dimanche 22 avril 2018


Origines
(Roman) Planet Opera
AUTEUR : Laurence SUHNER (Suisse)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 600, 2/2018 — 731 p., 9.90 €
SERIE : Quantika 3
COUVERTURE : Manchu
Précédentes publications : L’Atalante-La Dentelle du Signe, 4/2015 — 576 p., 23.90 € — Couverture de Manchu
Ayant réussi à échapper à leurs poursuivants grâce à un astronef volé à la milice quelques uns des principaux protagonistes de la série ont réussi à pénétrer dans le Grand Arc, le vaisseau des Bâtisseurs en orbite autour de Gemma, la planète glacée, depuis 12 000 ans. Ambre Pasquier, la jeune Kya et son père le professeur Stanislas Stanford, Haziel Delaurier, Maya Temper et les autres sont ainsi à l’abri du cataclysme en train de se répandre à la surface de Gemma, mais ils ne sont pas sauvés pour autant. En effet le Grand Arc se révèle être un immense vaisseau-monde, gigantesque organisme vivant où les Timkans avaient recréé leur environnement dans le moindre détail. Dés lors seul Tokalinan, l’extraterrestre qui a sauvé Ambre, sera en mesure d’en appréhender les multiples implications. Aussi le petit groupe sera forcé de le suivre dans sa longue marche vers Timkâ, la planète de ses origines. Mais, miné par leurs dissensions intimes et fragilisés par la gravité supérieure qui les écrase, les humains finissent par s’éparpiller pour vivre toute une série d’aventures qui nous permettent de découvrir l’immense variété et la sauvagerie de l’écosphère du monde Tokalinan baigné par une atmosphère étouffante qui contraste avec les étendues gelées de Gemma. Tandis qu’Ambre est toujours obsédée par l’urgence de ne pas quitter ce dernier et que Haziel ne pense qu’à retrouver la même Ambre qui occupe toutes ses pensées, les visiteur comprennent  peu à peu les motivations des Bâtisseurs qui ont construit le Bunker et sa cuve dans les entrailles de Gemma afin d’y enfermer le Dévoreur. Une Entité dont il faudra cependant résoudre le problème, bien plus épineux que celui posé par les soldats de la Milice et le puissant magnat Boubakine dont les visées sur Gemma ne sont pas un secret. Toutefois, le ressort de l’intrigue ne se limite pas à un simple affrontement entre le démoniaque Ioun-Ké-Da et le Dieu Sombre qui a toujours guidé les pas d’Ambre Pasquier. L’auteur voit bien plus loin en nous entraînant au fil de passionnantes péripéties vers un final qui entremêle mythe et physique quantique tout en focalisant l’attention du lecteur sur les relations complexes entre le couple Ambre/Tokalinan, véritable exemple du désir de communication qui pousse ces êtres, pourtant si différents, irrésistiblement l’un vers l’autre. En cela, cette trilogie se démarque d’autres romans basés sur la présence d’artefact extraterrestre, comme L’anneau monde de Lary Niven ou Rendez-vous avec Rama d’Arthur C. Clarke, confirmant ainsi le talent de l’auteur qui parvient à produire une œuvre originale dont les amateurs de SF doivent impérativement envisager la lecture favorisée ici par cette réédition en poche.
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Vestiges
(Roman) Planet Opera
AUTEUR : Laurence SUHNER (Suisse)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 595, 9/2017 — 714 p., 9.90 €
SERIE : Quantika 1
COUVERTURE : Manchu
Précédentes publications : L’Atalante-La Dentelle du Signe, 4/2012 — 576 p.,23.90 € — Couverture de Manchu
Tokalinan, le Timhkhan, doit fuir la colère des siens car il porte sur sa poitrine la marque du Dévoreur… Voilà comment Laurence Suhner introduit le premier tome de sa trilogie Quantika, révélation du moment dans le domaine de la hard science et du planet opera. Puis elle téléporte le lecteur dans notre lointain futur où Gemma la terraformé a remplacé pour les humains les espoirs déçus d’une colonisation martienne. Nous arrivons sur ce monde entièrement gelé alors que de mystérieux accidents sème le trouve dans la colonie terrienne qui y est installé. Haziel Delaurier venu mener l’enquête sur le dernier lieu du drame s’interroge sur des anomalies découvertes parmi les débris des machines pulvérisées et ne veut pas croire à la théorie d’un attentat ourdie par les Enfants de Gemma, des indépendantistes désireux de s’affranchir de la planète mère et nés pour la plupart sur cette planète glacée. Alors que Kobalski, le directeur de la Cosmo Tek, entreprise chargée d’exploiter les ressources de cette colonie, compte sur l’amiral Thormundsen, le chef des miliciens, pour maintenir l’ordre, de son côté, la chercheuse Ambre Pasquier prend la tête de la mission Archea, une expédition conduisant son équipe dans les entrailles de la planète dans le but de mettre à jour de mystérieux artefacts en rapport avec Grand Arc, gigantesque vaisseau spatial impénétrable aux humains laissé sur place par les Bâtisseurs, les anciens occupants de Gemma, il y a plus de 12 000 ans. Tandis qu’à la surface Kay, la fille du professeur Stanford, scientifique lunaire, semble bien avoir parlé avecune mystérieuse créature des profondeurs tapie dans le gouffre de la Vallée des Ombres, l’expédition Pasquier parvient jusqu’à une sorte de Temple où repose une conque, mais aussi une Entité dont Ambre à travers ses rêves influencés par la mythologie hindoue, peuple de ses origines, a toujours appris à se méfier. Et ses craintes sont fondés car le Dévoreur, le Ioun-ké-da de ses rêves,  n’attend que d’être libéré pour se nourrir, grandir, jusqu’à atteindre des proportions cosmologiques, et devenir un univers à part entière qui engloutirait la réalité. Le début d’une trilogie qui a  propulsé son auteur, une romancière et dessinatrice suisse, au premier plan des écrivains de SF à travers le monde. Développant de solides connaissances scientifiques, notamment axées sur la physique quantique, elle aborde sur un plan original la thématique du premier contact entre humains et civilisation extraterrestre, appuyant son intrigue sur une parfaite maîtrise de la création des personnages rendus crédibles tant par leurs motivations réciproques  qu’à travers le faisceau de sentiments qui les animent et les trajectoires fusionnelles qu’ils dessinent tout au fil des pages. Un grand moment de SF apte à rivaliser avec les meilleurs créateurs anglo-saxons du genre.
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mercredi 28 février 2018


Le fou prend le roi
(Roman) Fantasy Historique
AUTEUR : Fabien CERUTTI (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio 581, 8/2017 — 591 p., 8.20 €
SERIE : Le bâtard de Costigan 2
COUVERTURE : Alain Brion
Précédente publication : Mnémos Icares, 3/2015 — 422 p., 22 € — Couverture de Emile Denis & Laurence Wilmot
→ C’est avec un réel plaisir que j’ai retrouvé le personnage flamboyant du Bâtard de Kosigan à travers cette réédition poche des éditions Folio. Comme un Dexter au mieux de sa forme, ce dernier cultive le talent de se tirer au mieux des situations les plus compliquées où sa vie ne tient plus qu’à un fil, si tenu soit-il. Le début de ce deuxième opus ne déroge pas à l’ambiance générale du livre, focalisant l’œil caméra du récitant (le bâtard himself) sur une course poursuite endiablée le long de toits glissants de la paisible bourgade de Croisilles avec les archers anglais aux trousses et une délicieuse Adelys de Quiéret, fille du puissant connétable de France, l’un des proches conseillers du roi de France Philippe VI, à ses côtés. Protégé par des membres des Loups, son équipe de fidèles mercenaires, échappant à des striantes assoiffée de sang (créature ailée crachant des jets d’acides), notre héros parvient à s’enfuir tout en nous permettant, grâce à l’érudition de Fabien Cerutti, de comprendre les différences entre les arc anglais et les arbalètes françaises. Cette poursuite endiablée entre cependant dans le cadre de la nouvelle mission du Bâtard chargé par le roi d’Angleterre Edward III et son connétable d’enquêter chez les mangeurs de grenouilles sur un complot visant à attenter à la vie du roi de France dont sa Majesté britannique serait rendue prétendument responsable. Arrivé à la cité royale de Lens, dans le Comté de Flandre où se trouve le roi de France et son armée, Kosigan a cependant du mal à convaincre un monarque dont le fils, le Dauphin Jean, vient d’être assassiné, tandis que la flotte française a été détruite par son homologue britannique. Une défaite dont est rendu responsable le baron Lambert, seigneur de la ville de Lens, que le roi charge Kosigan d’interroger avec son efficacité légendaire. Dans ses prémices à la guerre de Cents Ans volontairement uchroniques qui servent de décor à l’intrigue, Kosigan évolue comme un poisson dans l’eau, alternant ruse, férocité, mais aussi souffrances et indécisions quand il passe entre les mains des terribles inquisiteurs de l’Eglise et qu’il croise la trajectoire du redoutable Nirdrym, un puissant du-wi-de apparenté à Merlin, qui semble tisser les moindres fils du canevas de cette histoire et qui en sait beaucoup sur le sang-noir coulant dans les veines de notre mercenaire préféré. Voilà de quoi relier cette trame temporelle moyenâgeuse avec les années 1899, plus proche de nous, où nous suivons toujours à travers un échange épistolaire l’enquête menée par Kergaël de Kosigan, lointain descendant du bâtard, sur l’existence de certaines races et de pouvoirs légendaires au Moyen Age, investigations qui débouchent sur des fouilles archéologiques et une tentative d’assassinat suivie d’un coma prolongé. Bondissant de chapitres en chapitres, le récit nous tient constamment en haleine, dévoilant son lot de surprises, telle qu’une Adelys de Quiéret bien plus téméraire qu’elle ne paraît, et soulevant peu à peu des pans du sombre mystère qui entoure les origines d’un héros de plus en plus impliqué dans les soubresauts d’un monde qui, outre l’affrontement entre la France et l’Angleterre, les deux puissances dominantes de l’époque, a vu passer la déferlante des Grandes Taillades, lancées par Charlemagne pour assainir les terres sauvages, tandis que le souffle des Croisades Noires conduites par Gui de Flandre finissait d’occire les derniers dragons d’Occident, le tout sanctifié par l’onction d’une Eglise bien décidée à éradiquer les moindres traces de la culture païenne d’antan. Mais celle-ci n’a pas dit son dernier mot et nous promet encore pas mal de pages où les dictats de l’Histoire connue devront se plier aux arcanes de la magie faisant revivre pour le plus grand bonheur du lecteur tout un lot de personnages surnaturels tels que fées, mages, changeformes, guivres, manticores et autres wivernes. Style dynamique, anti-héros luttant pour sa survie, alternance des points de vues, petit glossaire nominatif en fin de volume mettant l’accent sur l’érudition de l’auteur, tout concours donc à faire de ce livre une nouvelle réussite issue de l’imagination créatrice d’un nouveau talent de la Fantasy historique qui compte déjà dans ses rangs des plumes réputées comme le prolifique Jean-Philippe Jaworski et sa fascinante série des Récits du vieux royaume  et la Marry Gentle du Livre de Cendres, également repris au catalogue Folio.
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samedi 20 janvier 2018


Le voyage de Simon Morley
(Roman) Voyages temporels
AUTEUR : Jack FINNEY (Angleterre)
EDITEUR : GALLIMARD-SF 589, 10/2017 — 644 p., 9.80 €
SERIE : Simon Morley 1
TO : Time and again, 1988
TRADUCTION : Hélène Collon
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication :
● Denoël-Présences, 4/1993 — 480 p., 21 € — Couverture non illustrée
● Denoël-Lunes d’Encre, 5/2000 — 480 p., 149 Frs — Couverture de Benjamin Carré
● Denoël-Lunes d’Encre, 2/2015 — 544 p., 24 € — Couverture de Aurélien Police
Critiques : Bifrost  20 (Claude Ecken) – Galaxies 17 (Eric Vial) – www.noosfere.com (Pascal Patoz & Frédéric Beurg)
Autres titres de la série : 2.Le balancier du temps
→ Qui n’a pas un jour rêvé de voyager à travers le temps ? Les écrivains de SF s’y sont employés de toutes les façons possibles de-puis H.G.Wells. Comme le célèbre auteur britannique, la plupart utilisaient le vecteur de la machine. Or voici que Jack Finney propose celui de la transe hypnotique. Imaginez l’immersion progressive de l’un de nos contemporains dans l’univers du New York de 1882. Un lent dépouillement de la défroque du XX° siècle opérée par Simon Morley un dessinateur raté, qui veut élucider le mystère entourant un aïeul de son ami Kate vivant dans le Chicago du président Cleveland. Il va dés lors servir de cobaye à l’expérience du Pr. Danzinger, sponsorisée par les instances gouvernementales. Ce dernier pense que l’on doit se conditionner mentalement et physiquement pour retourner vers une époque depuis longtemps révolue. Dés lors nous allons assister à la reconstitution progressive de ce décor d’antan, reconstitution rendue encore plus réaliste par les nombreux dessins et photos accompagnant le texte. Puis grâce à la restitution de témoignages écrits et visuels nous suivrons l’enquête policière et la véritable histoire d’amour que vivra ce voyageur temporel pas comme les autres. Un livre qui obtint le Grand prix de l’Imaginaire du meilleur roman étranger 1994, pour sa 1er parution en France dans la collection Présence des éd. Denoël en 1993. Il fut suivit d’ailleurs par la publication du second volet, Les balanciers du temps, tout aussi passionnant, et constitue avec ce dernier titre l’un des classiques de la littérature anglo-saxonne maintes fois réédité aux USA comme en Angleterre.
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Le fil du destin
(Roman) Aventures Fantasy /Mythologie japonaise
AUTEUR : Lian HEARN (Angleterre)
EDITEUR : GALLIMARD-Pôle Fiction 114, 11/2017 — 689 p., 9.80 €
SERIE : Le clan des Otori 5
TO : Tales of the Otori 5.Heaven’s net is wide, Hachette Australia, Sydney 2007
TRADUCTION : Philippe Giraudon
COUVERTURE : Yuko Shimizu
Précédente publication :
● Gallimard-Hors Collection, 1/2008 — 600 p., 23 € — Couverture de Christian Broutin
● Gallimard-Folio 4932, 6/2009 — 704 p ., 9.49 €
Autres titres de la série : 1.Le silence du rossignol – 2.Les neiges de l’exil – 3.La clarté de la lune – 4.Le vol du héron
→ Venu clôturer magistralement une série dépaysante sur le Japon féodal, ce cinquième tome du Clan des Otori s’inscrit en fait en prélude au premier opus de la série, Le silence du rossignol. En quelques 600 pages il va nous raconter la vie du jeune Shigeru avant sa rencontre avec Tomasu. Ainsi le lecteur peut mieux appréhender la suite des événements qui constitueront la série proprement dite. Formé à l’art de la guerre et de la dissimulation, Shigeru dont normalement succéder à son père. Mais ce dernier meurt lors de la bataille de Yaegahara l’opposant au clan rival de Lida. Shegeru est mis à l’écart et ses oncles règnent à sa place. Feignant la soumission, le jeune homme prépare cependant sa vengeance dans l’ombre, comme son enseignement lui a appris. Vivant en reclus, et bien que surveillé en permanence, il parvient toutefois à nouer des liens avec les mystérieux Invisibles, et fait la connaissance de Dame Maruyama, dont il tombe amoureux. Mais c’est en apprenant qu’un jeune garçon vivant dans les montagnes parmi les Invisibles ressemble étrangement aux Otori, qu’il comprendra que le temps est venu d’obtenir réparation. Il partira donc à sa recherche et baptisera Takeo celui qu’il considère comme le sel capable de détruire la puissance de Lida. La fin d’un conte fantastique à la Shogun venant éclairer toute l’histoire du clan et fournir de précieuses informations sur cette splendide épopée qui devait être une trilogie au départ. A noter que les éditions Gallimard proposent également les titres de la série en CD audio.
Lian Hearn est le pseudo de Gillian Rubinstein, née en Angleterre en 1942, qui a passé son enfance entre le Royaume Uni et le Nigeria avant de s’installer en Australie en 1973. Diplômée de l’Université d’Oxford elle est passionnée de culture japonaise, ce qui l’a conduit à écrire le cycle du « Clan des Otori » publié sous le pseudonyme de Lian Hearn, Lian en rappel de la son prénom Gillian, et Hearn en hommage au grand Lafacadio Hearn auquel elle voue une grande admiration.
Autres couvertures :
Le vol du héron
(Roman) Aventures Fantasy /Mythologie japonaise
AUTEUR : Lian HEARN (Angleterre)
EDITEUR : GALLIMARD-Pôle Fiction 113, 11/2017 — 744 p., 10.40 €
SERIE : Le clan des Otori 4
TO : Tales of the Otori 4The hash cry of the heron, Hachette Australia, Sydney 2007
TRADUCTION : Philippe Giraudon
COUVERTURE : Yuko Shimizu
Précédente publication :
● Gallimard-Hors Collection, 2/2007 — 621 p., 24 € — Couverture de Christian Broutin
● Gallimard-Folio 4724, 6/2009 — 752 p ., 10.50 €
Autres titres de la série : 1.Le silence du rossignol – 2.Les neiges de l’exil – 3.La clarté de la lune – 5.Le fil du destin
→ On sait que ce cycle était d’abord construit sur la base d’une trilogie. Mais Lian Hearn confessa que les personnages s’étaient tellement imbriqués dans son imaginaire qu’elle se sentit obligée, longtemps après la parution du tome 3, d’écrire à nouveau sur eux. Seize ans se sont donc écoulés lorsque nous retrouvons Takeo et Kaede qui règnent en paix sur le clan des Otori. Mais cette période de calme et de sérénité n’est pas faite pour durer. Alors que le couple élève tendrement ses jumelles, Miki et Maya, aux dons particuliers qui ont besoin d’être perfectionnés, et leur fille aînée, la belle Shigeko, destinée à leur succéder, la conjoncture de sinistres événements va se refermer sur eux. Car des ombres sinistres planent sur les maîtres des Trois Pays. D’abord la Tribu qui, bien que réfugiée dans des villages isolés, n’a pas oublié les guerres du passé et entends bien exercer sa vengeance. Dans ce but elle abrite en son sein Hisao, le fils caché de Takeo, que son père adoptif Akio a élevé dans la haine de son véritable géniteur dont la prophétie annonce qu’il deviendra le meurtrier. Et ce sont justement deux jeunes membres de la Tribu qui briseront la quiétude ambiante en tentant d’assassiner Takeo. Ces événements ne font qu’attiser les dissensions internes du clan qui voit d’un mauvais œil les talents particuliers des jumelles et l’absence d’héritier mâle. Désormais Takeo doit également se méfier de sa propre famille, et en particulier de Hana, la sœur de Kaede et de son beau-frère Zenko. Sans oublier l’Empereur des Huit-Iles qui convoite toujours les Trois Royaumes et qui, par l’intermédiaire de son messager Kono, lui a demandé d’abdiquer en faveur de Sada, son nouveau général de guerre. Tandis que des étrangers faisant le commerce de redoutables armes à feu et prônant une nouvelle religion s’introduisent peu à peu dans le pays, Takeo décide alors d’aller lui-même  plaider sa cause devant le monarque. Au préalable il prend soin cependant de séparer les jumelles afin d’assurer leur sécurité. Durant son absence, Kaede perd un fils qui vient de naître. Folle de douleur et bouleversé en apprenant l’existence de Hisao, elle cède les Trois Pays à Zenko qui n’attendait que ce moment. Le temps des batailles est donc revenu pour Takeo blessé dans ses sentiments les plus profonds, qui devra asseoir l’avenir de Shigeko, son aînée, tandis que les jumelles suivront leur propre destin fertile en rebondissements. L’avant dernier tome d’une série qui pérennise le penchant de l’auteur pour la culture japonaise imprégnant profondément le récit, mettant l’accent sur les intrigues politiques et sur les rapports entre hommes et femmes dans un monde où le sexe dominant se taillait déjà la part du lion.
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jeudi 4 janvier 2018

Le piège de glace
(Roman) Jeunesse / Dragon Saga
AUTEUR : Tui T. SUTHERLAND (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD JEUNESSE-Hors Collections, 8/2017 — 375 p., 16 €
SERIE : Les Royaumes de feu 7
TO : Wings of fire, winter turning,  Scholastic, 2015
TRADUCTION : Vanessa Rubio-Barreau
COUVERTURE : Joy Ang
→ Grésil, frère de Winter, est enlevé lors d’une ballade par des Ailes du Ciel. Il est détenu par la cruelle reine Scarlet. Winter, son frère, accompagné de sa sœur Frimaire, décide de partir au secours de son frère. Le voyage de ne sera pas de tout repos et il devra compter sur l’aide de ses amis, Kinkajou, Qibli et Lune Claire, dont il est secrètement amoureux, pour triompher des multiples épreuves semées sur son chemin. Mais, en définitive celle qu’il redoute le plus c’est l’affrontement avec sa famille qu’il a toujours déçu. Pour leur montrer qu’il est bien de l’étoffe des héros il devra, non seulement délivrer Grésil, mais aussi stopper les projets meurtriers de sa sœur Cristal. Une suite d’aventures qui le conduiront à affronter avec son frère le terrible défi du diamant qui ne peut accoucher que d’un seul vainqueur. L’occasion pour les dragonnets de découvrir leur plus ancienne ennemi et de raviver la mémoire des lecteur sur cette fantastique saga mettant en scène les Dragonnets du Destin œuvrant ensemble sans discrimination de clans afin de faire aboutir la fabuleuse prophétie portée par les Serres de la Paix. Un nouveau petit bijou emmailloté dans l’habillage des couleurs chatoyantes de l’illustratrice Jay Ang qui nous permet de retrouver une Tui T. Sutherland au sommet de son art nous entraînant dans une fascinante saga qui a fait le bonheur de tous les lecteurs jeunes amoureux des dragons propulsés ici dans un univers captivant où de jeunes héros soudés par des liens d’amitié indéfectibles doivent se surpasser et vivre des moments héroïques afin de triompher des redoutables dangers que recèle leur existence riche en émotions et vibrantes péripéties.
Nouvelle Sparte
(Roman) Jeunesse / Science-Fiction
AUTEUR : Erik L’HOMME (France)
EDITEUR : GALLIMARD JEUNESSE-Hors Collections, 10/2017 — 314 p., 13.50 €
COUVERTURE : Antonin Faure
→ Lors de mes jeunes années, outre la rivalité Johnny Antoine, en féru helléniste, j’entretenais également celle opposant Athènes à Spartes. Et je l’avoue, j’ébréchais quelque peu ma carapace de pacifiste version hippie à la San Francisco de Scott McKenzie pour adopter le camp de l’éducation spartiate glorifiée quelques temps après par les films consacrés à la bataille des Thermopyles. C’est donc avec un plaisir certain que je retrouve aujourd’hui sous la plume d’Erik L’Homme, l’un des plus talentueux auteurs jeunesses français, le souvenir de la glorieuse cité lacédémonienne. Cependant la Nouvelle Sparte qu’il nous fait découvrir entre ces pages n’est plus la ville belliqueuse du passé. Dans cette ère ayant succédé au Grand Bouleversement les spartiates dont le courage était redouté d’Athènes à Thèbes en passant par la Perse, n’ont pas perdu leur ancienne vaillance, mais ils l’ont détourné des visées expansionnistes, la cité vivant une longue période de paix, pour la consacrer à l’épanouissement personnel à travers la carrière de pilotes. Valère et Alexia ne dérogent pas à cette règle. Comme la plupart des enfants ayant atteints 16 ans, ils se préparent à l’épreuve de la kryptie, rite de passage hérité des traditions antiques, que les transformera en véritables citoyens. Pour se détendre avant d’entamer leur semaine initiatique, ils se joignent à Drys et Skelios, deux autres adolescents, pour prendre un verre dans une taverne où ils échappent de peu à l’un des attentats qui, depuis quelques temps, sèment le chaos au cœur de la fière cité des rives du lac Baïkal. Qui en veut à la Fédération ? Les fanatiques du Darislam où Maxence, le père de Valère a péri lors d’une mission diplomatique ? Les patriciens corrompus de Paradise ? Le Directoire, qui dirige la destinée de la Nouvelle Sparte, entends bien trouver les coupables. La vie continue cependant et Valère qui a réussi son épreuve est choisi dans l’ordre du Harfang des neiges, bien qu’il ait du subir les attaques d’un mystérieux tueur. Un nouveau statut qui incite le Commandeur à le charger des passer trois mois en Occidie pour tenter de découvrir qui se cache derrière ces terroristes de l’ombre. Devenu espion ce dernier s’engage dans une enquête périlleuse où l’aide des ses amis lui sera primordiale, tandis que la révélation de terribles secrets risque de bouleverser l’intégrité de l’univers où il évolue depuis son enfance. Avec une précision de chirurgien, Erik L’Homme transpose sur la palette d’une terre bouleversée, les principales caractéristiques de la civilisation spartiate, reconstituant la ville dans toute la fidélité de ses plus intimes détails et convoquant les anciens dieux du panthéon grec, Athéna, Apollon, Héra et d’autres au banquet d’une intrigue nous replongeant avec délice dans l’ambiance si chère aux amoureux de lettres classiques, acclimatant harmonieusement les plus récentes avancées technologique à l’aune des rites et coutumes antiques fidèlement reproduits. Servi par une écriture futuriste qui peut par exemple passer allègrement du passé au présent dans une même phrase, le récit  s'efforce d'exprimer à travers une histoire d'amour mêlée à la confrontation entre deux mondes (l'occidien et le néo-spartiate) une certaine polyphonie du monde où les différences se complètent et se réconfortent devenant la meilleur antidote au totalitarisme. Un moyen pour l'auteur, en changeant l'angle du regard, de provoquer la surprise ainsi que des réactions inattendues qui ne peuvent conduire qu'à une saine et enrichissante réflexion.

lundi 4 décembre 2017

Hamlet au paradis
(Roman) Uchronie
AUTEUR : Jo WALTON (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 582, 8/2016 — 406 p., 16.90 €
SERIE : Le subtil changement 2
TO : Ha’penny, 2007
TRADUCTION : Florence Dolisi
COUVERTURE : Sam Van Olffen
Précédente publication : Denoël-Lunes d’Encre, 9/2015 — 352 p., 21.50 € — Couverture de Sylvain Deleu
→ La collection Folio continue avec bonheur de plonger dans le catalogue Lunes d’Encre pour ses rééditions en poche et, en attendant la reprise du 3ème titre du cycle du Subtil changement intitulé Une demi-couronne, nous propose de plonger dans le second opus de cette remarquable uchronie où l’Angleterre de 1949 n’a pas perdu la guerre, mais a signé en 1941 une paix dans l’honneur (le déshonneur pour certains) avec les nazis qui dominent désormais la totalité de l’Europe, tandis que l’Amérique, où Lindbergh est devenu président d’un pays profondément hostile aux juifs, entretien un farouche isolationnisme, et que seul demeure face au Troisième Reich le bloc communiste symbolisé par l’URSS et Staline. C’est dans cette Angleterre où les juifs font désormais l’objet d’un traitement à part, qu’évolue Viola Lark, jeune comédienne qui a rompu avec sa famille pour brûler les planches des théâtres Londoniens. Une artiste qui vient de se voir proposer le rôle de sa vie en incarnant Hamlet devenu non pas héritier, mais héritière de la couronne du Danemark dans une pièce shakespearienne s’intégrant désormais dans la mode de l’inversion de sexes qui se réapproprie les classiques du répertoire théâtral. Mais voilà qu’en même temps sa sœur Siddy, convertie aux sirènes du communisme, lui demande d’endosser une personnalité bien plus dangereuse, celle d’une poseuse de bombe. Car le terrorisme continue de travailler la perfide Albion, permettant ainsi à l’inspecteur Anthony Carmichael de Scotland Yard de revenir sur le devant de la scène en enquêtant sur une explosion qui a causé la mort de l’artiste Lauria Gilmore et d’un mystérieux inconnu. Sur fond de complot destiné à déstabiliser la statu quo ambiant dans lequel s’englue la nation britannique, de fuite de domestiques juifs et d’attentat contre Hitler, Jo Walton déroule deux intrigues en parallèle, celle de l’inconstante Viola, tombé amoureuse d’un ténébreux aventurier irlandais et confrontée au retour au pays de sa sœur Pip devenue l’épouse du puissant Himmler, et d’un inspecteur Carmichael conduisant avec minutie une enquête qui risque de mettre en cause d’éminentes personnalités de cette Angleterre passée sous la botte du fascisme, et craignant de plus en plus que son homosexualité soit révélée au grand jour. La suite d’une série qui démontre, une fois de plus, tout le talent de créatrice d’univers d’un auteur dont les amoureux de dragons ont pu récemment découvrir dans la collection Lunes d’Encre de Denoël le surprenant Les griffes et les crocs.
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samedi 4 novembre 2017

Un éclat de givre
(Roman) Postcataclysme
AUTEUR : Estelle FAYE (France)
EDITEUR : GALLIMARD FOLIO 585, 9/2017 — 336 p., 8,50 €
COUVERTURE : Sam Van Olffen
Précédente publication : Les Moutons Electriques-La Bibliothèque Voltaïque, 6/2014 — 256 p., 21 € — Couverture de Aurélien Police
Critiques : Bifrost 76 (Manuel Beer) - www.elbakin.net (Gillossen)
Estelle Faye nous avait déjà entraîné dans une fresque uchronique passionnante avec sa trilogie de La voie des oracles également reprise chez Folio et narrant les aventures d’une jeune femme doté de dons de divination dans un monde soumis à la férule de l’Empire romain, mais dans lequel surnage encore les divinités du passé. Cette fois elle revient avec un récit de postcataclysme porté par Chet, un héros quelque peu déjanté, à  la fois chanteur de jazz et facilitateur, c'est-à-dire doué pour mettre les gens en contact, véritable animal de survie qui enchaînent les jobs plus ou moins illégaux afin de boucler ses fins de mois au sein d’un Paris d’après la Fin du Monde devenue une cité tentaculaire et démembrée où les masses interlopes qui la composent ne subsistent que grâce à la nourriture fournie par les Frelots de la Bordure. Voilà notre Chet qui, après avoir succombé au charme de l’envoûtant Galaad, se trouve  embrigadé dans un sombre histoire de recherche de dealer, Echo en l’occurrence, l’un des vecteur de prolifération de la Substance, drogue redoutable provoquant de singuliers troubles de la personnalité et véritable bombe a retardement venant de très haut et portant en son sein les germes d’extermination de la ville. Pour trouver Echo, Chet n’hésitera pas à retourner dans l’Au-delà, quartier de haute insécurité où des bandes de savants fous se livrent à toutes sortes d’expérimentations sur les corps et les âmes des misérables déchets qui tombent entre leurs griffes. Dans ce Paris à l’atmosphère de Moyen Age, mais où es drones incontrôlés continuent de se prendre au hasard à la population, Chet le bisexuel et son chevalier blanc rebondissent de situations critiques en expériences désespérées, visitant au passage des lieux intemporels que les amoureux de l’ancienne Lutèce découvrant sous un vernis de fantastique, tel ce parvis Notre Dame aux mains du roi gitan, le sinistre Janosh La Lavorna, ce Jardin du Luxembourg aux plantes dévorantes, cette piscine Molitor repaire de sirènes et ces catacombes encore plus mystérieux qu’ils l’étaient de nos jours. Retrouvant au passage Tess, son ancienne amante, Chet semble évoluer comme un poisson dans l’eau dans cet univers post-apo où, à force de maltraiter la planète l’homme a fini par la pourrir, pour l’achever à coups d’exploitation de gaz de schiste, et entraîner sa révolte climatique ne laissant que des déserts où surnageaient quelques cités tentaculaire provisoirement épargnée par le retour au néant. Parcouru d’une sensualité qui transpire entre les lignes, porté par des descriptions fines et fantasmées issues du formidable travail de recherche auquel s’est livré l’auteur, enveloppé dans une trame narratrice qui alimente sans cesse l’intérêt du lecteur, ce livre bouillonnant d’originalité flirte harmonieusement avec SF, polar et Fantasy urbaine et démontre une fois plus qu’il faudra compter avec la plume de Estelle Faye dans la nouvelle génération des arpenteurs d’imaginaires.
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