 8.80 €
TO : Martians go home !, Dutton, 1955
TRADUCTION : Alain Dorémieux
COUVERTURE : Frédérik Peeters
Précédente publication :
● Denoël-Présence du Futur 17, 2/1957 — 192 p., 7.50 € — Couverture non illustrée (comète stylisée orange)
● Editions Rencontre-Les Chefs d’œuvre de la science-fiction, 4/1970 — 272 p., 12 € — Couverture non illustrée (relié cuir)
● Denoël-Présence du Futur 17, 2/1957 — 192 p., 7.50 € — Couverture non illustrée (comète stylisée verte)
● CAL-Les Chefs d’œuvre de la science-fiction, 5/1973 — 256 p., 15 € — Couverture non illustrée cartonné (comprend également : Les Myeups, Entité piège & Cauchemar)
● CAL-Les Chefs d’œuvre de la science-fiction, 5/1973 — 256 p., 15 € — Couverture & illustration de Boghossian, cartonné (comprend également : Les Myeups, Entité piège & Cauchemar)
● Denoël-Présence du Futur 17, 2/1979 — 192 p., 7.50 € — Couverture Stéphane Dumont
● France Loisirs, 10/1982 — 192 p. 9.50 € — Couverture Young Arstits VLOO
● Denoël-Présence du Futur 17, 4/1994 — 192 p., 7.50 € — Couverture Joëlle Coulombeau
● Gallimard-Folio SF 6, 9/2000 — 224 p, 6.50 € — Couverture Frank Kelly Freas
« Salut Toto, c'est bien la Terre ici ? ». Il faut attendre la page 21 de cette réédition Folio de l'inénarable chef d'oeuvre de Fredric Brown pour réaliser que l'on ne va pas s'ennuyer dans ce court roman qui s'intègre parfaitement dans l'atmosphère de guerre froide où il a été écrit, Il est vrai que voir débouler sur notre planète déjà empétrée dans ses problèmes de crimes, d'injustice, de paranoïa militaire et de relations hommes femmes pour le moins orageuses, de petits hommes verts capables de « couiner » c'est à dire de se téléporter n'importe où dans une fraction de seconde, et de voir à travers tout ce qui est opaque a de quoi bouleverser le train train quotidien de l'américan way of life, Plus d'intimé désormais possible face à ces êtres venus d'ailleurs qui se montrent à la fois exaspérants, exécrables, bourrus, corrosifs, grossier, injurieux, impudents, korriganesques, malhonnêtes, perfides, pernicieux, railleurs, truculents, vexatoires et... wisigothiques, pour ne citer que quelques uns des qualificatifs qui leur vont comme un gant. Racontée à travers le point de vue de Luke Devereaux, un écrivain en panne d'inspiration, mais pas de bouteilles d'alcool, la rencontre nous propose une sorte d'effet miroir sur les défauts de notre propre humanité (contrairement à nous, les martiens ne savent pas mentir) mis en exergue par les excentricités de ces bonshommes sans gêne qui rendent dorénavant dérisoires toutes les manifestations de l'excès de pouvoir (disparition de la stratégie du secret et de toutes les implications belliqueuses qui en découlaient), Heureusement, l'arrivée, digne de La guerre des mondes de Wells dans le prologue introductif, de ces êtres sans foi ni loi servira à notre héros de circonstances à reconquérir l'élue de son cœur, zappée un peu trop vite de sa vie. Sans oublier un inévitable retournement de situation qui lui permettra de s'inscrire en figure de proue parmi les tentatives désespérées de luttes contre cet ennemi extérieur devenu en quelques secondes le pire des ennemis intérieurs. Bien entendu, pour les cinéphiles avertis, on conseillera de se tourner vers le Mars attack de Tim Burton pour trouver une version plus guerrière mais tout aussi dégantée de cette invasion que nous avons bien méritée. Notons que l'illustration de couverture de Frederik Peeters exprime à merveille toute la drôlerie de ce livre qui, en dépit du temps qui passe, reste une valeur sure de la littérature de SF made in USA portée par des écrivains parfois prophétiques lorsque, par exemple le Martien go home de cette histoire sera replis plus tard à travers le célèbre  Us go home de la la guerre du Vietnam.

jeudi 17 mars 2016

La Longue Terre ◊
AUTEUR :  Terry PRATCHETT & Stephen BAXTER (Royaume Uni)
EDITEUR : Pocket SF 7211, 2/2016 — 475 p., 8.40 €
SERIE : La Longue Terre 1/
TO : The Long Earth, Transworld Publishers, 2012
TRADUCTION : Michael Cabon
COUVERTURE : Marc Simonetti
Précédente publication : L’Atalante-La dentelle du Signe, 5/2013 — 384 p., 23 € — Couverture de Leraf
→ Dans Quand Terrry Pratchett,  le maître de la Light Fantasy, auteur de l’inénarrable série du Disque-Monde, associe son talent d’écrivain à celui de Stephen Baxter, un chantre de la hard SF, on pourrait penser s’attendre à faire un grand écart de lecture qui accoucherait d’une souris. Et pourtant, ce n’est pas le cas. Du côté de la tendance scientifique, il y a l’ouverture sur la thématique des univers parallèles, et de celui du loufoque, le moyen d’y parvenir, un boîtier abritant un fil de cuivre, un commutateur, et une… pomme de terre, l’objet à la portée de tous les apprentis bricoleurs qui permet de glisser d’un univers à l’autre. Parmi ces slidders (pas ceux de la fameuse série) il y en a un cependant qui tire mieux que les autres sont épingle du jeu. Josué Valienti, en effet, n’à même pas besoin de cet étrange appareil pour sauter d’un monde à l’autre et explorer ces infinités de monde vide de toute présence humaine. Dés lors, il ne tarde pas à être contacté par TransTerre, filiale d’une mystérieuse entreprise  nommée Black Corporation pour entreprendre un fantastique qui voyage qui doit l’emmener aux frontières de la fameuse Longue Terre. Trouvant ainsi l’opportunité d’échapper à quelques démêlés avec les autorités de la Prime Terre, Josué s’engage dans cette aventure qui se déroulera à bord d’un dirigeable, en compagnie de Losbang, une intelligence artificielle qui se présente sous la forme d’un distributeur de boissons et qui se prétend la réincarnation d’un réparateur de motocyclettes tibétain. Evidemment la découverte des ces infinités de monde leur réservera pas mal de surprises, tandis que le lecteur, de flash back en multiples digressions sera amenés à suivre la trajectoire d’autres personnages au passé digne des meilleurs sujets de romans. Jamais ennuyeuse, l’exploration de ces terres vierges débouchera sur de multiples pistes exploitées par une humanité révolutionnée par cette découverte qui bouleverse l’équilibre des gouvernements. Peuples colonisés à la recherche de terres ancestrales non encore conquises, pionniers désireux de se lancer dans une sorte de nouvelle conquête de l’Ouest, individus cupides friands de ruées vers l’or, simple quidam en quête d’espace vital et désireux d’abandonner la réalité engoncée de la Terre d’Origine, toutes les destinées peuvent désormais se réaliser au sein de ces univers multiples pavés d’une myriade de possibilités. C’est donc un merveilleux voyage que nous sommes invités à partager dans le premier tome de cette fantastique série, préalablement publiée chez l’Atalante et qui compte déjà trois autres titres parus bientôt repris chez Pocket : La Longue Guerre – La Longue Mars – La Longue Utopie nous plongeant dans un délicieux délire digne du multivers de Michael Morcock ou du Monde du Fleuve de Philip Jose Farmer.
Autre couverture :

mercredi 17 février 2016

La chute de Londres
(Essai) Reportage
AUTEUR :  China MIEVILLE (Royaume-Uni)
EDITEUR : Pocket Agora 377, 10/2015 — 93 p., 7.70 €
TRADUCTION : Frabn9ois Laurent
COUVERTURE : Marion Tigréat
Critiques : www.yozpne.fr (Hilaire Alrune)
Le marketing étouffe Londres tout aussi vigoureusement que la flore martienne de la fin du monde chez Wells. Presque un quart des jeunes londoniens sont sans emploi. Sur la ligne grise Jubilee, plus on s'enfonce vers l'Est, station après station, de Westminster jusqu'à Cannin Town, à chaque arrêt l'espérance de vie locale raccourcit d'un an, tandis que comme Smaug, les statues des dragons veillent jalousement sur l'or de la City. Aux confins de Londres s'étendent des zones négligées et irrésistibles envahies par les commerces de proximité où les laveries automatiques bon marché ressemblent à des portails spatio-temporels tant leur nombre est exponentiel. Là où vivent les pauvres, de plus en plus nombreux, croissent les magasins suceurs de sang, ceux des prêteurs sur gages et les « money shop » qui délivrent des prêt à court terme. On peu analyser les différences sociales de Londres à parti des éclairages de Noël, avec une surcharge de couleur pour les habitations les plus modestes et des sapins éclairés en blanc très kitch pour les demeures les plus aisées. Depuis la défaite du gouvernement Travailliste, les Conservateurs au pouvoir alliés aux démocrates Libéraux ont instauré les toilettes de l'économie. Le prix augment pendant l'hécatombe des services publics (bibliothèques fermés, prestations sociales réduites) ouvriers et salariés placés sous la coupe d'un nouveau et redoutable contrat de travail. Outre les répression musclées des émeutes et manifestation, avec un nombre de morts alarmants inexpliqués et surtout impunis, depuis 1998 sévissent les OCAN (Ordonnance sur le Comportement Social) de Tony Blair des lois adaptés à une société qui, comme Chronos, dévorent ses enfants, en pénalisant un comportement individuel légal (juron proféré à voix haute, football sur la voie publique, musique un peu trop forte dans un bus) en un délit sur mesure susceptible de condamnation et donnant ainsi du grain à moudre à l'étiquette de « jeunesse sauvage » qui fait les beaux jours des médias et dés débats politiques et dont pourtant la formulation n'est pas un diagnostic, mais un symptôme. Partout les hauts mur sont hérissés comme les tignasses loupo-garous en tessons de bouteilles, fragments de poteries, éclats de miroir, comme si pour défendre la propriété la ville se défaisait de sa peau de brique pour révéler l'animal qui sommeille en dessous, le reste des façades dégoulinant sous les ravages du guano verts des perruches de la même teinte désormais maîtresses du ciel londonien. Un peu partout les squats se développent anarchiquement bien loin de la notion originale destiné à créer un espace où d'autre types de relations étaient possibles fondées sur la confiance le partage, la liberté. Gonflé par une population qui s'est grossie de l'addition de générations d'immigrés dont les diverses diasporas ont littéralement nourris la cité, Londres est en proie à un racisme en perpétuelle augmentation,  l'islamophobie ayant remplacé l'antisémitisme originel Un constat sans concession que dresse cet auteur qui a grandi avec sa sœur Jémina dans une maison du nord-ouest de la cite londonienne, dans le quartier de Willesden, élevé par sa mère, une ancienne hippie Marxiste convaincu, China Mieville s’est efforcé d’écrire des romans dans chaque genre littéraire (western, roman maritime, roman policier) mais surtout des récits basés sur l’imaginaire qui s’articulent principalement autour de la cité-état de la Nouvelle-Crobuzon qui lui fit en partie inspirée par le chaos urbain du Caire. Il est à noter que des extraits de ce roman, précédé ici d’une nouvelle introduction, ont été publiés en mars  dans le New York Times Magazine. De nombreuse photos en couleur prises par l'auteur accompagnent avec bonheur les pages de ce livre.

lundi 11 janvier 2016



 
◊ Fondation 1 & 2
(Recueil de romand) Science-Fiction / Space Opera
AUTEUR :  Isaac ASIMOV (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 528 & 529, 10/2015 — 832 & 992  p., 14.90 € & 15.50 €
SERIE : Fondation Trilogy, 1963
TRADUCTION : Pierre Billon & Jean Rosenthal
COUVERTURE : Johann Goutard
Sommaire :
Fondation 1
Fondation
Fondation et Empire
Seconde Fondation
Fondation 2
Fondation foudroyée
Terre et Fondation
→ Chef d'œuvre incontesté de la SF, au même titre que des ouvrages tels que la série du Non A de Van Vogt ou les romans de Philip K. Dick, le cycle de Fondation bénéficie à présent d'une réédition dans l'agréable collection de semi poche des éditions Folio. C'est dans les pages du magazine Astounding Science Fiction de John W. Campbell que fut publiée la première nouvelle du cycle de Fondation. Mais ce n'est seulement qu'en 1961 lorsque Doubleday fit paraître l'ensemble des récits écrits dans Astounding par Asimov en un seul volume, que le succès se profila pour son auteur. Quelques années plus tard la prestigieuses collection Le Club du Livre de Science-Fiction des éditions Opta débuta avec sa publication et rencontra aussitôt l'adhésion du lectorat français. Ne sachant pas, au début, qu'il se lançait dans une véritable Histoire Asimov, Isaac Asimov, scientifique de formation, a construit l'ensemble de son cycle à partir d'un postulat stipulant que tout corps organisé détient en germe les sources de sa propre destruction, et a développé ce sujet en multiples ramifications à travers ce qui pourrait s'apparenter à 3 recueils de nouvelle (Fondation, Fondation et Empire et Seconde Fondation) et deux romans (Fondation foudroyée et Terre et Fondation).
Fondation regroupe 5 nouvelles qui mettent en scène Hari Seldon, savant universitaire et sorte de visionnaire du futur qui a développé une nouvelle science, la pyschohistoire, capable de prédire l’avenir au moyen de tout un réseau de statistiques. Hari Seldon vit quelque 22 000 ans dans le futur. La Terre a disparu des radars. Qu’à cela ne tienne, les hommes ont formé un Empire Galactique tout autour de la Voie Lactée avec pour capitale Trantor. Cependant, d’après la psychohistoire, cet Empire va sur son déclin. Une période de désagrégation devrait ouvrir sur 30 000 ans de barbarie, avant qu’un nouvel Empire ne jaillisse des cendres du premier. L’Humanité, c’est bien connu, est impatiente. Elle n’entend pas végéter si longtemps dans les Ténèbres. Or, Hari Seldon propose de raccourcir cette période à… 1 000 ans. Comment, en créant une Fondation, vaste réunion de scientifiques triés sur le volet chargé de créer une Encyclopédie Galactique regroupant tout le savoir de l’Humanité afin de  guider les hommes durant l’ère de la barbarie. L’Empire, qui ne voit pas d’un bon œil la création de cette Fondation, l’exile sur la lointaine planète Terminus. Guidés par l’hologramme de Hari Seldon, qui apparaît lors des périodes de crise, les membres de la Fondation finiront par s’émanciper et passeront par divers stades de luttes, d’intrigues et de complots incluant la création d’une nouvelle religion, et dont les principales étapes seront résumés en cinq grandes parties dominées, tour à tour par les Pyschohistoriens, les Encyclopédistes, les Maires, Les Marchand et les Princes Marchands
Fondation et Empire, second volet de la série repris dans ce 1er tome, comme la plupart des romans du cycle, se compose de plusieurs récits, trois en l'occurrence : Le Général, Le Mulet et Le Clown. Dans le premier nous suivons la trajectoire houleuse de Bel Riose, général plutôt entreprenant de l'Empire humain qui s'est mis en tête d'annexer une Fondation dont l'influence, pour lui, s'avère grandissante. Tout au fil des pages alternant intrigues et complots dans une ambiance de space opera, nous assisterons aux efforts de la Fondation pour discréditer le Général auprès de l'Empereur. Le second met en scène le futur personnage central du troisième tome du cycle (Seconde Fondation), le Mulet. Ce mutant à l'origine mystérieuse doté de pouvoirs psychiques impressionnants qui lui assurent la domination mentale des êtres qu'il côtoie et qui règne en despote sur la planète Kalgan mène pour ainsi dire une campagne à la Bonaparte lui procurant victoire après victoire dans le conflit qui l'oppose à la Fondation et à ses nouveaux alliés les Marchands Indépendants. L'enlèvement par la capitaine Pritcher, secondé par Toran Dralle et sa femme Bayla, membres des Marchands Indépendants,  de Magnifico, le clown du Mulet, dont les ravisseurs espèrent tirer des renseignements sur son maître énigmatique, donne un prétexte rêvé au Mulet pour fondre sur Terminus, le siège de la Fondation. Enfin, pour le troisième et dernier volet du roman, nous retrouvons justement le Clown qui fait cause commune avec les époux Dralle qui se sont rendus sur Trantor, siège d'une empereur devenu sénile, afin de retrouver la trace de la mystérieuse Seconde Fondation invoqué par Hari Seldon, dont les rangs comprendraient les seuls psychohoistoriens capables de s'opposer aux pouvoirs psychiques du Mulet. Un ennemi public déclaré de la Fondation qui dans les dernières pages du récit va se dévoiler et montrer qu'il peut faire preuve de sentiments humains tels que l'amour.
Seconde Fondation est essentiellement basé sur le personnage du Mulet, un mutant capable de contrôler et d'orienter les pensées des autres, voire de masses toutes entières. Grâce à ses pouvoirs il est parvenu à s'emparer du royaume militaire de Kalgan en influençant les pensées de son roi, puis à  conquérir la Fondation dont la capitale est située sur Terminus qu'il transforme en Empire baptisé l'Union des Mondes. Dés lors il peut se consacrer à sa principale motivation : traquer les membres de la Seconde Fondation. Cette organisation secrète basée à l'autre bout de la galaxie dans un lieu non identifié nommé Star's End est composée de psychohistoriens  dotés de pouvoirs psychiques semblables au Mulet qui ont été chargés par Hari Sheldon de réparer les éventuelles déviations affectant la première Fondation. La première partie du roman, La Quête du Mulet, nous montre comment ce dernier, cherchant à démasque les traitres convertis à la cause de la Seconde Fondation,  organise la traque des non convertis tels que Bail Chanis, et finit par anéantir la planète Tazenda où il pensait que se situait le siège des conspirateurs avant d'être à son tour influencé de manière à penser que la Seconde Fondation est un mythe. La seconde partie, La quête de Fondation, nous ramène sur Terminus où, parmi un certains groupe de personnage influents, la méfiance est aussi de mise au sujet des pouvoirs dérangeants de la Seconde Fondation conçue en secret par Hari Seldon. Le Dr Darell en est l'un des principaux activistes. Ces derniers décident de s'intéresser de prés au Mulet qui semble en avoir appris beaucoup sur l'existence de cette autre Fondation. Arkady, la fille de Darell, se rend au palais du Mulet sur la planète Kalgan afin de mener une délicate mission d'espionnage. Nous la suivrons dans son parcours tourmenté qui finira par nous ramener vers la planète Trantor.
Fondation Foudroyée, qui ouvre le second tome de cette intégrale, marque la reprise par Asimov, sollicité par ses fans et ses éditeurs, du cycle qui l'a fait connaître du grand public. On y découvre le personnage de Golan Trevize, un habitant de Terminus, qui pense que la Seconde Fondation n'a pas disparue comme elle voulait le faire croire. Exilé de Terminus, il est désormais chargé de trouver la Terre des Origines accompagné par le chercheur Janov Pelorat,  pour lui un moyen détourné de partir en quête de la Seconde Fondation. Pendant ce temps sur Trantor, le siège de cette dernière le jeune Orateur Stor Gendiba, porté par ses ambitions politiques, se fait le porte-parole d'une théorie mettant en lumière les défauts du plan Seldon et la présence d'une micro-psychohistoire composé d'anti-Mulets qui travaillent en secret pour prendre le pouvoir. Golan Trevize, de son côté a fait la connaissance de Joie, une sorte de robot anthropomorphe, fragment de Gaïa, surperorganisme avec qui elle communique de manière télépathique. Lorsque se conclut ce quatrième roman trois voies s'ouvre pour l'avenir de l’Humanité : la reconstitution de l'Empire matérialiste de la Première Fondation, l'Empire mentaliste de la Seconde, ou Galaxia, super-organisme à l'échelle galactique qui bouleverserait les plans de Hari Seldon. C'est vers  cette troisième option que se tourne Trevize.
Nous le retrouvons dans Terre et Fondation,  dernier roman du cycle écrit en 1986. Plus indécis que jamais, il commence à regretter le choix de Galaxia, qui prive les individus de leur indépendance. Persuadé qu'en poursuivant sa quête de la Terre originelle il trouvera les réponses à ses questionnements, il repart avec Janov Pelovat, fortement opposé à l'option Gaïa et Joie, totalement acquise à l'option super-organisme, d'où les inévitables frictions dans le groupe. Leur enquête les conduit d'abord sur Comporellon, une vieille planète où ils rencontreront le chercheur Vasil Deniador qui les mettra sur la piste des spatiens, vague de premiers colons à avoir quitté la Terre. Tour à tour, ils visitent trois mondes que ces derniers ont colonisés : Aurora, Solaria et Melpomenia. Après avoir récupéré Fallom, l'enfant de l'hermaphrodite Sarton Ksander capable de canaliser l'énergie de toute une planète, et échappé à toutes sortes d'attaques, ils finissent par trouver enfin la Terre. Mais celle-ci est radioactive. Avides de réponses, ils explorent la lune où ils rencontrent le robot humaniforme R. Daneelk Olivaw, qui est à l'origine de la création de Gaïa composée en fait d'habitants qui obéissent aux fameuses Trois Lois de la robotique chère à Asimov dans son autre cycle phare des Robots. Avec lui ils doivent opter pour l'avenir de l'Humanité : celui du Plan Seldon ou celui de Galaxia, La prise en compte d'un nouvel élément leur fait envisager la solution sur un autre angle, celui de la spécificité de l'espèce humaine, seule occupante de la Galaxie, et de sa vulnérabilité face à un agresseur extraterrestre surgie d'une autre galaxie à travers l'hyperespace. Un danger que seule l'union totale prôné par Galaxia serait à même d'endiguer. Mais, le ver n'est-il pas déjà dans le fruit en la personne de Fallom, assez différent des êtres humains pour s'apparenter à l'avant-garde d'envahisseurs venus d'au-delà les étoiles connus…

Une fin qui pourraient être en vérité un recommencement et qui a permis à Asimov, à travers ce dernier tome, de faire allusion à l'ensemble de son œuvre. Dans La petite histoire de Fondation qui fut rédigé après la parution du dernier tome, il explique que si le cycle lui a pris quarante années de sa vie environ, sa longévité est essentiellement due à la pugnacité de ses lecteurs et de ses éditeurs, qui l'ont poussé à poursuivre l'aventure plus avant. Asimov ajoutera plus tard deux préquelles à la série : Prélude à Fondation et L'aube de Fondation. On peut noter également qu’après la mort de l'auteur, certains romanciers s'approprièrent et firent office continuateurs avec, Fondation en péril de Gregory Benford, puis Fondation et Chaos  de Greg Bear et Le triomphe de Fondation de David Brin. Des auteurs efficaces et déjà reconnus qui apportèrent un second souffle à cette œuvre gigantesque

samedi 2 janvier 2016

La forêt de cristal
(Roman) Science-Fiction / Apocalypse
AUTEUR :  James Graham BALLARD (Royaume Uni)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 530, 10/2015 — 272 p., 8.40 €
TO : The crystal world, 1966
TRADUCTION : Michel Pagel
COUVERTURE : Johann Bodin
Précédentes publications :
● Denoël-Présence du Futur 98, 2/1967 — Traduction de Claude Saunier (plusieurs fois réédité avec des couvertures légèrement différentes)
● J’Ai Lu-Science-Fiction 2652, 8/1989 — Traduction de Claude Saunier
● Denoël-Lunes d’Encre, 10/2008 — Traduction de Michel Pagel
→ Développé à partir d'un texte publié dans le Magazine of Fantasy and Science Fiction (The illumainted Man) ce roman appartient àla veine catastrophique de J.-G. Ballard mise en lumière par des textes comme Le monde englouti, La vent de nulle part et Sécheresse, qui s'inscrivaient dans le cadre apocalyptique des écrivains britanniques tels que John Wyndham et John Christopher. Toutefois, il s'en démarque totalement par la puissance évocatrice des images qu'il véhicule. L'intrigue, assez banale, nous entraîne sur la piste du Dr Edward Sanders, directeur adjoint d'une léproserie, qui part à la recherche de son confrère Max Clair, et de son épouse, Suzanne, accessoirement son ancienne maîtresse, disparu au sein de la mystérieuse forêt qui borde la ville camerounaise de Port Matarre. Entouré d'une faune humaine digne des romans d'Hemingway, avec le singulier Père Balthus, la séduisante journaliste française Louise Péret, Ventress, l'image parfaite du dandy décadent, ou Thorensen, le directeur de la mine de diamant, le Dr Sanders va faire une découverte fascinante en se trouvant confronté à un forêt en train de lentement se cristalliser. Une envoûtante apocalypse qui se propage aussi bien à travers la faune et la flore, donnant naissance à d'étranges bibelots de cristal vendus sur les marchés des villages environnants, mais qui peut aussi affecter les humains. Cependant, ces derniers, tels des brebis expiatrices en transit au purgatoire, ne semblent pas profondément affectés par l'imminence de la menace qui se répand dans d'autres parties du monde, Russie, Californie, présageant un engloutissement global. Mieux, comme le Dr Sanders, parcouru par des pulsions de repos éternel et de repli foecal (le livre a été écrit alm)ors que l'auteur venait de perdre sa femme atteinte d'une pneumonie) ils pariassent se désintéresser du sort qui les attends, cherchant même à atteindre cette cristallisation qui ne tue pas, mais qui fige, et qu'ils admirent d'un regard extatique. Face aux pitoyables agissements de groupes d'individus guère préoccupés par le destin d'un Humanité sans avenir, mais obéissant à leurs aspirations égoïstes, le roman nous laisse progressivement oublier l'intrigue pour nous  rediriger vers le véritable sujet du livre : le paysage de la forêt cristallisée qui nbrille de mille feux à travers une atmosphère crépusculaire au temps délicieusement fuyant qui assoupi les âmes autant que les douleurs. Dés lors, les simples explications, science-fictives (ce mal étrange serait causé par une sorte de fuite temporelle issue du fin fond de l'espace) ou calquées sur les délires du père Balthus, qui considère cette cristallisation comme la forme finale de l'eucharistie, liassent la place au désir fou du Dr Sanders cherchant à rejoindre dans ce paysange hors du temps façonné par le cristal l'icône immortelle de Suzanne dans une ultime transfiguration. C'est ainsi qu'au fil des pages et des deux principaux chapitres, Equinoxe et L'homme illuminé, ce livre nous offre un voyage loin du bruit et de la fureur du monde du dehors, le notre, pour une plongée au sein d'un univers de miroirs qui emprunte aux paysages de L'île des morts de Böcklin, aussi bien qu'aux débordements visuels de Max Ernst, concrétisant la première vraie oeuvre picturale de J.-G. Ballard à travers la description d'un monde devenant peu à peu un chatoyant joyau, ou plutôt "un véritable domaine de pierres précieuses", comme l'exprime si bien Suzanne dans la lettre qui a décidé Sanders à  partir à sa recherche. Un réédition que les éditions Folio nous proposent dans la nouvelle et plus fidèle traduction de Michel pagel lors de la reprise du titre dans la collection Lunes d'Encre des éditions Denoël.

vendredi 1 janvier 2016

Adamas Maître du jeu
AUTEUR :  Laurent LADOUARI (France)
EDITEUR : Pocket 16035, 1/2016 — 622 p., 8.40 €
SERIE : Volution 1
COUVERTURE : Christophe Evans
Précédente publication : HC Editions, 1/2014 sous le titre Cosplay — 408 p., 22 € — Couverture de Lorenze Petrantoni
→ Dans leur texte de présentation de l’auteur les éditions Pocket qui viennent de reprendre en poche le premier tome de la série Volution nous parle de Laurent Ladouari comme d’un écrivain prometteur né à Marseille et vivant à Paris, familier des milieux des grands groupes de médias et des cabinets ministériels où il a travaillé après ses brillantes études de diplômé de l’école Polytechnique et de l’école des Mines, qui a voulu transposer sa passion de la culture pop, de la peinture et de la Méditerranée en proposant une histoire écrite à la manière d’Alexandre Dumas et Jules Verne, mais remise au goût du jour pour les lecteurs de la saga Harry Potter. Personnellement, après avoir refermé ce livre captivant, j’y ajouterai des références science-fictives en rapprochant le récit de la série du Monde du Fleuve de Philip José Farmer. Le roman nous projette dans un proche futur où après la terrible Guerre du Pacifique,  la peau de chagrin du monde s’est rétrécie sur un seul continent coupé en deux par un Mur gigantesque qui sépare une capitale dominé par des oligarques sans pitié d’un monde extérieur à la misère croissante. L’histoire raconte l’OPA dévastatrice conduite par le Mystérieux Adamas, milliardaire objet de l’opprobre de la plupart de ses contemporains surnommé le gitan, qui a bâti un immense empire financier à l’origine notamment de la singulière école où sont formés les Nonpareils, des coupeurs de têtes puissance mille, choisis pour leurs capacités exceptionnelles et entraînés à développer des capacités psychiques hors du commun telle que l’art subtil de la suggestion. L’opa vise la société 1T, ancienne gloire de la fabrication de microprocesseurs, acculé à la faillite par des concurrents dynamiques tels que la redoutable Sinind installée en plein désert. L’intriguant dans tout cela c’est que le but avoué d’Adamas dans le rachat de 1T consiste à la détruire de l’intérieur. Pour cela il a décidé de faire participer l’ensemble de son personnel à un jeu obligatoire, le Cosplay. Et c’est là qu’intervient mon parallèle avec la série de Philip Jose Farmer racontant la résurrection dans une sorte d’univers parallèle de personnages historiques ou connus tels que Mark Twain, Richard Burton ou Herman Göring, amenés à y survivre de toutes les manières possibles. Or, dans le Cosplay, les joueurs sont invités à porter masques dissimulant leur véritable identité et empruntant celles de personnages célèbres et hétéroclites comme Madonna, Périclès, Jules César, Karl Max, etc… et même celui du fondateur de 1T, le mythique Nikola Protéus, ancien professeur de physique à l’école des Nonpareils. Dans la peau de ces sortes d’avatars les joueurs de Cosplay, où tous les coups sont bien sûr permis, utilisations d’armes comprises, dévoileront leurs véritables visages et leurs profondes rancœurs sur un fond de conflits de complots et de trahisons en tous genres précipitant l’entreprise dans le chaos, ce qui est justement le but du jeu. Mais parmi ces joueurs, Katie Dûma, pupille de la fondation Phénix créée par Adamas, toute jeune embauché de 1T, va utiliser toutes les ressources de son jeune talent pour s’opposer à la destruction programmée de la société de Proteus. A cet effet, elle remettre au goût du jour avec d’autres l’idée de conception d’une intelligence artificielle qui permettrait de modifier la donne en présence. Alternant les chapitres de narration pure et ceux nous introduisant au cœur même du jeu sous formes de dialogues entre joueurs, Laurent Ladouari nous concocte une galerie de personnages  tout a fait représentatifs d’un océan de  démocratie en décomposition dans lequel nagent des requins bien décidés à à se tailler la part du lion au sein du monde nouveau qui pourrait bien émerger de ces restes de civilisation allant droit dans le mur. Tancrède Malatesta devenu le bras droit d’Adamas après avoir hérité du fabuleux empire mafieux de son père, alors que son frère Julien a refusé ce legs nauséabond et vit en parfait anonyme dans la maison du père de Kathy Dûma. Franz Cabral, président de la Financière Ca’d’Oro, et meilleur ami d’Adamas. Ayako Miyazaki, maître de jeu experte dans le domaine du Cosplay ou Natacha Bolkonkskaïa, nonpareille devenue une tueuse accomplie, sans oublier Morad Aftani, simple voiturier de 1T aux capacités insoupçonnables ou Tycko Tartessov, directeur de l’information de la même 1T et génial inventeur qui a participé à l’essor de cette société aux côté du génial Protéus. Le tout débouche sur un roman protéiforme à la fois récit d’aventure et d’anticipation nous plongeant en pleine ambiance culture geeks avec des zestes de références orientales pour un voyage en eaux troubles au sein d’un univers rongés par les soubresauts d’un capitalisme débridé qui, par certains côtés peut nous rappeler quelques péripéties de notre propre quotidien et dont nous suivrons les prochains développement dans L’or des Malastesta, 2ème épisode de la série prévu aux éditions HC en mas 2016.
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