vendredi 15 mars 2019


Le marteau des sorcières
(Roman) Fantasy Historique
AUTEUR : Fabien CERUTTI (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 626, 2/2019 — 453 p., 7.40 €
SERIE : La Bâtard de Kosigan 3
COUVERTURE : Alain Brion
Précédentes publications : Mnémos-Icares, 8/2017 — 336 p., 20 €
Les autres titres de la série :
1.L'ombre du pouvoir
2.Le Fou prend le roi
4. Le testament d'Involution
→ Avec la réédition en poche de ce troisième volet du cycle du Bâtard de Kosigan, Fabien Cerutti passionné de jeu de rôle, de jeu vidéo et agrégé d'histoire poursuit l'écriture de sa série de Fantasy historique qui le place aux côtés d'écrivain talentueux tels la Mary Gentle britannique (Le Livre de Cendres)  et du français Jean-Philippe Jaworski (Récits du Vieux Royaume). Cet avant dernier tome des aventures du fameux Bâtard continuent d'interpénétrer les intrigues entre un Moyen Age pénétré par la magie et un 19è siècle où celle-ci semble avoir été occultée des registres de l'Histoire. A travers les échanges épistolaires entre Kergael, le descendant du Bâtard, aidé de tout un réseau de connaissances, d'intellectuels et de savants, dont Léopold Delisle, le directeur de la BNF, va tenter de comprendre pourquoi ont a voulu effacer la trace des Anciens Peuples au sein de la destinée du monde. Cela a failli lui coûter la vie, car il passé la majeure partie du 2ème tome du cycle dans le coma après la tentative d'assassinat orchestrée par les Antagonistes, une congrégation qui, depuis des siècles s'efforce de préserver le secret entourant la présence du surnaturel dans notre continuum historique. Heureusement Kergael peut compter sur l'aide de ses amis historiens et surtout de l'Arche, la secte opposée aux Antagonistes qui lui apporte son appui depuis qu'il a reçu en héritage le mystérieux coffret émanant de son aïeul, le controversé Bâtard. Et puisque l'on parle de lui, le récit parallèle que nous invite à suivre Fabien Cerutti permet de le retrouver à Cologne au cœur du Saint Empire Germanique pendant l'été 1340. A la tête d'une nouvelle compagnie de mercenaires qui compte encore des têtes biens connus des lecteurs des précédents romans, il se rend dans cette région à l'invitation du duc Dagmar-Karl von Hohenstaufen qui semble sur la bonne voie pour devenir le prochain dignitaire destiné à remplacer l'empereur vieillissant entendant préparer sa succession de son vivant. Cependant toute une série de disparitions d'enfants et d'attaques de convois tendent à décrédibiliser sa candidature, et c'est là qu'interviennent Pierre de Kosigan et sa compagnie chargés de ramener le calme dans la région. Or, en vérité, ce nouvel engagement permet au Bâtard d'assouvir sa propre quête d'informations en pénétrant dans la région dont est originaire sa mère afin de tenter de découvrir d'où lui vient ce don mystérieux, le Noir Sang, qu'il a reçu en héritage.  Accueilli par le chevalier Gunthar von Weisshaut, être mi-homme mi-lion, il va très vite être confronté à l'emprise que développe la Sainte Inquisition sur cette région de la Westphalie. A sa tête le cardinal Las Casas, surnommé le Marteau des Sorcières tant les bûchers fleurissent sur son passage, sous le prétexte de pourchasser les hérétiques, à l'intention de s'approprier leur puissance et compte y gagner une immortalité qui lui permettra de se hisser à la tête de l'Eglise et de régner sur l'Occident. Force va donc être à Kosigan de composer avec le camp ennemi représenté par le Cénacle Lunaire ou Mondkreises, l'organisation des sorcières, et leurs principales égérie les sœurs Laura et Willie Stein en fuit depuis qu'elles ont tenté d'assassiner le Pape. C'est d'ailleurs avec l'une d'entre elle que le Bâtard conclura un accord secret qui l'entraînera dans une multiplicité d'aventures semés de combats et de rencontres féminines toujours aussi sensuelles. Porté par une style fluide et générateur de suspense, le récit de Cerutti qui prend ici le parti d'alterner les points de vue tout au fil de l'intrigue continue d'entraîner le lecteur dans les méandres d'un Moyen Age fantasmagorique et d'un 19 siècle complotiste tendant à créer une histoire alternative qui nous transporte avec ravissement vers un dernier tome intitulé Le testament d'Involution où nous devrions recevoir les réponses à toute les questions que pose ce cycle marquant de la Fantasy francophone.
Autre couverture :




Cavalier dragon
(Roman) Jeunesse / Aventures Fantasy
AUTEUR : Cornelia FUNKE (Allemagne)
EDITEUR : GALLIMARD-Hors Collection, 10/2018 — 512 p., 16.90 €
SERIE : Cavalier dragon 1
TO : Drachenreiter, Celilia Dressler, Verlag, Hambourg, 1997
TRADUCTION : Marie-Claude Auger
COUVERTURE : Laura Ellen Anderson
ILLUSTRATIONS : Cornelia Funke
CARTE : Alexis Snell
Préédentes publications : sous le titre Le cavalier dragon
Hachette Jeunesse-Hors Collection, 9/2005 — 528 p., 15 €/Couverture de Arnaud Cremet
Le Livre de Poche Jeunesse 1295, 6/2007 — 572 p., 6.50 €/Couverture de Arnaud Cremet
→ Avec Cœur d'Encre, ce splendide roman sur le pouvoir des mots et des livres qui allait être suivi de Sang d'Encre et Mort d'Encre, l'écrivaine allemande Cornelia Funke avait su conquérir une renommée internationale qu'elle allait asseoir avec la parution de Cavalier dragon qui s'inscrit dans la lignée des histoires d'amitié unissant de jeunes héros aventureux auxquels le lecteur adolescent peut facilement s'identifier à un animal fabuleux dont le symbole le plus frappant reste le dragon. Lorsque, en 2005, Le cavalier dragon paraissait en France chez Hachette Jeunesse avec, en couverture, un splendide dragon montée par un jeune garçon (et une petite kobolde) comme  dans L'Histoire sans fin le film de Wolgang Petersen (1984) tiré du livre de Michael Ende, la Fantasy n'avait pas encore atteint en France son rythme de croisière et Krokmou et Harold de la série Dragons de Cressida Cowell n'avaient pas encore envahi les salles de cinéma. Quand aujourd'hui les éditions Gallimard décident de reprendre le titre et de publier en même temps la suite tant attendue La plume du griffon, le genre a largement conquis son public et tient désormais une place prépondérante dans le domaine des littératures de l'imaginaire reléguant parfois le fantastique et la science-fiction à la portion congrue des rayonnages des libraires. Et en se replongeant dans le roman de Cornelia Funke aujourd'hui ont comprend vite comment il a pu motiver un réel engouement lors de sa parution. L'intrigue est simple et facile à suivre. Dans une vallée écossaise reculée vivent des créatures mythiques, dont les derniers dragons. Les hommes, qui ignorent tout de leur existence, et qui n'ont pas leur pareil pour saccager la nature dont ils son pourtant tributaires, ont décidé d'inonder leur vallée. Face à ce péril ressurgit une ancienne légende parlant de la Lisière du monde, un sanctuaire pour les dragons situé au cœur de l'Himalaya et invisible aux humains. Malgré le scepticisme de la plupart de ses congénères, Long, un jeune dragon plein de fougue, décide de partir à sa recherche. Accompagné de Fleur de Souffre, une petite kobolde au caractère bien trempé, il se rend dans la ville la plus proche afin de rencontre le rat Gilbert Grizzqueue détenteur d'une carte qui leur permettra d'atteindre leur but. Là, ils se lieront d'amitié avec Ben, jeune garçon orphelin qui désormais les accompagnera dans leur quête. Une aventure pleine de périls car, outre la rencontre avec des monstres marins et autres créatures fantastiques, ils devront se mesurer à Ortimore, un maléfique dragon doré  créé par un alchimiste perfide et gourmand qui l'a façonné afin de chasser les dragons à sa place et qui, lui aussi, recherche l'emplacement de la Lisière du Monde afin d'engloutir tous les dragons qui s'y trouvent. Aidés par le professeur Barnabas Wiesengrund, conscient de la présence de créatures mythiques à travers la planète, ce petit groupe d'aventuriers devra déjouer les multiples obstacles qui se dresseront sur leur route et rencontrera toutes sortes d'êtres singuliers tels que des gobelins de la forêt, des nains de pierre et Fil de Fer, l'homoncule, également façonné par le démoniaque alchimiste, dont Ortimore a dévoré les onze autres frères. Une quête qui trouve son écho parmi les dragons de la Lisière du Monde, un lieu sur lequel plane l'ombre de la mythique Sangri-La de la tradition Bouddhiste,  chez qui une prophétie parle d'une cavalier dragon qui viendra un jour les libérer de la menace du dragon doré mettant en danger leur petit monde, ainsi que chez les moines tibétains occupant le monastère pour lesquels l'arrivée de Long est synonyme de bonheur, comme cela est le cas dans les croyances populaires de nombreuses cultures orientales, contrairement au monde occidental où le christianisme a fait des dragons des engeances diaboliques confinées dans des rôles perfides et destructeurs. A noter que les créatures mythiques craignent les humains vus comme des êtres irrespectueux envers la nature, intolérants et peu enclins au pacifisme qui les transformeraient en spécimens de zoos, de musées, ou en objets de chasses, s'ils avaient connaissance de leur existence. Des préoccupations écologiques et touchant au vivre ensemble et à l'intolérance qui trouvent un lugubre écho dans le déroulement de notre quotidien et dans le cadre où évoluent nos société contemporaines. Une raison de plus pour découvrir ou redécouvrir ce livre qui bénéficient en outre de nombreuses illustrations intérieures en noir et blanc réalisées par Cornelia Funke.
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mardi 12 mars 2019

La plume de griffon
(Roman) Jeunesse / Aventures Fantasy
AUTEUR : Cornelia FUNKE (Allemagne)
EDITEUR : GALLIMARD-Hors Collection, 10/2018 — 426 p., 15.90 €
SERIE : Cavalier dragon 2
TO : Drachenreiter.Die Feder eines greifs, Celilia Dressler, Verlag, Hambourg, 2016
TRADUCTION : Marie-Claude Auger
COUVERTURE : Laura Ellen Anderson
ILLUSTRATIONS : Cornelia Funke
CARTE : Alexis Snell 
→ Il aura fallu attendre des années pour que Cornelia Funke donne une suite à sa série pour adolescents Cavalier dragon et qu'enfin elle soit publiée en France, les éditions Gallimard profitant de l'occasion pour rééditer le tome 1 sous une nouvelle présentation. Dans ce livre largement illustré par les dessins en noir et blanc de l'auteure nous retrouvons le jeune Ben Dupré et son dragon Long assistant aux derniers jours de Barbe d'Ardoise, un vieux dragon qui a trouvé refuge dans les cavernes de Mimameidr creusée dans un recoin de Norvège afin d'accueillir toutes sortes d'êtres fabuleux tels que les dragons qui n'avaient pas pu partir pour la lisière du monde, leur sanctuaire himalayen, mais aussi des trolls, des lutins ou des sirènes. Avec sa sœur Guenièvre, Fleur de Souffre, la kobolde quelque peu jalouse du lien le rattachant à Long, et de Fil de Fer, l'homoncule créé par un alchimiste dont le dragon Ortimore avait dévoré les onze frères, il apprend que Syneffo, la jument du dernier couple de Pégases, ces chevaux ailés porte-bonheur,  existant dans le monde a été mordue par un serpent. Pour la sauver, il faut la ramener à Mimameidr avec Anemos, son étalon et leurs trois œufs fraichement pondus qu'il faudrait soumettre à une plume de griffon dont les tuyaux contiennent une substance qui assure la croissance même du métal et de la pierre si l'on veut espérer qu'ils donnent naissance à de nouveaux pégases, les derniers de leur espèce. Or les griffons sont des êtres fabuleux fiers de leur cruauté et leur aptitude à tuer. Embarqué dans la machine volante du troll Hothbrod et de sa copilote la rate Lola Grizzqueue Ben se lance donc dans une nouvelle et périlleuse aventure : dénicher une plume de griffon, farouches créatures que l'on dit particulièrement attirées par l'or. Voyageant de Norvège, en Inde puis dans les îles indonésiennes Ben et ses compagnons finiront par se confronter au redoutable Kraa, un roi parmi les griffons qui ne rêve que d'une chose : défier en combat singulier leur ennemi héréditaire, un dragon, et, en l'occurrence, il s'agira de Long. Non contente d'illustrer cette suite tant attendue Cornelia Funke nous fournie à travers le chapitre Qui est qui en fin de volume une liste de toutes les créatures fabuleuses présentent dans ce livre et s'adresse à travers ses notes aux jeunes lecteurs français en leur expliquant pourquoi elle avait mis tant de temps à poursuivre les aventures de Ben et de Long. Une merveilleuse occasion de retrouver la famille Dupré si attaché à  la protection des créatures magiques en danger et de se plonger dans un récit fertile et émotions et rebondissements

lundi 14 janvier 2019


Rétrograde
(Roman) Science-Fiction
AUTEUR : Peter GAWDRON (Australie)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d'Encre, 9/2018 — 297 p., 21 €
TO : Retrograde, Houghton Mifflin Harcourt Publishing Company, 2016
TRADUCTION : Mathieu Prioux
COUVERTURE : Aurélien Police
→ Mars, comme si vous y étiez… Depuis le temps qu'on nous parle, nous voila intégré dans la colonie martienne Endeavour, une entité de 120 personnes réparties en 4 modules, américain, chinois, russe et eurasiatique. Notre guide pour cette immersion interplanétaire, Liz Anderson, une micropaléobiologiste qui en a pris pour un bail de dix ans sur la planète rouge. A vraie dire, elle ne semble pas vraiment s'en plaindre, d'autant plus qu'elle coule le parfait amour avec Jianyu,  le séduisant chirurgien du module chinois. Mais, toutes les bonnes choses ont une fin et, le jour où l'apocalypse nucléaire se déclenche sur Terre, les répercussions sur l'ambiance du microcosme martien en vont pas tarder à se faire sentir. Oubliée l'entente cordiale qui régnait jusque là. A la place voici venir le règne de la suspicion. Car impossible de déterminer qui sur Terre a pris l'initiative d'atomiser Washington, New York, Moscou, Paris, Karachi et d'autres grandes villes du monde. D'autant plus que les communications sont désormais coupées et que les colons se trouvent livrés à eux-mêmes. Bientôt les soupçons vont prendre une direction précise matérialisée par l'arrivée de Prospect 29, le dernier vaisseau de ravitaillement, que certains signalent perdu alors qu'il semble pourtant avoir bien touché le sol martien. Peu encline à accorder sa confiance à Connor, le commandant de la mission américaine et à Harrison, le commandant en second, avec qui, pourtant, elle avait jadis entretenu une liaison, Liz se rapproche du module asiatique pour mener sa propre enquête. Des investigations qui manquent de lui coûter la vie lors de sa sortie en rover pour retrouver Prospect 29. Cependant, de retour à Endeavour, les événements vont prendre une tournure dramatique et le sang va commencer à couler. Mais qui en veut à la colonie martienne ? Une mystérieuse cinquième colonne agissant dans le prolongement des véritables auteurs de l'orage atomique terrien ? D'hypothétiques extraterrestres ? La résolution de cette énigme s'impose bien vite à Liz et ses compagnons s'ils entendent espérer survivre, d'autant plus que leur fâcheuse position est encore accentuée par le phénomène de retrogradation dans lequel est entré la planète, mouvement durant lequel mars semble changer de course et se déplacer à rebours, bien que ce ne soit qu'une illusion. Et si la vérité s'avérait encore plus incroyable que tout ce qu'ils auraient pu imaginer ? Ne craignait rien, je ne vais pas vous raconter ce qui s'est réellement passé dans ce huit clos martien digne des meilleurs thrillers cinématographiques. Assurément, grâce au talent incontestable de Peter Gawdrom pour conduire son intrigue, ce livre scénarisé ferait encore mieux que le Planète rouge d'Anthony Hoffman, le Seul sur Mars de Ridley Scott ou le Les derniers jours sur Mars de Ruari Robinson, pour ne citer qu'eux. La montée crescendo du sentiment d'angoisse, la sensation de vulnérabilité des colons confrontés à un ennemi invisible qui en veut à leur vie, l'implacable tyrannie des émotions humaines portées à leur paroxysme, tout concours à capter l'intérêt d'un lecteur qui, dés qu'il aura ouvert la première page de ce livre, ne pourra souffler que lorsque il aura refermé la dernière. Et n'est-ce pas, après tout, ce qu'on attend d'un bon livre ?

dimanche 30 décembre 2018

La résurrection du dragon
(Roman) Urban Fantasy
AUTEUR : Romain d'HUISSIER (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 618, 10/2018 — 394 p., 8.30 €
SERIE: Chroniques de l'Etrange 2
COUVERTURE : Alain Brion
Précédente publication : Editions Critic-Fantasy, 11/2016 — 23 € — Couverture de Xavier Collette
→ Son combat contre la secte Hmong (voir Les 81 frères du dragon, premier épisode de cette trilogie) avait laissé à Johnny Kwan, détective et exorciste patenté dans un Hong Kong où Rois dragons et entités surnaturelles cohabitent avec le nec-plus-ultra de l'hyper technologie, comme un arrière-goût d'inachevé dans la bouche. D'autant plus que dans sa lutte contre Ci Jau, ce démon ancestral que voulaient ressusciter les Hmong, il avait eu à déplorer la perte d'Andy Kwok, le jeune devin qui l'avait épaulé dans cette affaire tué par le maitre-assassin de la secte qui avait réussi à s'échapper et avec lequel Johnny avait un vieux compte à régler. Désormais, son cœur animé par la vengeance, il se lance sur les traces de ce tueur énigmatique que son ami Daniel Slung, l'inspecteur-chef de la police hongkongaise, connaît sous le nom de M. Hung, un transfuge des services de renseignements de la Corée du Nord. Cependant tandis que, pour faire honneur à son statut de détective de crise, il mène à bien quelques enquêtes de routine où il n'a pas à forcer outre mesure son talent, les meurtres rituels de courtisanes femmes-serpents ainsi que le vol d'une œuf de jade dérobé à la Triade alors qu'il en assumait la garde, plonge de nouveau Johnny dans une affaire qui dépasse ses investigations habituelles et qui risquer d'entraîner la destruction du monde. De nouvelles péripéties vont le conduire avec son compagnon le magicien Mike Lyu, puis avec Ann, la fougueuse nonne combattante, dans l'antre de la Dame Araignée, la Grande Tisseuse que même les rois-dragons redoutent et qui déplorait la mort de Wang-Lou sa fille aînée partie s'amuser à la surface lors d'une banale fête humaine. Un décès qui entre dans le nouveau canevas ou prend place Anthony Chau, le milliardaire pour lequel Johnny a déjà travaillé, se révélant sous un nouveau jour, celui de maître de la secte du Tin Haa œuvrant pour retour sur Terre du Premier Empereur, un être bien plus redoutable que tous les démons réunis contre lequel les Hmong tentaient de lutter, contrairement à ce que l'impétueux exorciste avait pu croire. Et tandis que, peu à peu, il prend conscience qu'il n'a été qu'un pion habilement manipulé depuis le début de cette histoire et que désormais les monstrueux Quatre Venins sont en position de répandre sur la Chine leur moisson d'épidémies, il voit impuissant les rangs de ses amis fondrent à vue d'œil autour de lui, et ne peut plus compter qu'avec le retour de James Woo, le maître taoïste vivant depuis longtemps en ermite dont il tenait tout son savoir magique. Un second tome qui articule habilement ses pages avec l'intrigue du premier opus révélant des pans de l'histoire sous un angle inattendu, le tout porté par la dynamique de la triade formé par Johnny, Mike le magicien et Ann la moine combattante, affrontant toutes sortes de créatures à peine imaginables dans une débauche d'action qui ne néglige par pour autant la partie émotionnelle des personnages. De quoi attendre avec impatience la reprise par Folio SF du troisième volet de la trilogie des Chroniques de l'étrange, Les gardiens célestes.
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Superposition
(Roman) Science Fantasy
AUTEUR : David WALTON (uSA)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 610, 10/2018 — 394 p., 8.30 €
TO : Superposition, 2015
TRADUCTION : Eric Holstein
COUVERTURE : Ugo Bienvenu
Précédente publication : Editions ActuSF-Perles d'Epice, 9/2016 — 408 p., 20 € — Couverture de James Van Zyl
Cette histoirecommence comme un bon vieux thriller avec l'incursion dans la vie et la maison de Jacob Kelley, ancien chercheur au SCNJ, siège du super collisionneur du New Jersey, de son vieil ami de fac, Brian Vanderhall. Puis, tout dérape quand ce dernier braque un révolver sur Elena, la femme de Jacob, et la tue, seule manière en ce qui le concerne de prouver la dangerosité de la découverte qu'il vient de faire et qui met en danger l'équilibre du monde. Dés lors, le roman bascule dans la physique quantique et sa fameuse théorie du chat de Schrödinger, un univers qui se comporte de manière radicalement différente de l'univers macroscopique qui gère nos habitudes et où les probabilités viennent joyeusement s'entrechoquer. Ainsi l'intrigue du roman va s'articuler autour de deux bases qui se superposent habilement grâce au talent de l'auteur. Dans ces trames narratives on découvre un Jacob arrêté pour le meurtre de Vanderhall et exposé dans un procès très médiatique où il peut compter sur l'aide opportune d'un certain... Jacob Kelley, un alter ego qui lui a échappé aux flics. Bien entendu, dans l'enchevêtrement des probabilités qui s'offre à lui, Jacob va choisir celle où les siens, sa femme Elena et sa fille Alessandra, ne sont pas irrémédiablement perdues. Mais, pour cela, il lui faudra échapper au varcolac, une entité probabiliste à l'origine de divergences durant lesquelles plusieurs états possibles peuvent coexister. Voilà de quoi nous entraîner dans une dolle course-poursuite digne du A bout de souffle de Alfred Hitchcock où les points de vue alternent sans cesse, tandis que Jacob mène sa propre enquête. Un livre porté par le dynamisme de son personnage central, Jacob Kelley, brillant scientifique viscéralement attaché à la survie de sa famille, d'où émerge la figure d'Alessandra, une adolescente dans toute la plénitude de ses doutes, qui devra partager la fuite de son père traqué par une intelligence quantique libérée par Brian Vanderhall et dont les pouvoirs semblent ne connaître aucune limites. Comment ces protagonistes vont se sortir de cette histoire mal engagée où ils paraissent voués à une défaite inéluctable face à la puissance d'un entité quantique disposant de ressources surhumaines, tel est le tour de passe passe enveloppé de mystère que David Walton qui a déjà reçu le convoité prix Philip K. Dick pour son précédent roman Terminal mind, paru en France chez Panini Books en 2013, nous propose de suivre tout au long d'un récit dont le suspense est maintenu à chaque détour de page. A noter également la postface de Roland Lehoucq, Physique et réalité, qui nous dévoile tout ce que nous devons savoir sur les multiples implications de cette fameuse physique quantique domaine de prédilection des pluri possibles dont raffolent les auteurs de science-fiction.
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Les peaux épaisses
(Roman) Space Fantasy
AUTEUR : Laurent GENEFORT (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 616, 9/2018 — 272 p., 7.80 €
COUVERTURE : Denis Bajram
Précédentes publications :
● Fleuve Noir-Anticipation 1884, 9/1992 — 190 p./Couverture de Jean-Jacques Chaubin
● Mnémos-Science-Fiction 29, 3/1998 — 240 p./Couverture de Pierre-Alain Cartier & J. France
● Editions Critic-Science-Fiction, 10/2012 — 15 €
La réédition du 4ème roman de Genefort, publié au Fleuve Noir en 1992. Elle est ici considérablement remaniée et s'insère dans la trame de  sa Panstructure, ce véritable livre-univers dont chaque roman représente des infimes fragments qu’il sème comme des cailloux sur une piste. Les peaux-épaisses y occupent une place de choix. Ce sont des humains altérés génétiquement afin de pouvoir travailler dans le vide de l’espace. Lark, l’un d’entre eux, souhaite mettre un terme à sa brillante carrière de mercenaire. Mais voilà, Roko, l’un de ses anciens élèves est engagé par la firme Colexo pour exterminer les Nomarals, le clan de Peaux-épaisses auquel justement Lark appartient. Dés lors s’engage une formidable course-poursuite à travers le cosmos. Un space-opera débridé qui permet à Laurent Genefort de faire étalage de tout son talent dans la structure de l’intrigue basée sur des recherches précises (biotechnologie, informatique, nanotechnologie, etc...). L’occasion également de confronter des personnages hors du commun à la toute puissance des multinationales qui dominent cette version d’un futur quadrillé par les Portes de Vangk, artefacts extraterrestres qui assurent le transport des vaisseaux et les communications dans toute la galaxie On retrouve dans ce roman la même problématique de  survie que celle des Mutants de Blade Runner ou des Sans Ventre de la série Space 2063, le tout donnant au livre un aspect profondément humain qui ne peut que s’épanouir au contact des mondes visités que Genefort, comme à son habitude, excelle à peupler d’une manière inventive et parfaitement élaborée. Une réédition qui ne peut donc que séduire et donner envie de lire les autres ouvrages d’un auteur phare de la science-fiction francophone.
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jeudi 1 novembre 2018


L’inclinaison
(Roman) Science-Fiction / Voyages Temporels
AUTEUR : Christopher PRIEST (Angleterre)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 611, 8/2018 — 498 p., 8.50 €
TO : The gradual, Gollancz, 2016
TRADUCTION : Jacques Collin
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Denoël-Lunes d’Encre, 10/2016 — 398 p., 23 € — Couverture de Aurélien Police
→ Avec ce roman, préalablement publié aux éditions Lunes d’Encre et repris aujourd'hui en poche chez Folio SF,  l’auteur britannique Christopher Priest revient sur son univers de prédilection de l’Archipel du Rêve au sein duquel il nous avait déjà proposé de multiples voyages à travers ses précédents romans tels que Les Insulaires, L’Archipel du Rêve, L’Adjacent ou La fontaine pétrifiante. Brodant astucieusement son intrigue dans le canevas des paradoxes temporels, il propulse son héros, Alesandro Sussken, musicien célèbre évoluant au sein d’une dictature dont la junte au pouvoir l’incite à entamer une tournée organisée par son omniprésent promoteur Ders Axxon qui le conduirait dans le fameux Archipel composé d’îles où il avait toujours rêvé d’exprimer sa musique et, en particulier, sur Temmil, berceau de And Ante, guitariste de rock qu’Alesandro accusé d’avoir plagié son œuvre. Approchant la cinquantaine, le brillant musicien a trouvé son inspiration très jeune dans l’observation de ces îles, à une époque où les bombes pleuvaient autour de lui, tandis que s’opposaient l’Alliance de Faiandland et la république de Glaund où il était né. Puis le conflit s’est déplacé vers la partie méridionale de l’Archipel, vers le continent de Sudmaieure, un sud où a disparu son frère  Jacq, évaporé sur le front,  et qu’il ne désespère pas de retrouver même s’il est trop tard pour ses parents anéantis par la perte de ce fils aîné. Cependant son voyage, plus que sa quête d’un proche perdu et que le moyen d’exprimer tout son talent, va le confronter à l’intimité de son être par sa rencontre avec le graduel, cet étrange phénomène spatio-temporel qui baigne ses îles pas comme les autres. En effet, d’une île à l’autre, le temps ne s’écoule pas de la même manière. Tantôt en avance, tantôt en retard sur le temps absolu, ces tranches divergentes de temporalités provoquent pour Alesandro une altération du temps, positive ou négative, selon les directions qu’il a emprunté et les durées de ses séjours sur les îles qu’il a abordé. D’où le terme d’inclinaison, qui caractérise à la fois la position du voyageur par rapport à l’axe temporel commun, mais aussi celle de son esprit qui s’ouvre enfin à la réelle connaissance du monde qui l’entoure. Car, au retour de son périple musical, Alesandro prendra conscience de la tyrannie et la censure qui gangrène l’univers de Glaund où il a grandit. Véritablement transfiguré par son voyage, il doit faire face à la mort de ses parents et au départ de son épouse, mais, paradoxalement,  il se sent enfin véritablement vivant et décidé à agir sur le monde qui l’entoure en dépit des risques qui pèse sur sa propre liberté. Et pour s’extirper du carcan où voudrait l’enfermer la dictature qui l’opprime, il doit à nouveau fuir dans ces îles si tentatrices et dangereuses à la fois. A travers le personnage d’Alesandro, Christopher Priest nous convie à une sort de vagabondage mystique, sous forme d’introspection intérieure, d’un être en perte de repères et qui ne parvient pas à se raccrocher à l’ambivalente de chacune des îles visitées, dont le pendant technologique, culturel et sociologique clairement détaillé, est repoussé en toile de fond par la perpétuelle atmosphère d’étrangeté qui imprègne ses lieux soumis aux aléa du gradiant temporel provoqué par cette sorte de vortex qui enveloppe l’archipel, créant à chaque déplacement des distorsions par rapport au temps réel des principaux belligérants. Ainsi, Alesandro, tel Alan Corday, le spationaute de Retour à demain de Ron Hubbard (il a quand même fait quelques petits romans de SF avant de trouver une piteuse gloire à travers sa dianétique racoleuse) va, à son retour des îles, s’apercevoir que le temps a évolué différemment pour son entourage. Négligeant l’approche de l’explication scientifique, Christopher Priest joue sur ce paradoxe afin de proposer au lecteur une réflexion à la fois sur l’art, sur le temps, mais aussi sur le devenir des êtres et leur profonde implication dans l’univers qui les entoure. Auteur de ce que l’on a appelé le courant new wave de la SF britannique, que les anciens passionnés de littérature imaginaire ont pu notamment découvrir en France dans la collection Dimensions SF de l’éditeur Calmann-Lévy aux côtés de romanciers tels que Ian Watson, Samuel Delany, G J. Ballard ou Michael G. Coney, Christopher Priest exprime une fois de plus à travers cette histoire sa propre petite musique éloignée des chemins de la SF traditionnelle, plus réaliste que scientifique, plus poétique qu’aventureuse, et chargé d’un mystère qui ne se dévoile jamais réellement, tout en proposant une approche originale de la thématique des voyages temporels, comme a pus déjà le faire, par exemple, Jack Finney dans son célèbre Voyage de Simon Morley.
Autre couverture :


Latium II
(Roman) Space Opera
AUTEUR : Romain LUCAZEAU (France)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 614, 9/2018 — 624 p., 9.40 €
COUVERTURE : Manchu
Précédente publication : Denoël-Lunes d’Encre, 11/2016 — 512 p., 22.50 € — Couverture de manchu
Nous avions quitté Othon et Plautine, les deux Intelligences Artificielles confrontés à la menace des barbares extraterrestres sur fond de gigantesque combat stellaire mettant aux prises les envahisseurs et les hommes-chiens d’Eurybiades créés par Othon qui, peu à peu, apprennent à découvrir la véritable nature de leur Dieu et ses faiblesses. Après une bataille homérique qui a accouché d’une Nouvelle Plautine, IA forcée de se transformer en être de chair pour échapper à la destruction, voilà que l’ensemble des protagonistes retournent vers l’Urbs, le siège du pouvoir impérial. Or cette capitale de la Rome éternelle n’a plus guère de ressemblance avec son illustre aînée. Hellénisée, alexandranisée, elle est désormais le siège de multiples intrigues d’où émergent les figures de l’Imperator Galbian dont le pouvoir lui glisse entre les doigts pour atterrir dans les griffes d’un Triumvirat  formé par Vinius, le créateur de Plautine, qui agit en médiateur, tandis que Latius contrôle la garde prétorienne et que Martian l’affranchi aime frapper dans l’ombre. Dés lors un jeu d’alliance et de compromission va se répandre au sein de cet aéropage, proposant une lecture à plusieurs niveaux où l’on continuera de suivre les pérégrinations des deux héros, Othon et la Nouvelle Plautine qui, en ce qui la concerne, n’hésitera pas à se compromettre avec la résistance plébéiennes toujours en lutte contre les inévitables patriciens. Mais, tout ne se déroule pas comme prévu et ensemble ils devront à nouveau fuir une Urbs bien décidée à les faire disparaître de l’univers du Latium. Les voilà donc repartis dans une formidable épopée stellaire où ils iront de planètes en planètes (Mars, Europe…) rencontrant toutes sortes de personnages, dont le fabuleux Plutarque. Tandis que les hommes-chiens sont tentés par la sédition, ils devront à nouveau affronter des flottes sidérale lancés sur leurs traces et, petit à petit, nous suivrons le cheminement des pensées de Plautine greffée sur la piste de Béréniké et sa logique monstrueuse et parvenant à lever les voiles du mystère entourant l’Hécatombe pas si énigmatique que l’on croyait, mais plutôt perversement provoquée afin de répondre d’un façon radicale à l’aspiration de transcendance computationnelle que l’Humanité avait toujours caressé, sans oser véritablement se donner les moyens d’y parvenir. Entrer plus avant dans le tourbillon de cette intrigue, toujours aussi marquée par l’influence des maîtres en la matière que sont Dan Simmons et Ian M. Banks, ne servirait qu’à atténuer le plaisir du lecteur qui se faufilera pages après page dans les multiples ramifications de ce space opera grand spectacle construit comme une tragédie classique dont l’auteur avait jet é le premier jet en 2010 avant de boucler le manuscrit final au prix de maintes réécritures. Assurément un grand moment de lecture qui marquera le catalogue des parutions SF de ce début d’année 2017.
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(Roman) Space Opera
AUTEUR : Romain LUCAZEAU (France)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 613, 9/2018 — 560 p., 8.90 €
COUVERTURE : Manchu
Précédente publication : Denoël-Lunes d’Encre, 11/2016 sous le titre Latium – Tome 1 — 506 p., 22.50 € — Couverture de Manchu
Pour son premier roman de science-fiction publié (il avait déjà œuvré du côté des nouvelles dans des revues telles que le québécois Brins d’Eternité ou le Présence d’Esprits parrainé par Denoël) le moins que l’on puisse dire est que le livre de Romain Lucazeau n’est pas passé inaperçu. Les critiques ont fleuri sur le net comme nos campagnes au printemps et, à part quelques sons de cloches défavorables, la plupart n’ont pas tari d’éloges sur cet énorme pavé publié pour la première fois en 2 tomes dans la fameuse collection lunes d'Encre à cette époque présidée par Gilles Dumay dont on ne louera jamais assez l’intensité du travail rédactionnel et l’aptitude à braquer la lumière des projecteurs sur de nouvelles plumes autant que sur des valeurs sures des domaines de la SF, et rééditié aujourd'hui en Folio. Si l’inspiration tirée des maîtres tels que Ian M. Banks ou Dan Simmons se révèle indéniable, se serait faire injure à l’auteur que d’affirmer qu’il s’est contenté de copier avec brio leur œuvre. Non, l’écriture de Romain Lucazeau, qui enseigna un temps la philosophie politique à l’université, coule comme un fleuve tranquille sur lequel on se laisse aisément entraîner. Chaque phrase parfaitement ciselée nous oblige à brancher notre esprit sur l’avalanche d’images quelles nous suggèrent, à peine tempérée par des termes sortant du vocabulaire lexical usuel dont l’explication nous est chaque fois fournie en bas de page, l’espace d’un simple coup d’œil qui ne retard pas vraiment la lecture. Mais passons à l’intrigue. De son propre aveu (interview sur le site actusf) l’auteur affirme avoir tout d’abord voulu écrire l’histoire « de princes et de princesses à la mode antique, très beaux, très froids, et calculateurs, se livrant à des intrigues et des combats, dans l’espace, avec des palais à colonnes et des cultes païens ». Une sorte de mélange entre space-opera et Antiquité, tel qu’on l’a découvert de livres comme les Illium et Olympos de Dan Simmons ou l’on retrouve une histoire détournée de la fabuleuse civilisation gréco-romaine, ou dans le Roma AEterna de Robert Silberberg et Le soldat de brumes de Gene Wolfe. Ici ce sont cependant de fascinantes Intelligences Artificielles qui tiennent le haut du pavé. Des automates orphelins de leurs créateurs, l’espèce humaine qui, après avoir commencé à essaimer dans le cosmos, a soudain été anéantie par l’Hécatombe, une mystérieuse épidémie qui l’a rayé de la carte de l’univers. Un moment perdu devant l’absence de leurs créateurs, les IA, ces serviteurs métalliques intelligents, ont fini par peupler l’espace anciennement colonisée par l’homme en créant la civilisation de l’Urbs, sorte de gigantesque satellite artificiel en forme de tambour, régi par les règles de la civilisation greco-romaine qui prédominait à la disparition de leurs maîtres. Régnant désormais sur le Latium, l’espace épanthropique où les humains avaient jadis vécu, les IA sont cependant confrontés dans les Limes, cette sorte de no-man’s-land volontairement créé à la frontière de leur gigantesque territoire, à la menace des barbares, des extraterrestres qui cherchent à envahir les territoires colonisées par les IA. Bloqués par le Carcan, émanation des lois de la robotique d’Asimov qui leur interdit de porter atteinte à un être vivant, ces dernières ont du innover. Ainsi certaines d’entre elles, animés par leur esprit rebelles, se sont incarnées dans les Nefs, d’immenses navires interstellaires entièrement automatisés. Telle a été le cas de Plautine, l’intelligence qui n’a pas perdu espoir de retrouver un jour un humain survivant et qui erre, dans un demi-sommeil, aux limités des Limes, ainsi qu’d’Othon, un guerrier par excellence qui a terraformé la planète Ksi Bootis afin d’y élever une race d’homme-chiens vivant sur le modèle de l’Antiquité grecque, qui l’adorent en tant que Dieu et qui combattront les barbares à sa place. Tout commence, dans ce livre par un mystérieux signal capté par la nef de Plautine. S’accrochant au moindre espoir d’une survie humaine, cette dernière décide de remonter à sa source et, pour cela,  elle demande l’aide son ancien allié, Othon, l’autre rebelle d’Urbs. Et nous voilà embarqués dans plus de 500 pages d’une aventure qui se déploie telle une gigantesque fresque focalisant tour à tour notre attention sur une civilisation de l’Urbs, dont les sénateurs, encore marqués par la perte du Dieu qu’a été l’homme, tergiversent pour prendre les décisions, ou sur des hommes-chiens qui s’extirpent peu à peu de leur domination mystique pour s’interroger sur les faiblesses d’Othon leur créateur, le tout sur fond de gigantesque affrontement sidéral qui conduira à la transformation de l’autre protagoniste du récit, Pauline, la fascinante IA en mal d’humain. Marqué du sceau de la tragédie, et de celle de Corneille en particulier,  plongé dans les méandres d’une philosophie tirée de la Monadologie de Leibtnitz, empruntant les sentiers de Frankenstein ou de l’île du docteur Moreau dans la recréation du vivant sous l’égide d’Othon, ce roman nous immerge dans le chaudron des interrogations métaphysiques posées aux IA, uniques protagonistes de ce récit évoluant dans l’ombre de la religion pythagorienne et néoplatonicienne, centrée sur le soleil, les nombres et les concepts, et formant une image  d’un futur basé sur l’évolution  d’une civilisation romaine dont l’influence ne se serait jamais éteinte. Assurément un grand livre, dont le second dytique devrait tenir les promesses affichées dans ce premier opus.
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