lundi 30 mars 2015

(Aventures Fantasy)
AUTEUR : KATZ Gabriel (France)
EDITEUR : POCKET-Fantasy 7163, 1/2015 ─ 384 p., 6,80 €
SERIE : Le puits de mémoire 1
COUVERTURE : Miguel Coimbra
Précédente publication : Scrinéo, 5/2012 ─ 415 p., 16,90 € ─ Couverture de Miguel Coimbra
Critiques : actusf.com (Jean-Luc Rivera)
Se réveiller totalement amnésique est déjà en soit une épreuve assez difficile à supporter, mais, de surcroit, lorsque cela arrive dans un monde hostile où la magie a encore pignon sur rue, l'affaire devient encore plus scabreuse. Voilà pourtant ce qui arrive à trois individus qui reprennent conscience dans les débris d'un chariot pénitentiaire en plein montagne. Leur première rencontre avec des soldats apparemment à leur poursuite leur permet de se faire une petit idée de leurs capacités réciproques qui se dévoilent au cours du combat très vite engagé. A priori, Karib, serait un magicien, plutôt tendance nécromancie, mais incapable de déterminer la qualité de ses talents. Olen semblerait quant à lui posséder toutes les aptitudes d'un guerrier expérimenté. Nils, enfin, démontrerait une certaine habilité dans l'art du lancer de couteau et autres projectiles plus ou moins meurtriers. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, ils décident de lier leur sort et de s'épauler réciproquement jusqu'à ce qu'ils parviennent à totalement intégrer les principales caractéristiques du monde dans lequel ils évoluent. La première étape de leur voyage les conduit dans le petit village d'Henig où ils résident quelques temps, avant que les hommes lancés sur leur trace ne finissent par les débusquer. En dépit de la présence d'Ena, la belle veuve, qui ne laisse pas Olen insensible, ils doivent à nouveau prendre la route et gagne bientôt Dreda, la ville la plus proche, où après diverses péripéties, ils finissent par se joindre à une petite troupe de mercenaire conduite par Sed Temon, vaillant guerrier des plaines de l'Est. Cependant, derrière eux, la menace se précise personnisée par les terribles Cavaliers de Cristal venus du royaume de Woltan et commandé par le redoutable Prince de la Lune. Enrôlés dans le corps des volontaires d'Helion, qui aura maille à partir avec les sinistres cavaliers, tandis qu'Olen se lie d'une délicate amitié avec Oranie, dame de compagnie de la reine d'Helion, le trio finit par découvrir que leur amnésie a été provoqué par un puissant sortilège et qu'une funeste odeur de régicide les suit à la trace tout en étant à l'origine de la traque impitoyable dont ils sont l'objet. Ainsi se conclut le premier tome de cette trilogie qui alter avec bonheur les intrigues entrecroisées et laisse planer de page en page un ombre de mystère qui ne demande qu'à s'éclaircir au fur et à mesure qu'avance l'intrigue. L'écriture agréable de l'auteur permet une identification rapide à ses trois personnalités contrastées un peu perdues au sein de cet univers décalé qui mélange à la fois les attributs de l'héroic-fantasy et des mondes du post-cataclysme tout en n'hésitant pas à nous régaler de violence et de magie noire, sans oublier l'approche psychologique de chacun des protagonistes conduite à la manière des meilleurs romans policiers. De quoi donner envie de lire les deux autres tomes de la série sortis chez Scrinéo, Le fils de la lune et Les Terres de cristal, ou, d'attendre leur réédition chez Pocket, qui ne saurait tarder. De l'héroic fantasy française qui n'a rien à envier à son homologue anglo-saxonne et qui nous permet de découvrir un auteur très à l'aise dans cette thématique de l'imaginaire et qui a déjà publié chez ce même éditeur La maîtresse de guerre, un roman situé dans le même univers mettant en scène une héroïne féminine qui, grâce à sa maîtrise des armes, parvient à se libérer de sa prison et Aeternia, le premier tome d'une nouvelle série intitulée La marche du prophète.
Autre couverture

lundi 12 janvier 2015

Les créatures de l’ombre
(Recueil) Fantastique
AUTEUR : Sheridan LE FANU (Irlande)
EDITEUR : PRESSES DE LA CITE-Omnibus, 2014 — 928 p., 29 €
TRADUCTION : Patrick Reumaux, Michel Arnaud & Elisabeth Gille
SOMMAIRE :
Préface : Le prince invisible de Dublin, de Alain Puzzuoli
Introduction :
L’oncle Silas (Tr. : Patrick Reumaux)
Dans un miroir piqué :
Thé vert (Tr. : Elisabeth Gille)
Le guetteur (Tr. : Patrick Reumaux)
M. le juge Harbottle (Tr. : Elisabeth Gille)
La chambre de l’auberge du Dragon Volant (Tr.: Michel Arnaud)
Carmilla
D’une fenêtre, à mi-voix (poême) (Tr. : Patrick Reumaux)
Paru en 1864, L’oncle Silas demeure un modèle de la littérature gothique avec ses grandes maisons sombres et mystérieuses, ses crimes inexpliqués, ses jeunes demoiselles en détresse. Toutefois, le surnaturel n’y apparaît que sur la pointe des pieds puisque la jeune héroïne, à la suite du décès de son père, riche gentilhomme campagnard anglais, se trouve confrontée à la menace d’un mariage forcé et doit lutter contre l’emprise de son tuteur légal, le maléfique oncle Silas, ainsi qu’à celle de la non moins inquiétant Madame, gouvernante française dont il préférable de ne jamais croiser la route. C’est donc plus un thriller qu’un véritable récit fantastique, celui-ci n’étant qu’épisodiquement suggéré au fil des pages, que nous sommes invités à lire dans la nouvelle traduction de Patrick Reumaux pour ce récit que la grande romancière britannique Elisabeth Bowen a qualifié de roman de terreur. Dans les textes qui suivent nous avons l’occasion de nous plonger dans les méandres de l’esprit tourmenté de ce romancier irlandais dont le nom de Le Fanu provient de l’ancien terme désignant les huguenots français fuyant les persécutions des guerres de religions. Le guetteur est la première mouture de The Watcher, parue en 1847 dans le Dublin University Magazine, qui fera l'objet d'une nouvelle traduction pour devenir deviendra The Familiar (Le Familier) en rejoignant, dans une version légèrement remaniée, le recueil A Glass Darkly (Les créatures du miroir), publié en1872. Thé vert nous dépeint les angoisses du révèrent Jennings hanté par un mauvais esprit ayant adopté la forme d’un singe noir qu’il est le seul à voir au point que son ami, le docteur Hesselius, à qui il confie sa hantise pensera qu’il a abusé du thé noir, seule explication rationnelle pour lui des manifestations qui perturbent le révèrent. La chambre de l’auberge du dragon volant est un parfait exemple du récit d’épouvante narrant les aventures d’un jeune anglais témoin de meurtres sauvages dans une auberge de campagne. Un récit adapté au cinéma par le réalisateur Calvin Floyd en 1981 sous le titre The sleep of death et dont le sujet aura été également traité, mais de manière plus humoristique, dans la célèbre Auberge rouge de Claude Autan-Lara. Mr le juge Harbottle avec son inquiétant plaignant qui assigne Monsieur Justice devant la haute Cour, est pour sa part un récit que l’on peut classer dans la thématique du double. Mais c’est surtout Carmilla, repris en fin de volume, qui a marqué son temps. En effet, l’histoire de Laura, petite fille d’un gentilhomme anglais installée en Styrie, qui va peu à peu succomber à l’envoûtante emprise de Carmilla , une jeune inconnue ayant croisé sa route, exprime à merveille tout le talent de le Fanu pour décrire les émotions troubles pouvant s’emparer de ses personnages mystérieux et fragiles, sans cesse en équilibre entre le réel et le fantastique. Tandis que dans la campagne environnante les indices dénotant une présence vampirique s’accumulent, le lecteur assiste à l’inexorable fuite en avant de Laura, captivé par l’amour que lui prodigue cet être mi-femme mi-vampire chez qui Bram Stoker a pu puiser son inspiration pour son immortel Dracula, tandis que Roger Vadim sut en tirer son mémorable film Et mourir de plaisir qui faisait la part belle à la dimension saphique de l’histoire. Conclu par le poème D’une fenêtre, à mi-voix, ce recueil s’inscrit une nouvelle fois comme une réussite dans le catalogue des Omnibus des Presses de la Cité qui a déjà su nous offrir dans la même thématique de véritables petites merveilles avec ses collectif Vampires. Dracula et les siens et Les chefs d’œuvre du fantastique ou le Dracula et autres chefs d’œuvre de Bram Stoker.

Grimm. Contes Choisis
(Recueil de contes) Féerie
AUTEUR : Jacob et Wilhelm GIMM (Allemagne)
EDITEUR : TEXTUEL, 10/2014 – 207 p., 29 €
TO : Grimm's fairy tales, Rockpart Publishers 2014
TRADUCTION : Natacha Rimason Festin
COUVERTURE : Yann Legendre
ORNEMENTS : Lance Rotter
Les contes de Grimm font partie du patrimoine mondial de la littérature jeunesse, et les éditions qui se sont succédés au fil du temps, intégrales, tronquées ou adaptées rempliraient des nombreux rayonnages de bibliothèques. On aurait donc tendance à ne pas s'attendre à une véritable surprise en découvrant ce recueil de contes choisis par les éditions Textuel. Mais ce serait sans compter avec, Yann Legendre, illustrateur français né à New York en 1972, dont les travaux intègrent les collections permanentes de la BNF et du Museum of Modern Art de New York. Ce dernier a pris l'option d'associer des contes universels comme, Blanche Neige, Le Petit Chaperon Rouge, Cendrillon... a des textes bien plus confidentiels tels que Contes de la petite souris, du petit oiseau et de la saucisse, La rave, la jeune fille sans mains...etc. L'univers graphique de ce talentueux illustrateur, tout en traits épais et splendides couleurs, contribue à merveille à la mise en images de l'onirisme fantastique de ces auteurs germaniques passés maîtres dans l'art de nous faire frissonner de plaisir. Car les récits merveilleux des frères Grimm ne revêtent pas sans rechigner l'habillage simpliste du conte pour enfant. Tout en faux semblants et équivoques, ils nous entraînent sur des sentiers bien sombres où l'on aurait parfois souhaité ne jamais s'égarer. Et que dire de la présentation de l'éditeur, qui nous propose une saisissante couverture en relief et une présentation sous papier à la tranche grisée projetant le texte au cœur même des foisonnantes images pleine page qui agressent notre imaginaire d'un indéfinissable parfum d'inquiétude et de ravissement. Sans aucun doute, une enrichissante manière de redécouvrir ces petits perles venues du monde de la Féerie dont enfants et adultes, toutes générations confondues, n'ont pas fini de se délecter. A noter que les éditions Textuels publient également une monographie de Yann Legendre, A corps perdu, qui paraît à l'occasion de l'exposition Yann Legendre, un français à Chicago, qui se tiendra à Echirolles du 15 novembre 2014 au 30 janvier 2015.

 Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère... et, retrouvé l'amour
(Roman) Horreur
AUTEUR : S.G. BROWNE (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF495, 8/2014 – 392 p., 7.50 €
SERIE : Andy Warner 1
TO : Breathers : A zombie's lament, 2009
TRADUCTION : Laura Dejansiski
COUVERTURE : Johan Bodin
Réédition : EditionsMirobole-Horizons Pourpres, 5/2013 – 20.50 €
Critique : www.actusf.com (Jacquemine Coquio)
N'avez-vous jamais rêvé de devenir zombie ? Non … ? Eh bien, c'est ce qui est arrivé à Andy Warner, le héros du livre de S.G. Browne, qui s'est réveillé quarante-huit heures après sa mort, avant la décomposition et après avoir été embaumé. Depuis, il vit dans la cave de ses parents où il finit toutes les bonnes bouteilles, tout en étant obligé de consommer du formol en quantité suffisante afin d'éviter la putréfaction. Rien d'étonnant dans tout ça, puisqu'on apprend qu'aux Etats-Unis les zombies sont présent depuis la Grande Dépression, et même durant la Guerre de Sécession, et qu'ils ont été les premiers à débarquer sur les plages en Normandie, sans parler de leur discrète participation aux campus hippies des années 70. Pour l'heure cependant, il ne fait pas bon se promener dans les rues américaines lorsqu'on est un Réveillé. Sans parler des quolibets, des insultes, des jets de fruits pourris et de toutes sortes d'ustensiles, on peut se faire agresser par les fats boys, des bandes d étudiants en délire qui démembrent , tabassent, torturent et flambent tout ceux qui arborent les signes distinctifs d'une décomposition avancée. Au mieux, on peut se retrouver en fourrière, si on tente de leur résister où si l'on se montre un peu trop voyant parmi la foule des Respirant. C'est un peu ce que dénonce Andy parmi les séances de thérapie de groupe auxquelles il participe avec un groupe de compagnons zombies, dont la belle Rita, une suicidée affichant sans vergogne ses derniers points de sutures. Bon, 2tant donné qu'il ne peut pas parler, puisque un croque-mort méticuleux lui a cousu la bouche lors des préparatifs de son enterrement, notre héros mort-vivant y participe par pancartes interposées où il peut manifester ses différents états d'âme. Voilà cependant que la rencontre du groupe avec un certain Ray, habitant dans le cimetière et qui leur fait découvrir les délices des bocaux de viande de chevreuil séché, parvient à dérider la morosité ambiante. D'autant plus que ce régime particulier semble leur être bénéfique puisque, au bout de quelques temps, leurs chairs ont tendance à se reconstituer. Bientôt Andy retrouve l'usage de ses cordes vocales et redécouvre l'extase de l'amour charnel avec la sulfureuse Rita. A l'origine de cette renaissance le fameux chevreuil, qui est en fait de la chair de Respirants, dont bientôt tout le groupe d'Andy ressent une envie insatiable. C'est d'ailleurs ce qui pousse ce dernier à trucider père et mère, à les découper, puis à les mettre au congélateur, car la chair humaine est encore meilleur quand elle provient de son propre sang. On le voit, ce roman drôle et provoquant enfreint sans vergogne tous les tabous qui, raconté par le prisme d'un narrateur zombie, finissent par s'inscrire dans une certaine logique. Regard décalé et novateur sur une thématique tant de fois vendangée par les série B et des films pathétiques, truffé de référence et de citations pleines de bon sens, ce livre est un véritable petit bijou qui mériterait une adaptation cinématographique digne de son écriture et nous en pouvons que saluer l'initiative de éditions Folio de le rééditer après une parution plus confidentielle aux éditions Mirobole en 2013. Un nouveau roman de cet auteur américain qui a travaillé durant pas mal de temps à Hollywood et dont Heureux veinards est également paru aux éditions Gallimard, mais dans la Série Noire. A noter, pour les impatients qui ne pourront pas attendre sa sortie en poche, que le second opus des aventures d'Andy Warner, Le jour où les zombies ont dévoré le Père-Noël, est paru aux éditions Mirobole en septembre 2013. On y apprend comment l’ex-star contestataire des morts-vivants a passé une année entière soumis à des tests expérimentaux dans un laboratoire de recherches sur les zombies dans l’Oregon dont il a pu heureusement s'échapper en enfilant un costume de Santa Claus. On devine que cette suite sera hilarante et horrible à souhait...
Précédent couverture :






vendredi 12 septembre 2014

Bird Box
(Roman) Horreur / Postapocalypse
AUTEUR : Josh MALERMAN (Usa)
EDITEUR : ORBIT, 9/2014 —374 p., 20.90 €
TO : Bird Box, Harper Voyager, Londres, 2014
TRADUCTION : Sébastien Guillot
COUVERTURE : Julio Calvo
Dans la sinistre hiérarchie des psychoses humaines celle lié au regard vient juste après les terreur face à l’enterrement vivant, aux attaques de reptiles ou aux hordes de rats avides de morsures se précipitant sur des individus sans défense (des femmes enceintes, de préférence). En vérité au sein du corps humain, l’œil représente le maillon faible, une fenêtre qui nous permet d’appréhender un environnement extérieur qui peut s’avérer d’une étourdissante beauté, mais également d’une implacable hostilité. D’ailleurs, les réalisateurs de film d’horreur ne s’y sont pas trompé et ont abondamment exploité le filon à coups de sanglantes énucléation d’orbites oculaires crevées par toutes sortes de projectiles. Moins impressionnante, ,mais plus proche de la réalité l’image des vieux films où le soldat blessé enlève ses bandages en s’écriant : « Mon Dieu, je suis aveugle ! » marque encore les cinéphiles et montre une fois de plus l’importance que nous accordons à ce sens bien particulier juste suivie de l’ouïe, qui vient somme toute en remplacement quand le premier s’avère déficient. Alors, quand on comprend l’importance que la vue représente pour notre humanité, comment envisager que cette dernière est entrepris de sciemment s’en priver ? Pour expliquer cette cécité volontaire, une seule raison imaginé avec brio par Josh Malerman, au demeurant chanteur et parolier du groupe de rock The High Strug, une mystérieuse épidémie qui s’est répandue à travers le monde où des individus, après avoir aperçu quelque chose de mystérieux, en viennent à agresser mortellement leur entourage ou à se suicider de n’importe quelle manière. Dés lors la Terre, s’enferme peu à peu dans un infernal black-out où, par média interposé, les gens sont invités à s’enfermer chez eux et et à occulter leurs fenêtres, tandis que les vestiges de toute civilisation s’éteignent les uns après les autres sur la surface de notre planète. Le lecteur est brutalement émergé dans cet « après » postapocalyptique à travers l’histoire de Malorie, une mère courage qui, après des années d’enfermement décide de quitter l’habitation où elle vivait en recluse avec ses deux enfants de 4 ans Tom et Olympia, afin de rejoindre un hypothétique refuge où se tererrait une poignée de survivants. Dés lors, nous voici embarqué avec ce trio pathétique sur une barque fragile se déplaçant le long du cours d’une rivière avec à son bord, à la tête et à la proue, deux enfants portant, comme leur mère un bandeau sur les yeux car ils n’ont jamais été confrontés à la vision de l’extérieur, cette dernière comptant sur leur ouïe super développé pour se protéger des multiples dangers peuplant les flots et les berges de ce cours d’eau qui n’a rien du Mississippi de Mark Twain. Pour nous extirper du carcan d’angoisse qui nous étreint lorsque la présence d’inquiétante créatures se signale autour de la frêle embarcation, l’auteur nous entraîne dans une série de flash back où Malorie revient sur sa propre trajectoire, de sa vie avec sa sœur Shanon, qui a fini par se planter une père de ciseau dans le poitrine parce qu'elle a eu l’imprudence de soulever l’un des rideaux de leur fenêtre pour regarder au dehors, à sa période de femme enceinte, lorsqu’elle a rejoint une petite communauté placée sous l’égide de Tom, dont elle est tombée secrètement amoureuse, et à son accouchement traumatisant marqué par la trahison de certains humains, mais surtout de la théroie délirante expliquant que cette épidémie aurait été déclenchée par quelque chose de vivant, des Créatures qu’il suffit de voir l'espace d'une seconde pour sombrer dans la folie, des êtres qui profitent de notre cécité pour se glisser derrière nous, pour envahir nos refuges les plus secrets et attendre, blottis derrière notre dos, le moindre clignement de paupière pour nous plonger dans les affres des meurtres les plus attreroces. Vous les comprendrez sans peine l’angoisse monte à son comble dans ce premier roman dont l’auteur maîtrise l’intrigue avec un brio incontestable, nous entraînant dans une sorte de barque movies oppressant en diable sans que la tension qu’il nous impose diminue un seul instant. Pour ma part, j’ai ouvert ce livre à minuit, lassé par les informations et documentaire remachés des chaînes de télé, et je l’ai refermé deux heures plus tard, quelque peu sonné. Heureusement, j’ai vite trouvé le sommeil, mais croyez-moi je n’ai pas vraiment bien dormi, hanté dans mes rêves (ou plutôt mes auchemards) par des images de femme aveugle, preuve s’il ‘en est de l’impact que ce livre, dont les droit ont déjà été adaptés pour le cinéma, peut avoir sur notre inconscient. Alors lisez-le, avant de suivre les aventures de Malorie sur grand écant, et vous ne le regretterez pas.

mardi 9 septembre 2014

Elric Intégrale 2
(Recueil) Dark Fantasy
AUTEUR : Michael MOORCOCK (GB)
EDITEUR : POCKET-Fantasy 7139, 2/2014 — 554 p., 11,20 €
SERIE : Elric
COUVERTURE : Jean Bastide
SOMMAIRE :
Elric le nécromancien (Traduit par Michel Demuth et Franck Straschitz)
La sorcière dormante (Traduit par Michel Demuth)
La revanche de la Rose (Traduit par E.C.L. Meistermann)
→ Dans ce second tome de l'intégrale des aventures d'Elric qu'ont entrepris de rééditer les éditions Pocket en respectant l'ordre chronologique des récits (ce qui n'avait pas été le cas dans la première parution française au Club du Livre d'Anticipation des éditions Opta) nous retrouvons l'anti-héros charismatique par excellence, le prince Elric de Melniboné, dont nous sommes invités à partager les multiples pérégrinations. Le recueil débute par Elric le nécromancien, un modèle du genre, qui avait eu jadis les honneurs des illustrations de Philippe Druillet. Le récit ce structure en plusieurs parties. Dans la première, Le songe du Comte Aubec, le prince albinos n'est pas partie prenante, mais laisse la vedette à un héros de sa trempe, le valeureux Aubec de Malador, le champion de la Reine qui, dans ses songes épiques, partit conquérir de nouveaux territoires sur les domaines du Chaos, entraînant ainsi la création des Jeunes Royaumes où, plus tard, Elric banni de son Empire aima promener sa silhouette maladive en quête de cette fabuleuse impression de vie qu'avait perdue Melniboné à l'agonie. Puis, La cité qui rêve, magistralement illustrée par Druillet dans une précédente édition, nous dévoile tous les secrets d'une trahison qui allait poursuivre l'ancien Empereur de Melniboné et provoquer la perte de la flotte vorace qui lui avait imprudemment fait confiance. Tandis que rient les dieux nous permet de retrouver Elric engagé dans une nouvelle quête, celle d'un objet mythique, un livre perdu en l'occurrence, qui devrait assouvir sa soif intarissable de connaissance sur la destinée humaine et la véritable nature des dieux auxquels il a lié son sort et qu'il méprise, tout en faisant sans cesse appel à leur puissance. C'est au cours de ce récit qu'Elric rencontre Tristelune, son compagnon d'aventures et aussi d'infortune, car, comme tous ceux inscrits dans sa trajectoire, cet amitié ne pourra le conduire que vers une fin inéluctable. La longue nouvelle qui suit, La citadelle qui chante, introduit l'une personnages de méchant récurrent du cycle, le sorcier Theleb K'aarna, porté par le désir d'établir le Royaume de Paradoxe et que le prince albinos poursuivra tout au long des pages de sa haine inflexible, n'hésitant pas à braver toutes sortes de périls pour avoir enfin raison de lui. Durant toutes ces histoires, Elric croisera la route d'une multitude de personnages féminins qui voudront chaque fois se lier à lui, comme ici la reine Yishana, mais dont il s'écartera dans le but de ne pas provoquer leur perte. Le texte suivant, La sorcière dormante, est scindé en trois parties : Le tourment du dernier Seigneur, Piège pour un prince Pâle et Trois héros pour un seul dessein. Dans la première, Moorcock nous relate les aventures d'un Elric toujours à la recherche du sorcier Theleb K'aarna, liant pour temps son destin à celui de Myshella, l'Impératrice de l'Aube, aussi nommée la Dame Sombre de Kaneloon, dont les terres sont la proie de la convoitise du prince Umbda qui a unit ses forces à celles de l'ensorceleur que pourchasse Elric. Afin de les vaincre, le prince albinos lancera sur eux le terrible sortilège du Noeud Coulant de Chair dont nulle âme humaine n'est capable de réchapper. Dans la seconde, Theleb K'aarna, qui a réussi à sauver sa vie, trouve en Urish les Seot-Doigts, roi sanguinaire de Nadsokor, la Cité des Mendiants, un autre allié de poids pour tendre un piège au prince de Melniboné qui a jadis dérobé dans son trésor un parchemin contenant une incantation qui était censé tirer sa cousine et amante Cymoril sur sommeil magique où elle avait été plongée. Enfin, la troisième partie, intègre la trajectoire de cet anti-héros de base dans les mailles du multivers, plus précisément à Tanelorn, la cité qui, durant son existence sans fin, revêt maintes et maintes formes, puis au sein du Désert des Soupirs où il retrouve Mysehella, la troublante sorcière, avant de vivre des aventures qui lui permettront, sous l'invocation de Corum, de liguer pour un temps son destin à celui d'Erekosë, autre émanation de la ménagerie héroïque morcockienne, afin de délivrer Jhary-a-Conel, autre incarnation du Champion Eternel dans l'île-monde de Melniboné. La revanche de la rose, le long récit qui conclut ce recueil, se présente en définitive comme une histoire annexe où Elric n'endosse pas vraiment son costume de serviteur du Chaos poursuivi par un fatum tragique. Tout commence par sa communion avec Mufle-Balafré, la dragonne qui vient lui rappeler le lien original entretenu par l'Empire de Melniboné et les terribles monstres ailés. Puis, toujours hanté par les fantômes de son passé, Elric part à la recherche d'un globe où l'on pourrait voir la Terre du futur, et continue sa quête lancinante afin de tenter d'échapper aux cortèges de malheurs qu'il traîne avec lui avec, pour but essentiel, de retrouver l'âme de son père. Un récit qui lui fera découvrir un nouvel allié en la personne de la Rose, seule survivante d'un peuple disparu uniquement animée par la soif de vengeance, et où se déploiera l'interminable procession d'une société tzigane qui parcours inlassablement le monde sur une route unique jalonnée sur ses bas côtés par les déchets et les détritus que leurs caravanes ont laissé lors de leurs précédents passages. Une sorte d'éternel recommencement qui flirte avec le conte philosophique et qui fournira l'occasion à Elric de faire la connaissance de personnages hauts en couleur, tels que le Prince Gaynor le Damné, ou Ernest Wheldrake, tout droit sortis de l'univers de Gloriana, sans oublier ses habituels démêlés avec les Seigneurs du Chaos toujours avides de conquêtes et particulièrement agressifs. Un recueil qui nous invite, une fois de plus, à emprunter les chemins du rêve afin de visiter des territoires magiques emportés dans un tourbillon de sang et de guerres, avec, disséminés aux coins des pages de spièges diaboliques qui se déclenchent au passage d'un Elric de melniboné toujours fidèle à lui-même dans son rôle de héros maudit promis à une fin tragique qu'il sait inévitable. Un épais volume qui se termine par quelques planches en noir et blanc extraites de l'album en couleur Le trône de rubis, premier tome de l'adaptation en bande dessinée de la saga d'Elric par Julien Blondel, Didier Poli et Roobin Recht.

mardi 26 août 2014

 La fille du mage
(Roman) Aventures fantasy
AUTEUR : Karen MILLER (Australie)
EDITEUR : POCKET-Fantasy 7124, 7/2014 — 690 p., 19.90 €
SERIE : Les enfanst du Pêcheur 2
TO : Fisherman Children's Book 2.The reluctant Mage, 2010
TRADUCTION : Cédric Perdereau
COUVERTURE : Miguel Coimbra
Précédente publication : Fleuve Noir, 5/2012 543 p., 23,50 € Couv. : Miguel Coimbra
Les autres titres de la série :
1.Le mage prodige
→ Dans le premier tome de ce diptyque, Le mage prodige, nous avions fait la connaissance du de Archer le mage qui concentrait tous ses efforts pour empêcher ses enfants de toucher à la magie, car il connaissait les risques que cela entraînait. Quand s’ouvre ce second tome, Archer est plongé dans un profond coma et le royaume de Lur, privé de sa protection, est désormais soumis aux aléas d’un climat qu’Archer régulait grâce à ses puissants pouvoirs. Son fils Rafel est parti avec la ferme intention de traverses les Terres Maudites pour trouver au-delà des montagnes un peuple qui pourrait les aider. Son ami Arlin le Doranen, obsédé par le désir de ramener son peuple vers la cité mythique qui les as vus naître, l’accompagne. Cependant, le chemin croise celui de Morg, l’être maléfique que l’on croyait mort. Pour se reconstruire, ce dernier s’est installé dans le corps de Rafel, le mage olken, tandis qu’Arlin, réduit au rang de serviteur esclave s’efforce de survivre tout en attendant le moment propice pour se débarrasser du maléfique sorcier. Pendant ce temps Deenie, la petite souris, sœur cadette de Rafel, perçoit dans ses cauchemars les appels désespérées de l’esprit de ce dernier relégué dans un coin de son propre corps désormais asservi par Morg. S’ébrouant de son personnage de jeune fille effacée, elle décide de partir avec Charis dans le Nord corrompu à la recherche de son frère disparu. Tandis que tempêtes, inondations et destructions ravagent le royaume de Lur, Deenie, qui recèle en elle des pouvoirs insoupçonnés hérités de son père Archer, va se trouver entraînée dans une tumultueuse aventures qui lui permettront, entre autres prépéties, de rencontrer le séduisant prince Ewen, dorénavant sur le trône de Vharne depuis que les monstrueuses Bêtes lancées par Morg ont massacré le roi et les meilleurs éléments de sa garde rapprochée. Plus envolée que la le tome précédent, l’intrigue de ce second opus se déroule comme un vrai roman d’aventures où les personnages se débattent dans la toile de passions exacerbées. Bien entendu, il a été difficile pour Karen Miller de retrouver dans cette suite toutes la densité émotionnelle des deux tomes du cycle précédent de La prophétie du royaume de Lur. Cependant la quête de Deenie n’est pas avare en rebondissements et sauit habilement captiver le lecteur qui retrouvera avec plaisir l’écriture rythmée et passionnante de cette romancière australienne née au Canada que amateurs français de Fantasy ont également pu apprécier dans la trilogie aux accents orientaux des Seigneurs de la guerre.
Autre couverture :

dimanche 24 août 2014

Les lois de l’été  
(Livre illustré)
AUTEUR : Shaun TAN (Australie)
EDITEUR : GALLIMARD JEUNESSE-Albums juniors, 5/2014 — 52 p., 19.90 €
TO : Rules of Summer, Lothian Children’s Book, Australie & Nouvelle-Zélande 2013
TRADUCTION : Anne Krief
COUVERTURE & ILLUSTRATIONS : Shaun Tan
→ Les lois de l’été sont un ravissement. Non seulement car l’auteur, Shaun Tan est un maître reconnu de l’illustration récompensé mondialement par de nombreux prix (Angoulême, Astrid Lindgren, Cristal d’Annecy, etc…) mais aussi parce que la présentation à l’italienne de l’album proposé par les éditions Gallimard (format 300 x 280) met singulièrement en valeur les pages sorties de l’imagination débridé de ce dessinateur hors normes. Dés l’ouverture du livre, la première phrase, « Voilà ce que j’ai appris l’été dernier », résonne à nos yeux pareille au célèbre « Dans un trou vivait un hobbit » du Bilbo de Tolkien. L’amorce est une invitation au rêve que la lapin géant rouge des toutes premières planches nous invite à suivre à la manière d’une Alice au merveille version hard de Lewis Carroll. La suite n’est qu’une plongée dans l’absurde, le surréel et l’étrange où se croisent décors de fin de monde à la Thomas Disch, ménagerie kafkaienne, images brussoliennes (celui des Crache-béton ou des Mangeurs de muraille) tout en empruntant aux paysages de Bosch, et même aux impressionnistes avec des natures mortes saisissantes de vérité. Et puis il y a la couleur qui éclaire en contraste ce monde déshérité, une couleur qui explose en taches rouges, jaunes, bleues, vertes, dynamisant l’incongruité de certains personnages issus d’une ménagerie carnavalesque. Enfin, n’oublions pas le texte. Des phrases simples, souvent astucieusement décalées par rapport au support iconographique, qui ouvre l’esprit vers des chemins empruntant les thématiques de la liberté, de la quête des origines, de l’appréhension envers les dangers de notre quotidienneté le tout imbibé dans le cocon vorace de notre société urbaine et remuant dans nos entrailles cervicales des axiomes comme l’amitié, la fraternité, la solitude, la rivalité. En résumé, la description d’un univers basé sur la relation avec l’autre, qu’il soit caché derrière une porte énigmatique ou à ses côtés, l’ensemble fonctionnant sous forme d’énigmes à tiroirs que le lecteur est invité à déchiffrer. Confronté à la présence fascinante de chacune de ces pages, ce dernier, un peu comme face à un tableau invitant à une relation sensorielle envahissante, se trouve à la fois embarqué dans une approche de l’image toute personnelle, mais qui ne demande qu’à être réinventée au rythme des relectures et de la découverte de détails ou d’une atmosphère insoupçonnés qui se dégagent en perspective face à l’interprétation de notre propre imaginaire mise en relation avec la palette d’impressions tout, azimut que nous offre l’auteur. Un seul conseil pour en finir : ouvrez ce livre avant de vous endormir et, je vous le promets, rêves ou… cauchemars seront au rendez-vous lorsque vous fermerez les yeux.

dimanche 1 juin 2014

AUTEUR : Gail GARRIGER (Usa)
Pseudo de Tofa Borregaard
Gail Carriger, nom de plume de Tofa Borregaard, est née en californie à Bolinas. Après de brillantes études, tant en Angleterre qu'aux Etats-Unis, elle est devenue archéologue, mais, influencée par son éducation prodiguée par une Britannique expatriée, et ses divers voyages dans les grands centres historiques européens, elle s'est lancée dans l'écriture avec la période vicorienne en toile de fond. Cela a donné « Sans âme », premier roman de la série des aventures d'Alexia Tarabotti, publié en 2009 chez Orbit Books et nominé pour les prestigieux prix Locus et Compton
Etiquette& Espionnage
(Roman) Jeunesse / Steampunk / Uchronie
EDITEUR : CALMANN-LEVY-Orbit, 3/2014 — 353 p., 16,90 €
SERIE : Le pensionnat de Mlle Géraldine
SERIE : Etiquette & Espionnage, Little, Brown and Company, 2013
TRADUCTION : Sylvie Denis
COUVERTURE : Carrie Schechter
Les lecteurs français friands de fantasy urbaine ont connu l’américaine Gail Garriger grâce à la série du Protectorat de l’Ombrelle (Sans âme, Sans forme, Sans honte, Sans cœur et sans âge ) mettant en scène la pétillante Alexia Tarabotti qui, au fil des 5 tomes de la série, leur permettra de découvrir un Empire Britannique uchronique dont la grandeur était avant tout tributaire de l’aide surnaturelle qu’il avait reçu par vampires et loup-garous interposés. C’est dans ce même univers peuplés de valets, de servantes mécaniques et de mécanimaux, et quelques années avant les aventures de l’héroïne sans âme du cycle du Protectorat que prend naissance ce premier roman du nouveau cycle, Le Pensionnat de Mlle Géraldine. Très vite, à travers le choix de la principale protagoniste de l’histoire, la jeune Sophronia Angelina Temminnick, Dés les premières pages on comprend que ce livre s’adresse à un public « Young adult ». Toutefois, on y retrouve incontestablement le sens de l’intrigue et l’humour décapant qui ont fait le succès de Gail Garriger. Très vite on se faméliarise avec une héroïne dont les turbulentes manies lui attirent les foudres de sa mère, la stricte Mrs Temminnick qui, face à la curiosité insatiable de sa fille envers toutes sortes de machines, lui intime à longueur de temps de ne pas « fraterniser avec la technologie» avant de se résoudre, pour lui apprendre les bonnes manières, à l’envoyer au Pensionnat de Mlle Géraldine pour le Perfectionnement des Jeunes Dames de Qualité. Sincèrement, Synphonia aurait préféré être confié à une ruche de vampires plutôt que de se morfondre dans cet endroit où entre deux cours sur la manière de faire une révérence, on apprend l’art de la danse, celui de se vêtir et de manger le petit doigt en l’air. Mais, rien ne se passe comme prévue. C’est d’abord l’attaque de la calèche qui devait l’emmener à l’école par des Bandits de haut vol, puis un loup-garou qui lui sert de monture et son arrivée à bord d’un dirigeable en vol perpétuel qui s’avère être le Pensionnat en question. Là, Syphonia ne tarde pas à faire connaissance avec ses camarades de classe et aussi à découvrir que l’enseignement qui y est dispensé, notamment par un professeur vampire, comporte des matières plutôt inattendues comme Collecte de renseignements, principes de tromperies, base fondamentale de l’espionnage et de séduction rudimentaire, sans oublier la médecine de l’empoisonnement. De troublantes révélations, aussi bien sur son statut de Recrue secrète que sur la mention d’un mystérieux prototype convoité par les Bandfits de haut vol, qui ne vont pas manquer de combler l’appétit d’aventure de Synphonia et de la plonger dans toutes sortes de péripéties aussi dangereuses que palpitantes. Une entrée en matière réussie dans cette univers à la Poudlard mâtiné de steampunk qui combine l’atmosphère surannée des romans de Jane Austen aux soubresauts rythmés des vibrants récits fantastiques. Nul doute qu'il saura trouver son lectorat, impatient de dévorer la suite, prévue chez Calmann-Lévy Orbit avec Corsets et complots en septembre 2014, puis Waistcoats & Weaponry et Manners & Mutiny. A noter que cette parution s'inscrit dans une campagne conjointe avec les éditions Pika et le Livre de Poche, les premières publiant Sans âme en roman graphique et les secondes reprenant Sans honte.

dimanche 25 mai 2014

Armageddon Rag
(Roman) SF
AUTEUR : George R. R. MARTIN (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 483 — 592 p.
EDITEUR : The Armageddon rag, 1983
TRADUCTION : Jean-Pierre Pugi
EDITEUR : Sam Van Olffen
Précédentes publications :
La Découverte-Fictions 1, 8/1985 — 420 p., 98 Frs — Tr. : Jean Bonnefoy — Couv. : Eric Provoost
Pocket-Terrreur 9233, 3/2000 — 510 p., 7,50 € — Tr. : Jean Bonnefoy — Couv. : Pierre-Olivier Templier
Denoël, 3/2012 — 528 p., 22,50 € — Tr. : Jean-Pierre Pugi — Couv. : Clément Chassagnard
Mon anniversaire est passé depuis le février, mais les éditions Gallimard ne l’ont pas oublié en publiant dans leur collection Folio toute une volée d’ouvrages mélangeant Rock &SF et parmi eux, le fascinant Armageddon Rag de George R. R. Martin. En ouvrant ce livre, j’ai senti de vieux souvenirs affluer en moi, ceux de ma première lecture, lorsqu’il était paru dans la collection Fictions des éditions La Découverte, en 1985. Eh oui, cela ne nous rajeunit pas. Et pourtant j’ai ensuite dévoré ses pages comme je l’avais fait quelque presque trente ans auparavant. Car ce livre n’a pas pris une ride. Sur fond de post guerre du Viêt-Nam il expose au fil des chapitres des problématiques qui nous concernent tous aujourd’hui et qui se résume dans une phrase prononcé par Sandy Blair, le fil conducteur de l’histoire, alors qu’il vient de retrouver son amie Maggy sur fond de coït post-soixantehuitard : « On voulait transformer ce putain de monde, non ? Et c’est ce putain de monde qui nous a transformés. ». Mais, vous voulez peut-être en savoir plus sur l’histoire… Alors, commençons par le début : James Lynch est mort et quelqu’un lui a véritablement arraché le cœur. Une nouvelle assez troublante pour pousser Sandy Blair, un écrivain à l’aise mais quelque peu en mal d’inspiration, aussi bien dans son activité littéraire que dans sa vie amoureuse, à reprendre du service pour Jared Patterson, le directeur du Hog, un quotidien dont Sandy fut autrefois l’une des vedettes et dont Jared l’avait viré par souci de rentabilité. Son travail : enquêter sur la mort de Lynch, imprésario plutôt décrié des plus grands groupes de rock des années soixante et, en particulier, des Nazgûl, groupe mythique dont le leader charismatique, Pat Hobbins, avait été assassiné d’une balle dans la tête lors d’un concert mémorable de décembre 1971 prélude à leur dissolution. Sandy, qui a déjà mené l’enquête sur Charles Manson et la mort de Sharon Tate, et qui est fasciné par la musique des Nazgûl, se lance dans l’aventure avec la détermination de ce genre de fouinards acharnés que l’on retrouve dans les archétypes du genre, soit détective à la Marlow, soit journalistes d’investigations, voire écrivains à la recherche de sources improbables, qui ont fait le bonheur des polars et des films en noir et blanc made in Usa. Sa piste le guide, tel un Petit Poucet suivant des graines de hippies déjantés, vers les protagonistes du groupe mythique à présent éclaté, qui semblent être l’objet d’un acharnement du destin sur lequel plane l’ombre d’un certain Edan Morse, étrange personnage fiché par le FBI et féru d’occultisme, qui rêve de reconstituer les Nazgûl et qui pourrait bien être prêt à tout pour y parvenir. Dés lors le roman nous entraîne dans une sorte de road movies fantastique hanté par des visions d’apocalypse sur lequel plane le fantôme de l’Amérique de l’après-guerre du Viêt-Nam et des mouvements contestataires qui s’étaient opposés aux matraques des sbires de Nixon. Le tout, bien entendu, saupoudré, que dis-je, imbibé de références musicales inhérentes à cette période que certains nostalgiques considèrent comme l’Age d’or du rock où l’on retrouve entremêlés les noms de Hendrix, Dylan, Joplin… pour ne citer qu’eux. Pour quelqu’un qui, comme moi, demeure un spectateur assidu de la série Game of Thrones, après avoir dévoré tous les romans, c’est avec un réel plaisir que je découvre en gestation l’incroyable sens narratif de George R. R. Martin, doublé d’une efficacité sans égale pour nous faire partager les émotions des acteurs de papier déployés à travers ses pages n’ayant dés lors aucun mal à se catapulter sur le petit écran pour peu qu’un réalisateur efficace soit aux manettes et que des acteurs doués leur donnent la réplique. Aussi, pour ceux qui auraient trop tendance à assimiler Martin à la vague de Fantasy déferlant sur les domaines de l’imaginaire, lisez Armageddon Rag et vous vous apercevrez que vous tenez entre les mains l’ouvrage d’une personnalité marquante du monde de la SF contemporaine.
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